La France remporte la guerre du fart

Matthieu Goar et Romain Scotto
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Le biathlète, Vincent Jay lors du sprint 10 km des JO de Vancouver, le 14 février 2010. 
Le biathlète, Vincent Jay lors du sprint 10 km des JO de Vancouver, le 14 février 2010.  — REUTERS/Issei Kato

De nos envoyés spéciaux au Canada

Un titre olympique se joue parfois à l’aube. «Je suis monté à 6h30 pour analyser la neige. Ensuite, on a beaucoup parlé avec Vincent Jay. Puis on a minutieusement choisi ses skis», détaille son préparateur, Grégoire Deschamps, installé confortablement dans le club France cossu de Whistler. Résultat : Jay claque le 4e temps du fond et, grâce à un sans faute au tir, remporte le titre olympique. Quelques minutes plus tard, sur l’épreuve de fond du combiné nordique, Lamy Chappuis réalise un dernier tour d’anthologie. Dans une dernière glissade, il saute Johnny Spillane sur la ligne. «J’avais de très bons skis», glisse-t-il devant les médias américains. L’info fait le tour de Whistler: les Français ont trouvé l’arme ultime sur la neige capricieuse de Whistler.


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Pas vraiment mais la cellule technique a simplement fait un super boulot. Analyse de la neige, pose des produits sur les semelles (plus de 180 à leur disposition) et enfin choix des skis, les 12 techniciens du staff France sont devenus des scientifiques de la glisse.  «On est en liaison trois fois par jour avec un météorologue en France. On regarde aussi l’historique des données relevées sur les anciennes courses», raconte Grégoire Deschamps, ancien biathlète et ex-entraineur du comité Savoie. Après avoir posé le produit, je les teste souvent moi-même en mettant un ski différent à chaque pied pour sentir celui qui glisse le mieux.»

«On ne gagne pas sans un bon fart»

Un aspect déterminant lorsque l’on joue la gagne. Dans les sports nordiques, un ski qui accroche trop peut faire gaspiller énormément d’énergie. Un peu comme si on accrochait des casseroles à la roue arrière d’Alberto Contador en montagne. «On ne gagne pas sans un bon fart. On peut perdre avec un mauvais», analyse Roddy Darragon, fondeur. Même analyse de Grégoire Deschamps. «Entre le bon choix et le mauvais choix, je pense que ça peut se jouer entre la 1ere et la 30eme place.»

De quoi rendre le  petit monde du ski nordique un peu parano. «On jette nos poubelles après les courses de peur qu’une nation qui n’aurait pas trouvé les bons produits ne les fouille. Cela reste top secret», révèle Grégoire Deschamps. Mais l’un des secrets de la cellule française n’est pas caché dans une poubelle, au pied d’un hôtel. Pour préparer  les JO de Vancouver, le DTN Fabien Saguez a décidé que les 4 techniciens du biathlon, les 6 du fond et les deux du combiné nordique travailleraient ensemble. «Je n’étais pas là à Turin mais les anciens nous disent que c’est beaucoup mieux comme ça. On échange énormément», confie Deschamps. Un détail qui explique mieux les deux médailles d’or de dimanche remportées dans deux disciplines différentes.