Roland-Garros 2022 : Avec son revers à une main, Diane Parry est une « amoureuse du beau jeu » (parfois un peu trop)

TENNIS La Française de 19 ans a signé la première sensation du tournoi chez les Bleus en éliminant la tenante du titre Barbara Krejcikova

Julien Laloye
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Diane Parry, victorieuse de son premier tour à Roland-Garros.
Diane Parry, victorieuse de son premier tour à Roland-Garros. — Thomas SAMSON / AFP
  • Diane Parry s’est imposée sur le Chatrier en trois manches face à Barbara Krejcikova, la tenante du titre (1-6, 6-2, 6-3).
  • Si cette dernière manquait de matchs, cette victoire récompense la Française qui possède l’un des jeux les plus attrayants de sa génération, même si elle ne l’utilise pas toujours à la perfection.

A Roland-Garros,

Un revers à une main à se fouetter de plaisir, un prénom de déesse romaine et un tennis empanaché dans la plus belle tradition locale. C’était la France qu’on aime, lundi, pour le premier frisson cocorico de la quinzaine signé Diane Parry, qui a sorti rien de moins que la tenante du titre en simple et en double. Son nom ? On l’avait oublié, comme vous, alors on vous rafraîchit la mémoire : une certaine Barbara Krejcikova, encore 2e mondial sur les tablettes malgré un trou noir de trois mois depuis février. Une sale blessure au coude, paraît-il, et la panne d’essence qui va avec, à 6-1, 2-0. « Je me suis effondrée physiquement, c’est aussi simple que ça ». Ne jouons pas les rabat-joie non plus : en ces temps de disette, ça se prend, comme dirait l’autre.

« Elle est amoureuse du beau jeu »

D’autant que Diane Parry « a quelque chose », comme le résume joliment Gonzalo Lopez, son entraîneur espagnol depuis 2018. Les suiveurs des pépites tricolores ont coché son petit nom depuis 2019 et sa victoire à 16 ans au premier tour à Roland. La plus jeune Française à gagner un match dans le coin depuis Alizé Cornet, rien de moins. Depuis ? Une progression constante plus que fulgurante et la première place mondiale chez les juniors en 2019, avec les réserves que ce genre de consécration précoce impose. Joël, le papa, nous rassure fissa : « Elle n’a pas du tout de problème dans la gestion des émotions. Elle ne monte pas très haut et ne descend pas très bas quand il y a des défaites ».

Un petit péché mignon quand même ? Ce besoin d’épater la galerie et de gagner beau. Prenez son revers à une main, une rareté absolue, désormais, sur un circuit féminin ou c’est plutôt la foire à la minasse à deux mains. « Elle a changé à 12/13 ans, avant c’était à deux mains, explique son père. Elle est amoureuse du beau jeu et puis elle était fan de Federer… Un revers à une main, c’est plus joli à regarder qu’un revers à deux mains. Même si c’est pas toujours efficace et que c’est plus compliqué à mettre en place ». A côté, le coach en sourit. « Diane elle aime jouer joli. Nous, en Espagne, on dit que si tu veux voir quelque chose de joli, tu vas au théâtre, ici il faut gagner. Elle doit apprendre à faire la cuisine, savoir utiliser sa panoplie, quand elle doit slicer, prendre un risque, remettre la balle de l’autre côté. Parfois, elle se frustre Mais elle a le jeu pour déstabiliser ses adversaires ».

Dans les temps de passage après les juniors

On comprend entre les lignes que la jeune fille doit apprendre à se faire mal : c’est d’ailleurs le sens qu’on donne à sa tournée réussie en Amérique du Sud en fin d’année dernière. Des semaines à se coltiner aux joueuses du cru dures au mal, des matchs à grands coups de lift qui durent des plombes et forment la jeunesse. Paul Quétin, son préparateur physique, acquiesce à moitié :  « Diane est une vraie sportive. Hand, volley, basket, elle est très adroite. Elle ne soupçonne pas le niveau de qualité athlétique qu’elle a. Parfois elle ne se rend pas compte qu’elle peut être encore plus performante sur le court. Elle a tous les atouts pour le très haut niveau ».

Top 100 à 19 ans, Parry, qui s’entraîne à dix minutes du Central, n’est pas plus en retard que ça sur le programme : « Je ne me suis jamais fixée de moment précis pour atteindre certains classements ou certains objectifs, confiait-elle récemment à 20 minutes. Avec mon jeu, je sais que ça peut prendre du temps. Je ne me mets pas d’objectifs de temps ou de pression là-dessus. J’ai fait mon max pour gravir les échelons du mieux que je pouvais. Je suis contente, mais je ne compte pas m’arrêter là ». A Roland, ça commence par l’obstacle Osorio, un peu mieux classée, au 2e tour.

« Si elle perd 6-4 au 3e, il ne faudra pas désespérer et continuer à bosser », prévient Julien Benneteau, le capitaine de Fed Cup. Bosser pour atteindre le top 20, précise Gonzalo Lopez. « Ensuite, si elle veut être top 5, ça dépend d’elle, de ce à quoi elle est prête à renoncer ». Tant que c’est pas au revers long de ligne, on signe.