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« Je ne comptais pas demander des wild-cards toute ma vie », clame Parry

Roland-Garros : « Je ne comptais pas demander des wild-cards toute ma vie », clame Diane Parry

INTERVIEWClassée 307e à la WTA au moment d'arriver à Roland-Garros l'an dernier, Diane Parry, 19 ans, retrouve le Grand Chelem parisien dans la peau de la 96e joueuse mondiale. Une sacrée progression pour la native de Nice, qui se confie avant de retrouver la Porte d'Auteuil
Propos recueillis par Quentin Ballue

Propos recueillis par Quentin Ballue

L'essentiel

  • Diane Parry, 19 ans et désormais 96e joueuse mondiale, s'apprête à entrer directement dans le tableau principal de Roland-Garros grâce à son classement pour la première fois de sa carrière.
  • L'ancienne numéro 1 mondiale junior s'était révélée Porte d'Auteuil il y a trois ans, quand elle était devenue la plus jeune joueuse française depuis des lustres à passer un tour.
  • Celle qui a remporté quatre tournois sur terre battue en 2021 revient sur sa progression et assure ne pas se fixer de limites pour le tournoi du Grand Chelem parisien, qui commence dimanche.

Il y a trois ans, Diane Parry s’était distinguée à Roland-Garros en devenant la plus jeune joueuse française à remporter un match dans le tableau principal depuis Alizé Cornet, en 2005. Sa victoire sur la Biélorusse Vera Lapko, à 16 ans, la révélait alors au grand public. Après une progression constante qui l’a vu atteindre la place de numéro 1 mondiale chez les juniors fin 2019, la Niçoise s’installe tranquillement sur le circuit. 96e à la WTA à la sortie du Trophée Lagardère, elle s’apprête à entrer directement dans le tableau principal du Grand Chelem parisien grâce son classement pour la première fois. Une fierté pour celle qui habite depuis des années à quelques pas du site, Porte d’Auteuil.

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La saison sur terre, c’est votre période préférée sur le circuit ?

Je ne sais pas si c’est le moment que je préfère mais en général, c’est celui où les bons résultats commencent à arriver, donc je suis contente d’y être. Mon jeu convient plutôt bien à cette surface, mon lift prend plus que sur dur dans mes coups et mon service. Sur mes seconds services, j’aime bien lifter, en général ça dérange les filles. Mon slice peut aussi s’écraser un peu, et ça me donne plus de temps pour varier pas mal dans mon jeu. J’ai beaucoup joué sur terre en junior et ces dernières années pour mes débuts en pro. Ça fait pas mal de matchs, et donc pas mal de confiance sur cette surface.

Votre entraîneur Gonzalo Lopez a particulièrement insisté sur la terre battue comme moyen de progresser, notamment défensivement ?

Exactement, on sait que c’est une surface où il y a plus d’échanges, plus de frappes, on ne finit pas le point en deux coups. Forcément, on doit construire plus, s’arracher, et ça peut donner des matchs longs. C’est assez formateur, tennistiquement et physiquement.

Justement, vous disiez l’an dernier que vous étiez « en formation » sur le circuit. Cette formation, elle est achevée ou toujours en cours ?

Non, je suis toujours en formation. Je suis passée à un autre niveau, le top 100, c’est l’excellence. Tous les matchs sont compliqués, toutes les filles s’arrachent et jouent super bien. C’est un autre circuit pour moi. Il va falloir que je m’adapte à ce niveau pour gagner des matchs et continuer à monter au classement.

Vous jouiez avec un revers à deux mains jusqu’à 11-12 ans. Pourquoi être passée à une main ?

J’ai changé parce que j’aimais lâcher à l’entraînement de temps en temps, c’était assez naturel chez moi, je prenais beaucoup de plaisir. Un jour, mon entraîneur m’a proposé d’essayer de jouer avec un revers à une main sur des tournois pendant les vacances. Ça m’a tout de suite plu, même si au début c’était forcément compliqué. On me jouait beaucoup dessus, haut, et je devais me débrouiller pour essayer de ne pas trop subir. Ça m’a formée et je prends beaucoup de plaisir avec ce coup. Ça me permet de beaucoup plus varier et de donner une balle différente aux filles par rapport à ce qu’elles ont l’habitude d’avoir avec un revers à deux mains, où on joue en général plus tendu et où c’est plus compliqué de varier les effets. Ça me permet de faire pas mal de choses, donc j’aime bien !

Le revers à une main, une rareté sur le circuit féminin.
Le revers à une main, une rareté sur le circuit féminin.  - Dan O' Connor/SPP/Shutterstock/SIPA

Si vous avez switché, c’est aussi parce que vous aviez des modèles comme Roger Federer ?

Bien sûr, Roger Federer a toujours été mon idole. J’aimais aussi beaucoup le jeu d’ Amélie Mauresmo et de Justine Hénin. Ce sont des joueurs qui m’ont inspirée quand j’étais petite.

Il n’y a pas si longtemps, on disait de vous que vous étiez une joueuse « trop gentille ». Avez-vous réussi à devenir plus méchante ?

(Elle rit) Ce n’est pas forcément dans ma nature, mais j’essaye. Quand je suis sur le terrain, c’est pour gagner. On m’a toujours dit que je ne le montrais pas assez. En tout cas, j’essaye maintenant d’avoir une attitude où j’en veux sur le court, où je suis vraiment motivée pour aller chercher le match. Je ne suis pas très extravertie, à crier sur le court comme plein d’autres filles, mais j’essaye à ma manière de le montrer. Faire sentir à l’autre qu’on va être présente tout le match et que ce sera dur pour elle de gagner, c’est important.

Être dans le top 100 à 19 ans, vous vous y attendiez ?

Je ne me suis jamais fixée de moment précis pour atteindre certains classements ou certains objectifs. Avec mon jeu, je sais que ça peut prendre du temps. Je ne me mets pas d’objectifs de temps ou de pression là-dessus. J’ai fait mon max pour gravir les échelons du mieux que je pouvais. Je suis contente, mais je ne compte pas m’arrêter là.

Vous ressentez une pression avec l’étiquette d’ex-numéro 1 junior ?

Pas du tout, parce que c’est déjà loin derrière moi. Les juniors, c’est passé, j’ai fait un très beau circuit, je suis très contente de la manière dont j’ai terminé. Maintenant, c’est loin et je suis sur un tout autre circuit.

Votre entraîneur disait que pour être l’une des meilleures, « il faut être une passionnée de l’effort ». Mais il paraît que vous n’aimez pas trop le footing…

(Elle rit) Je n’aimais pas trop le footing, mais maintenant, j’aime un peu plus. Courir seule, ce n’est pas très drôle, mais depuis que j’ai un chien, je suis contente quand je vais courir, il m’accompagne. J’ai toujours rêvé d’avoir un chien et de pouvoir courir avec lui, alors maintenant, c’est un plaisir.

L’an passé, vous aviez bénéficié d’une wild-card pour entrer dans le tableau principal. Ça fait quoi d’arriver à Roland-Garros « toute seule » cette année ?

Forcément, je suis fière. C’était l’objectif, je ne comptais pas demander des wild-cards toute ma vie à Roland ! Je suis contente de me dire que je rentre dans les Grands Chelems avec mon classement. Maintenant, à moi d’avoir de bons résultats, d’essayer de passer des tours et encore grappiller des places.

Pour vous qui habitez à Boulogne-Billancourt, Roland-Garros, c’est chez vous ?

C’est clairement la maison. Surtout que je m’entraîne toute l’année là-bas, je connais bien le site. Mon école était juste en face. Je passais devant tous les jours, je rêvais de pouvoir y mettre les pieds. Ça me titillait… Maintenant, c’est le cas, je m’y entraîne toute l’année et je joue le tournoi, donc je suis fière du chemin parcouru. C’est le Graal pour les petits qui rêvent de ce sport. Avoir un Grand Chelem à dix minutes de chez soi, c’est un privilège. J’en profite au max.

Que serait un Roland-Garros réussi pour vous ?

Passer deux tours, déjà, ce serait bien. Minimum, on ne va pas se fixer de limites !