Asvel-AS Monaco : Comment cette finale est devenue l’une des plus « folles » de l’histoire du basket français

BASKET Villeurbannais et Monégasques ont livré un drôle de spectacle, samedi soir à l’Astroballe, lors du match décisif de la finale de Betclic Elite, remporté après prolongation par l’Asvel (84-82)

Jérémy Laugier
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Basket : Le débrief du 21e titre de champion de l'Asvel contre l'AS Monaco (84-82) — 20 Minutes
  • L’Asvel a soulevé son 21e sacre de champion de France, samedi en battant l’AS Monaco (84-82) après prolongation.
  • Cet impressionnant triplé depuis 2019 du club de Tony Parker a été marqué par la grosse qualité de jeu et le suspense insoutenable de ce choc du championnat de France.
  • 20 Minutes vous propose de plonger dans les coulisses du money time de ce game 5, dans lequel ont excellé William Howard et Elie Okobo samedi.

A l’Astroballe,

Même Tony Parker, du haut de ses 18 saisons NBA, assure qu’il a « rarement vu un match comme ça, avec autant d’intensité ». Certes extrêmement euphorique en raison de son quatrième titre de champion de France obtenu en tant que président de l’Asvel, le troisième de rang, « TP » n’exagère pas forcément tant que ça. Au vu des quatre premiers matchs globalement décevants de cette série Asvel-Monaco, avec une seule rencontre serrée (83-80 pour la Roca Team au game 3), on n’imaginait pas forcément les deux favoris de Betclic Elite capables de nous livrer un spectacle de si haut niveau samedi (84-82 après prolongation).

Le capitaine villeurbannais David Lighty porte fièrement le nouveau sacre du club en Betclic Elite. JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
Le capitaine villeurbannais David Lighty porte fièrement le nouveau sacre du club en Betclic Elite. JEAN-PHILIPPE KSIAZEK - AFP

Dans une Astroballe vite en fusion samedi, les Villeurbannais partaient d’ailleurs sur les bases de la mémorable raclée (+ 37) du deuxième match (22-7, 7e). Impossible de ne pas redouter alors un match 5 à sens unique. Mais la Roca Team ne se serait pas hissée aux portes du Final Four d’Euroligue (2-3 contre l’Olympiakos) sans d'indéniables vertus de guerriers. Un coup de chaud de Mike James au retour des vestiaires nous a même fait sentir l’Asvel au bord du gouffre (60-68, 36e).

« On avait alors le match en mains »

C’est à partir de là que le scénario est devenu dantesque, avec deux formations se renvoyant coups pour coups, même après une saison à plus de 80 matchs officiels disputés. « On avait alors le match en mains, confirme l’arrière monégasque Léo Westermann. +8 avec encore deux fautes à donner, c’était du pain béni. Puis ça a basculé du côté de l’Asvel. » Sacré en Betclic Elite dès ses deux premiers play-offs en tant que coach principal, TJ Parker résume alors l’état d’esprit de son groupe : « Il fallait rester fort mentalement. On n’a jamais rien lâché, et c’est un peu l’histoire de cette équipe. On ne peut pas faire mieux qu’un match comme ça pour notre sport. »


« C’était tendu, complète William Howard. Tu te dis "putain, on était à +15 au début du match". Mais tu ne lâches pas. Ça ne sert à rien d’arriver à ce moment-là de la saison pour lâcher, donc tu te bats… » Déjà menée 0-1 et 1-2 dans cette série, l’Asvel a une nouvelle fois su relever la tête grâce à David Lighty et William Howard, jusqu’à une ultime séquence d’anthologie du MVP de la finale Elie Okobo (20 points, 9 passes décisives et 7 rebonds), à 73-75, avec moins de 8 secondes à jouer et tout le terrain à traverser.

« C’est l’instinct qui décide au lieu de la tête »

« J’ai pris de la vitesse et j’ai vu que Mike James a tourné la tête vers la droite, donc j’ai accéléré, raconte l’international tricolore. Il fallait absolument que je marque. » Ce qu’il fait brillamment pour égaliser (75-75), avec la faute de Mike James en bonus. On voyait alors mal Elie Okobo (86,4 % de réussite dans l’exercice sur ces play-offs) manquer le lancer de la gagne. Et pourtant… « Je ne sais pas ce qu’il m’est arrivé. D’habitude, je ne rate pas les lancers francs. Ça donne un peu de suspense, je pense que les fans à la télé ont kiffé », sourit l’ancien joueur des Phoenix Suns.

Elie Okobo a logiquement été élu MVP de la finale, samedi après la déterminante victoire face à la Roca Team de Paris Lee.
Elie Okobo a logiquement été élu MVP de la finale, samedi après la déterminante victoire face à la Roca Team de Paris Lee. - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Et que dire des 5.550 spectateurs de l’Astroballe, pas si mécontents d’avoir droit à 5 minutes de prolongation. Le moment choisi par William Howard, qualifié « d’incroyable » par son coach samedi soir, pour se transformer en héros des deux côtés du terrain. Petite introspection du polyvalent ailier de 28 ans pour tenter de comprendre comment il s’est transcendé.

C’est le genre de matchs qu’on rêve de jouer quand on est petits. J’aime la pression. C’était fou, il se passait 10.000 choses dans ma tête à ce moment-là. Mais finalement, je n’ai pas réfléchi. Dans ces moments-là, c’est l’instinct qui décide au lieu de la tête. Quand Elie met le "and one" à 2 secondes de la fin, je me suis dit "Putain ça y est, on est délivrés". Et au final, il rate le lancer et on repart pour 5 minutes. »

Le contre de maboule de William Howard sur Paris Lee

Une prolongation sous forme de bouquet final délivré par le natif de la Loire, auteur de la flèche lointaine faisant basculer les Villeurbannais en tête, à 53 secondes de la fin (de 80-81 à 83-81). Puis William Howard s’est sublimé de l’autre côté du terrain, lorsqu’il a fallu verrouiller le cercle face aux deux derniers assauts de Paris Lee et de Dwayne Bacon.

« Quand Chris Jones perd la balle [à 83-82 et 19 secondes à jouer], je me dis qu’il n’y a rien d’autre à faire que courir. Je ne sais pas ce que Paris Lee a fait, je crois qu’il a ralenti avant de faire son lay-up. » Mal lui en a pris, car tel le Slovène Klemen Prepelic scotché par Nicolas Batum, dans le money time de la demie des JO de Tokyo, l’arrière américain a été cueilli en haute altitude par un William Howard revenu de nulle part.


« C’était une bonne vitrine pour le championnat de France »

« Je ne savais pas si Paris Lee pouvait dunker donc je sentais que William allait mettre ce contre, savoure Elie Okobo. Il avait beaucoup de confiance et il nous a amené de l’énergie et des gros tirs. » Plus une ultime défense de fer donc, avec la complicité de Marcos Knight, pour enrayer les plans de Dwayne Bacon et de la Roca Team, incapables de prendre un tir sous la pression des hommes de TJ Parker (84-82).

Auteur du premier Three peat du championnat de France depuis le CSP Limoges entre 1988 et 1990, l’Asvel est bien la plus à l’aise quand ça vire à la dinguerie dans une enceinte surchauffée. Le mot de la fin est pour Léo Westermann, aussi fair-play que William Howard n’a été clutch : « C’est pour ce type de matchs qu’on aime autant le basket, même si ça nous fait bien sûr mal ce soir. C’était une bonne vitrine pour le championnat de France. » Sans doute même la meilleure depuis des lustres.