Mondial féminin : « Gabby, c’est la gagne, la gagne, la gagne »… Disciple du roi Kobe, Williams a la rage de vaincre

BASKET Arrivée sur la pointe des pieds en équipe de France en 2021, la franco-américaine Gabby Williams est aujourd’hui un élément essentiel des Bleus lors de ces championnats du monde

Aymeric Le Gall
Gabby Williams (à gauche) s'est imposée comme
Gabby Williams (à gauche) s'est imposée comme — Noe Llamas/SPP//SIPA
  • Battues par la Serbie pour leur dernier match de poule, les Bleues affronteront la Chine en quart de finale du Mondial de basket, jeudi matin.
  • Depuis le début de la compétition, les Bleues sont portées par Gabby Williams, cette Franco-Américaine arrivée il y a à peine plus d’un an et demi.
  • Disciple de Kobe Bryant, la nouvelle joueuse de l’ASVEL veut inculquer sa haine de la défaite à un groupe France privé de ses cadres lors de ce Mondial.

La tête baissée, le regard noir, Gabby Williams sait que les Bleues du basket viennent de se tirer une balle dans le pied avec cette défaite contre la Serbie pour le dernier match de poule de ces championnats du monde, mardi, synonyme de quart de finale face à la puissante Chine jeudi. Trois jours plus tôt, déjà, on l’avait vu éclater une gourde au sol de rage après le revers de l’équipe de France face au Canada, après un premier succès probant d’entrée de jeu contre les Australiennes.

Arrivée sur la pointe des pieds il y a à peine un peu plus d’un an en équipe de France pour pallier l’absence sur blessure à l’Euro de la meneuse Bria Hartley, qui occupait jusque-là l’unique spot de naturalisée autorisée en sélection, Gabby Williams a vite pris ses aises dans sa sélection d’adoption. Née aux Etats-Unis d’un père américain et d’une mère française, la nouvelle ailière de l’Asvel possède en effet la double nationalité. Alors, quand l’ancienne sélectionneuse Valérie Garnier l’a appelée pour intégrer le groupe France, elle n’a pas hésité un instant, elle qui n’a jamais caché ne s’être jamais sentie « américaine à part entière ».

Son attirance pour le pays de Molière, de la blanquette et du beaujolais nouveau n’est pas feinte, à l’image de ce tatouage réalisé à ses 14 ans, censé symboliser l’attachement qu’elle porte au pays de sa famille du côté maternel (sa grand-mère vit à Paris) : « Rien ne peut briser notre lien ». Aujourd’hui, celui-ci ne cesse de se renforcer. « Elle se sent totalement française et elle aurait tout fait pour un jour porter le maillot bleu », raconte l’ancienne internationale Edwige Lawson-Wade qui l’a fait venir à Montpellier en 2019, après deux expériences européennes à Naples et à Gérone, en Espagne.

« Il me la faut ! »

Médaillée de bronze lors des JO de Tokyo, Gabby Williams a rapidement fait l’unanimité autour d’elle, au point d’être aujourd’hui un élément majeur de l’équipe dirigée par Jean-Aimé Toupane. « C’est notre meilleure joueuse depuis le début de la compétition, valide Lawson-Wade. On la voit prendre les choses en main, ça montre qu’elle a énormément évolué, qu’elle accepte son rôle de leader. Elle sent que c’est à elle de s’affirmer du fait de l’absence des cadres de l’équipe de France. » Aux commentaires des matchs des Bleues sur beIN Sports, l’ancienne tricolore Audrey Sauret loue sa « montée en puissance permanente depuis son arrivée en sélection ». « Elle dégage quelque chose de très sain, de très serein. Ce n’est peut-être pas un leader vocal mais un leader par l’exemple, de par son attitude, sa manière de combattre et de ne rien lâcher. »


Les stats de Gabby Williams ont de la gueule depuis le début du Mondial.
Les stats de Gabby Williams ont de la gueule depuis le début du Mondial. - Sofascore


C’est ce qui a plu tout de suite à Thibaut Petit, l’ancien coach des féminines du BLMA (Basket Lattes Montpellier). Lors d’un match de son équipe contre Gérone, il tombe raide dingue : « J’ai vu cette énergie, cette envie de gagner, ce côté tueuse, elle m’a tout de suite tapé dans l’œil. Je me souviens d’une action, j’étais sur mon banc et Gabby prend une technique après avoir balancé le ballon au sol de rage. Là je me dis ''cette fille est fantastique, il me la faut !'' », se marre-t-il. A cette époque, Williams appartient au Chicago Sky, dont l’entraîneur n’est autre que le mari d’Edwige Lawson-Wade, la directrice sportive de Montpellier. Le deal se fait rapidement, pour le plus grand bonheur de Petit, qui profite d’un voyage à Chicago pour passer un peu de temps avec sa future joueuse avant qu’elle ne débarque dans le sud de la France.

« J’ai pu la voir dans son environnement, dans un contexte WNBA, en match, aux entraînements, ce qui m’a permis de comprendre à qui j’avais affaire et j’ai été définitivement convaincu que c’était la joueuse qu’il nous fallait. On est allé voir un match de foot de Chicago - elle aime tous les sports, c’est une vraie passionnée - et elle était à fond derrière l’équipe, c’était dingue. Avec elle, c’est la gagne, la gagne, la gagne. »

Biberonnée à l’Université de UConn (Connecticut), une référence en matière de basket universitaire féminin aux Etats-Unis, celle qui était prédestinée à faire du saut en hauteur avant qu’une blessure au genou ne la pousse finalement sous la raquette est bien décidée à amener sa rage de vaincre en équipe de France. « J’ai parlé aux filles de la mentalité qu’on t’inculque là-bas, détaillait-elle l’été dernier dans L’Equipe. Perdre, c’est la fin du monde. On mange, on dort basket et victoires. Surtout, on n’a pas le droit de perdre. Chaque défaite provoque une crise, tout le monde se réunit et on analyse pour que ça ne se reproduise pas. J’essaie d’amener cette façon de faire en équipe de France. C’est mon état d’esprit sur le terrain, quand je le quitte je n’ai jamais de regrets parce que je sais que j’ai tout donné. »

La « Mamba Mentality »

« Elle est très exigeante envers elle-même, et donc envers les autres et envers les résultats de son équipe, elle est perfectionniste. C’est pour ça que c’est une joueuse complète car tout ce qu’elle fait, que ce soit en attaque ou en défense, elle veut bien le faire », assure l’ex-directrice sportive du BLMA. Pas que dans le basket d’ailleurs. Thibaut Petit : « Quand elle est arrivée chez nous elle parlait à peine le français mais elle l’a appris à une vitesse folle, c’était assez magique ! C’est à l’image de ce qu’elle fait sur le terrain en fait. Quand elle a envie de quelque chose, elle se donne les moyens et elle y arrive. Elle rêvait d’Euroligue, elle a été en Euroligue, elle a gagné l’Euroligue (avec son club actuel de Sopron, en Hongrie), elle a été élue meilleure défenseure de la compétition. Et tout ça par le travail. J’ai déjà entraîné des filles plus talentueuses qu’elle, mais aussi bosseuse, jamais. »



Proche de Kobe Bryant et de sa fille Gianna, tous deux tragiquement décédés dans un accident d’hélicoptère en janvier 2020, Williams a de qui tenir. « Avoir Kobe comme mentor, ce n’est jamais anodin, assure Lawson-Wade. Avec lui il n’y avait pas de limite dans le travail, dans les heures qu’on peut passer sur le parquet à s’entraîner et ça l’a indubitablement aidé à se forger une mentalité. » « Elle ne s’est jamais vantée de cette relation-là en revanche, note l’ancien coach montpelliérain. C’est dans la saison, à force de se connaître et d’échanger, qu’on a su que Kobe l’avait prise sous son aile. Elle avait un lien très fort avec lui et c’est malheureusement cette année-là, alors qu’elle était avec nous, qu’il est décédé. On jouait à Lyon le jour où c’est arrivé, elle était anéantie. Mais elle est à son image, ça, il n’y a pas de doute. »