Mondiaux de cyclisme : On ne sait pas trop comment, mais la France repart avec une belle médaille d’argent

CYCLISME A l’issue d’un final au scénario échevelé, Christophe Laporte s’est classé deuxième des Mondiaux de Wollongong, en Australie, derrière l’intouchable Remco Evenepoel

Nicolas Stival
Le Français Christophe Laporte, médaillé d'argent, et l'Australien Michael Matthews, médaillé de bronze et amateur de selfies,  encadrent le champion du monde belge Remco Evenepoel, ce dimanche à Wollongong, en Australie.
Le Français Christophe Laporte, médaillé d'argent, et l'Australien Michael Matthews, médaillé de bronze et amateur de selfies, encadrent le champion du monde belge Remco Evenepoel, ce dimanche à Wollongong, en Australie. — Shutterstock / Sipa
  • Si les Français n’ont pas réussi à conserver la couronne mondiale, ils repartent de Wollongong (Australie) avec une médaille d’argent, grâce à Christophe Laporte.
  • Cette deuxième place a même surpris le Varois, décontenancé comme les observateurs par la physionomie de la fin d’une course logiquement remportée par le Belge Remco Evenepoel.
  • C’est le quatrième podium mondial des Bleus depuis quatre ans, après l’argent de Romain Bardet en 2018 et les titres de Julian Alaphilippe en 2020 et 2021.

Pourquoi mentir ? Il ne s’agit pas ici de plagier le titre de la truculente autobiographie de Rolland Courbis sortie en 2007, mais de se libérer d’un poids. Dans notre live matinal ce dimanche, notre premier titre juste après l’arrivée du nouveau champion du monde sur la ligne d’arrivée de Wollongong était : « Le prodige belge Remco Evenepoel sacré, les Bleus font chou blanc… » A peine le temps de mettre à jour l’article, de relever la tête vers notre télé et paf… Christophe Laporte surgissait de nulle part pour régler un sprint inattendu et s’adjuger une médaille d’argent tombée du ciel.

Certes, on avait bien vu que les poursuivants immédiats d’Evenepoel se regardaient tellement qu’ils en oubliaient d’avancer dans le dernier kilomètre. Mais la réalisation australienne (oui, il faut bien trouver un ou une coupable pour se dédouaner de sa boulette) avait fait l’impasse sur le peloton d’enragés qui a rattrapé, puis avalé les timorés. Ce qui nous rassure, c’est que même le principal intéressé est tombé des nues : « On ne s’y attendait pas vraiment, c’était un final vraiment étrange, a confessé Laporte à l’AFP. Quand j’ai passé la ligne, je ne savais pas vraiment à quelle place j’étais. »




Et voilà comment le coéquipier chez Jumbo Visma de Wout van Aert (finalement 4e, la place maudite), récent vainqueur du Tour du Danemark, s’est classé deuxième alors qu’on ne l’avait quasiment pas vu de la course. Le Zorro varois s’est fait une spécialité de sauver l’honneur national, après avoir remporté l’antépénultième étape du Tour de France cet été à Cahors pour nous éviter un humiliant zéro pointé.

Evenepoel a bien profité de l’hyperactivité française

Ce dimanche, de nombreux autres Tricolores se sont en revanche montrés sur les 259,5 km du tracé en bordure du Pacifique. Quatre d’entre eux (Romain Bardet, Pavel Sivakov, Florian Sénéchal et Quentin Pacher) ont même figuré un temps dans le groupe de tête dont allait sortir Evenepoel. Le prodige de 22 ans, récent vainqueur de la Vuelta, a bien profité de l’hyperactivité française, notamment celle de Pacher, pour se glisser dans la première échappée sans trop forcer, avant de faire parler sa classe pour assommer la concurrence, à 25 km de l’arrivée.

« J’ai essayé de marquer Remco le plus longtemps possible, a glissé Bardet, trop juste pour croire à un nouveau podium mondial, quatre ans après sa deuxième place mortifiante à Innsbruck, derrière Alejandro Valverde. J’y suis allé trois ou quatre fois mais il m’a surpris sur le plat. Il a pris 10 mètres et je n’ai jamais pu boucher. »

Alaphilippe, détrôné mais pas déçu

Tous les Bleus ont d’ailleurs fait allégeance au nouveau roi du monde, à commencer par Julian Alaphilippe, monarque détrôné mais guère vexé. « Aujourd’hui on n’a pas de regrets car le plus fort a gagné, a lancé Alaf’, dont la présence aux antipodes constituait déjà un petit miracle après une saison maudite. Mais on fait quand même deuxièmes et c’est une belle deuxième place. »

« On avait un super collectif, on a fait une belle course, on a créé du mouvement, on a été là où il fallait, après voilà, ce n’est pas n’importe qui devant, a-t-il poursuivi. Ce n’est pas un hasard si c’est Remco qui gagne. Il a fait une saison extraordinaire. Je suis très très content pour lui et que le maillot reste dans l’équipe [Quick Step]. »



« Aujourd’hui, on peut faire n’importe quelle course, même attendre le dernier tour, et on aurait eu le même vainqueur, a assuré de son côté le sélectionneur Thomas Voeckler. Ce n’est pas toujours le cas mais le plus fort de tout le peloton a gagné et sa victoire est largement méritée. »

Même si les titres gagnés par Alaphilippe en 2020 et 2021 n’ont pas fait de petit cette année, le patron de l’équipe de France ne cachait pas sa satisfaction teintée de surprise. Alors que l’attaque décisive d’Evenepoel a laissé ses hommes impuissants, incapables de se glisser dans le premier groupe de poursuivants, les Bleus repartent quand même d’Australie avec une belle médaille d’argent, leur quatrième breloque lors des cinq derniers Mondiaux. Voeckler pensait pourtant que « c’était foutu et qu’on n’allait même pas ramener un Top 5 ou Top 8 ». Oui vraiment, en dehors du sacre logique du « Petit Cannibale » bruxellois, c’était une drôle de course.