De notre envoyé spécial à Whistler
L’oeil rivé à la jumelle, Siegfried Mazet scrute Vincent Jay sur le pas de tir. «Zéro faute au tir debout pour Vincent. Ils ne sont que deux pour le moment sans pénalités. Allez gros», lance l’entraîneur des biathlètes dans son talkie-walkie. Perdue dans la forêt, une voix crachote dans son haut-parleur. «Il faut lui dire d’être patient. Il y a la place. Il faut envoyer du lourd dans la descente.»
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Dimanche matin, station de Whistler. Au milieu des arbres et devant des supporters norvégiens et canadiens à bloc, Vincent Jay s’est élancé en 6e position du sprint 10 km, «une boule au ventre comme si j’allais à l’abattoir», avouera-t-il plus tard. Siegfried Mazet n’est pas calme non plus. A chaque passage d’un Français, il joue la tour de contrôle, concentré. «Attention au vent. Simon (Fourcade, ndlr), une erreur. 50 secondes de temps de tir.» Les indications sont répercutées par les coachs répartis dans la forêt.
Pas vraiment la stature d'un favori
La principale information tombe du ciel. Une neige fondue s’invite alors que les favoris s’élancent. «La course est morte», prédit Fabien Saguez venu aux nouvelles. Bien vu. Les conditions perturbent les tirs des gros partis derrière. L’ogre Bjoerndalen commet deux erreurs au tir couché. Tout bon pour Vincent Jay, première participation aux JO et seulement 20e de la Coupe du monde. Pas vraiment la stature d’un favori même s’il a gagné en 2009 l’épreuve de Coupe du monde ici-même.
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Les coachs frétillent. «Le Norvégien Svendsen est derrière. Vincent est en tête à tous les pointages», grésille le talkie. La neige devient humide et collante. «Vincent a des missiles au pied. Quel boulot des techniciens», sourit Mazet. Un à un, les favoris subissent les conditions de course. L’entraîneur, sur la pointe des pieds, le regard vers le tableau. «Je crois qu’il n’y a plus de cadors.» C’est fini. Jay a bien choisi son jour. Dans l’ombre des frères Fourcade et du porte-drapeau Vincent Defrasne toute la saison, il devient champion olympique. Première médaille d’or des Jeux pur la délégation française. «C’est quand même pas croyable les JO. A chaque fois, c’est magique», rigole Fabien Saguez. Mazet lui tombe dans les bras. «Et une Marseillaise, une.»