Girondins de Bordeaux : Ligue 2 ou pas, les supporteurs appellent le club à « repartir de zéro »
FOOTBALL•Alors que les Girondins de Bordeaux filent vers la L2 à trois journées de la fin de la saison, 20 Minutes a donné la parole à ses supporteurs. Ces derniers souhaitent dans leur grande majorité une refonte profonde du club autour d’un ancrage territorial fort notamment à travers le centre de formation.Clément Carpentier
L'essentiel
- Les Girondins de Bordeaux vont jouer une première fois ce dimanche leur survie en Ligue 1 à Angers.
- L2 ou pas à la fin de la saison, les supporteurs appellent le club à « repartir de zéro » dans les prochains mois afin de retrouver son glorieux passé.
- Restructuration, centre de formation, président délégué… Beaucoup se retrouvent autour des mêmes souhaits.
C’est aussi à cela que l’on reconnaît un grand club, au nombre de réactions et de commentaires que ses résultats, et plus globalement sa gestion, engendre au quotidien. Autant vous dire qu’en connaissant un peu le contexte bordelais depuis maintenant une petite dizaine d’années, on s’attendait à recevoir de (très) nombreuses réponses à notre appel à contributions sur les Girondins de Bordeaux cette semaine, autour de cette question : « Que faut-il changer ? », alors que ce club historique du football français file tout droit vers la Ligue 2. Et en effet, 20 Minutes a reçu des dizaines de messages. Certains touchant à l’image de Damien qui nous avoue avoir « pleuré deux fois au stade dernièrement », d’autres plus longs et parfois très argumentés au point qu’on aurait pu les transférer à la direction actuelle du club.
A ce titre, on tient à s’excuser de ne pas pouvoir tous les relayer. Mais au final, il ressort souvent les mêmes choses de ces témoignages plein de désarroi et de colère. « Le club ne signifie plus rien pour moi, il a perdu son identité et ses valeurs depuis bien longtemps, résume Vincent, l’un des plus tranchés. Aujourd’hui, je rêve d’un destin à la Strasbourg ! » La plupart ne vont pas aussi loin que ce supporteur, en revanche, ils se retrouvent tous autour de l’idée de « repartir de zéro ». Au fil des messages, trois souhaits reviennent constamment : restructurer le club après des années de gabegie, reconstruire le sportif autour du centre de formation fort et enfin remettre de l’ordre afin que chacun reste à sa place autour d’un stade plus accessible et vivant.
Repartir de zéro mais où et avec qui ?
Cette idée de repartir d’une feuille blanche vient avant tout d’un constat fait par Philippe : « Le chantier des Girondins est immense et quasiment insoluble. » Si l’espoir d’un nouveau départ était revenu l’été dernier avec le rachat du club par Gérard Lopez, après trois ans de grand n’importe quoi symbolisée par la gestion désastreuse des fonds d’investissement américains GACP et King Street, celui-ci a vite été déçu. Hors terrain (supporteurs, finances, institutions, etc.), les choses vont peut-être un peu mieux mais dessus, c’est encore pire puisque les Girondins sont au bord de la relégation avant leur déplacement à Angers ce dimanche (15h). Mais où reprendre ce chantier « immense et quasiment insoluble » ? Ligue 2 ou N3 ? Une vraie division existe entre les supporteurs sur ce sujet, même si une petite majorité souhaite que le club garde son statut professionnel.
Pour Vincent (le second de la bande), « il faut se servir de cette potentielle descente pour restructurer le club et avoir des ambitions à la hauteur de ce qu’il est devenu aujourd’hui. » Laurent développe en ce sens : « La première chose à changer est d’arrêter de se prendre pour ce que l’on est plus depuis longtemps et travailler. On ne réussit pas parce qu’on s’appelle les Girondins de Bordeaux, on réussit parce qu’on travaille de manière cohérente. Cette humilité n’empêche pas d’être ambitieux. » « Nous sommes le plus professionnel des clubs amateurs », charge pour sa part Mathieu.
Après le « où » arrive bien sûr la question du avec « qui » ? Et l’une des petites surprises de notre appel à contributions, c’est le peu de critiques envers Gérard Lopez. Le propriétaire et président des Marine et Blanc est plutôt épargné. Pourquoi ? Philippe synthétise le sentiment général :
« « Il faudrait sans doute des gens qui jouent avec leur argent et non pas celui d’invisibles fonds prêteurs. Des gens qui prennent des risques et pas seulement un salaire. Mais par exemple, aucune des grandes fortunes bordelaises n’a esquissé la moindre tentative de projet de reprise en 2018 ou 2021. Ohayon, Fayat, Magrez, Pichet, Allard, Ginestet… Tous se tiennent soigneusement à l’écart des Girondins parce qu’ils sont des hommes d’affaires avisés qui ne veulent pas investir dans un trou sans fond. » »
Lopez, lui, n’a pas eu peur d’y aller. En revanche, c’est la gestion de l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois qui fait grincer des dents. Les supporteurs réclament par exemple à l’unanimité la nomination d’un président délégué. Un président « qui sera là tous les jours car quand le chat n’est pas là, les souris dansent », comme l’explique Sébastien. L’un de ses homonymes souhaite un président « du cru qui montera au créneau pour défendre les intérêts du club, ou secouer les joueurs quand c’est nécessaire ». En ce sens, Vincent lance à la volée les noms de « Johan Micoud, Stéphane Martin, ou Laurent Blanc pour incarner le club au quotidien et permettre à Admar Lopes [le directeur technique] de se concentrer sur le sportif. » Plus généralement, Charles souhaite « le retour de quelques anciennes gloires du club pour inculquer les valeurs de celui-ci. »
Restructurer enfin le club
C’est peut-être là aussi l’une des petites surprises de notre appel à contributions, le nombre de messages sur la structure même du club. L’idée reçue comme quoi les supporteurs ne s’intéressent qu’aux résultats serait donc fausse. Nombre d’entre eux rappellent à quel point les Girondins de Bordeaux sont un club aujourd’hui complètement surdimensionné avec ses 300 salariés et ses charges fixes démentielles par rapport à son niveau sportif. C’est simple, « le nombre de salariés au club a augmenté à mesure que le niveau sportif descendait et M6 cachait la misère en comblant le déficit structurel à chaque fin d’année », lance « Soubi ».
Selon le rapport de la DNCG pour la saison 2020-2021, les Girondins affichent une masse salariale de 65 millions d’euros. C’est la 7e plus grosse de Ligue 1 alors que le club végète depuis maintenant trois ans dans la deuxième partie de tableau. A titre de comparaison, Lens a une masse salariale de 34 millions d’euros, Strasbourg c’est 32, Reims 34, Montpellier 41, Nantes 45… Et cette anomalie bordelaise dure depuis plus d’une décennie même si bien sûr les salaires des joueurs y sont pour beaucoup. Elle interroge en tout cas Anthony : « Etant donné comment le club marche en ce moment, je me demande à quoi sert tout ce monde-là, c’est démesuré pour moi. Il y a beaucoup de monde pour qui la soupe est bonne et contribue indirectement à cette situation, il est tant que cela cesse et qu’on assainisse notre club quitte à repartir de très bas. »
Il n’y aura d’ailleurs pas d’autres solutions s’il y a rétrogradation. Gérard Lopez a déjà prévu, cela passera par une restructuration profonde des Marine et Blanc avec un plan social de plus d’une centaine de licenciements. Vincent a « bien conscience de la casse sociale que représenterait une telle destinée mais ce serait simplement anticiper ce qui est inéluctable ».
Reconstruire sportivement autour du centre de formation
En ce sens, la nouvelle direction a mis les pieds dans le plat dès cette saison en poussant vers la sortie tous les gros salaires du club. Et pas forcément avec une grande classe. C’est le moins que l’on puisse dire pour Koscielny, Costil ou encore Otavio. Mais pour les supporteurs, la priorité sportive n’est pas forcément là aujourd’hui. Pour beaucoup comme Philippe, il va avant tout falloir pour reconstruire « renoncer à monter une équipe de mercenaires venus de 17 pays différents car il est impossible de créer un esprit ''club'' dans ces conditions. Il doit y avoir un noyau français dur pour incarner l’histoire du club ».
Ainsi, il est temps pour une grande majorité de supporteurs bordelais de s’appuyer en priorité sur le centre de formation avec une identité forte. Charles :
« « Je suis partant pour avoir des joueurs du cru qui viennent de nos régions et pour qui le FCGB représente quelque chose, quitte à avoir un niveau plus modeste, mais au moins on pourra s’identifier à cette équipe et retrouver cet état d’esprit familial qu’il a pu y avoir au club par le passé. » »
David, lui, rappelle que « les meilleurs joueurs du club ces dernières années ont été Laborde, Koundé et Tchouaméni (trois joueurs formés au club) ». C’est surtout vrai pour le second et il ne faut pas oublier le Brésilien Malcom, plus gros transfert de l’histoire des Girondins. « Il serait temps de mettre plus de moyens dans la formation et surtout de faire confiance aux joueurs comme Mara, Pirringuel ou encore Louis-Jean, enchaîne David. On ne peut pas faire une équipe compétitive qu’avec des jeunes du club mais on peut en faire notre base. Pour rappel, on est champion avec Planus, Trémoulinas, Chamakh. »
Remettre de l’ordre à tous les étages
Dans cet appel à contributions, une dernière chose semble tenir à cœur aux supporteurs bordelais qui se sont exprimés. Elle est avant tout liée à l’actualité récente du club et à « l’affaire Costil ». A la lecture des témoignages reçus, on peut dire que celle-ci a marqué les esprits. On avait déjà pu le remarquer au stade ou via les réseaux sociaux. Comme Sébastien, ils sont nombreux à souhaiter « remettre l’église au centre du village avec certains supporteurs car chacun doit savoir rester à sa place ». Pour lui, « ce qui s’est passé avec Florian Brunet (le porte-parole des Ultramarines) est purement scandaleux et son implication formidable depuis tant d’années ne lui donne aucun droit sur ce qui concerne le groupe professionnel ». « JB », lui, aimerait voir « l’émergence d’un second groupe de supporteurs pour animer le virage nord et agir comme contre-pouvoir ».
« Les UB87 devront continuer leur soutien indéfectible mais en gardant leur rôle de magnifiques supporteurs, car cet épisode avec Benoît Costil a été un élément encore plus néfaste pour les Girondins, car elle a terni la relation joueur-supporteur et Bordeaux est devenu sujet à moquerie partout », résume de son côté un Thibaud dépité par les derniers événements. Sur ce sujet, les Ultramarines, sans qui le club n’aurait peut-être jamais été sauvé il y a un an, ont réaffirmé à plusieurs reprises leur indépendance vis-à-vis de Gérard Lopez et leur volonté de toujours agir pour le bien des Girondins.
On notera aussi enfin les quelques remarques sur la situation du Matmut Atlantique. La demande de Fabrice de « fluidifier la circulation piétonne autour du stade en créant des passerelles et de personnaliser le stade aux couleurs du club ». Axel et Sébastien insistent eux sur le fait « de le rendre plus attractif à travers une baisse drastique du prix des places ».



















