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Et si on arrêtait avec le mythe de CR7 qui bridait Karim Benzema au Real?

Real Madrid - Manchester City : Et si on arrêtait avec le mythe de CR7 qui bridait Karim Benzema chez les Merengue?

FOOTBALLLa forme incroyable de Karim Benzema conforte dans leur opinion les partisans de la théorie selon laquelle Cristiano Ronaldo empêchait le Français d'exprimer son talent. Mais les choses ne sont pas si simples, et c'est KB9 qui le dit
William Pereira

William Pereira

Le football regorge d’uchronies fantasmées par ses supporters. Parfois par déni de l’échec, souvent pour balayer les frustrations nées de promesses non tenues. Ah, si Hatem Ben Arfa avait été mieux entouré, si Ronaldinho avait eu l’hygiène de vie de CR7, si Ronaldo n’avait pas eu les genoux en mousse, si Pelé avait joué au 21e siècle, si Maradona n’avait pas foutu son nez dans la farine… La dernière à la mode ? Si Karim Benzema n’avait pas eu Cristiano Ronaldo dans ses pattes pendant neuf ans au Real Madrid, que se serait-il passé ?

Les réponses varient selon les personnes, et les plus imaginatives vous diront qu’il compterait x Ballon d’Or et tant de buts, comme si son binôme portugais lui avait volé 450 buts qui, additionnés à la bonne centaine inscrite par KB9 depuis le départ de CR7, en ferait le plus grand joueur de l’histoire du Real et probablement de ce sport. On exagère à peine, c’est ce qui s’entend et se dit depuis que l’attaquant français vole au-dessus du Bernabeu, où il semble capable d’éliminer qui il veut en un claquement de doigts, façon Thanos dans Infinity War. Le PSG ? Check (en un quart d’heure chrono). Chelsea ? Check. Manchester City ? Pas hyper serein malgré l’avance d’un but avant la demi-finale retour.

C’est pas de nous, mais d’Ilkay Gundogan : « Actuellement, pour moi, Benzema est, avec Lewandowski, le meilleur attaquant au monde. Pendant longtemps, il a été dans l’ombre de Cristiano Ronaldo surtout dans les médias, mais maintenant il reçoit enfin l’attention et la reconnaissance qu’il mérite. » Ah, vous voyez ? On finit toujours par y revenir.

La réponse à cette idée reçue est pourtant très simple, moyennant un peu d’honnêteté intellectuelle, ce dont dispose Francisco Javier Sánchez Palomares, rédacteur en chef du site madridiste La Galerna. « C’est impossible de savoir ce qui se serait passé si Cristiano n’avait pas été là puisque ça n’a pas eu lieu. » Simple. La logique voudrait qu’on s’arrête là, mais tout ceci manque de sel, donc creusons.

Ce qu’en dit Karim Benzema (propos recueillis par L’Equipe, début 2022) : « Je ne me disais pas : « Ah, il faut que je lui donne tous les ballons. » Je jouais mais le gars mettait le double de buts. C’est la vérité, tu ne peux rien faire contre cela. […] Nous avons gagné beaucoup de titres, je me suis fait grave plaisir. Penser comme ça, c’est penser individuel : "Ah, parce qu’il était là, na na na." Non, au contraire. J’ai gagné toutes mes Ligues des champions avec lui, des Championnats, nous avons mis je ne sais combien de buts, nous faisions partie du trio magique (avec Gareth Bale). »

Des trous d’air sans rapport avec Ronaldo

« Etant donné l’apport individuel de CR7 sur Benzema et sur le collectif du Real Madrid, Benzema ne serait pas allé plus haut dans l’histoire du Real sans CR7, reconnaît Jotha Perez, du très suivi média digital Real France. Le Portugais a contribué de manière invraisemblable au palmarès récent du Real Madrid et Benzema s’est tout simplement '' mis à sa disposition '' pour faire briller le club. Benzema n’aurait pas été plus haut dans l’histoire sans CR7 mais ce dernier n’aurait pas non plus été si haut sans Benzema. Ces deux hommes allaient de pair lors des brillantes années ».

Rappelons par ailleurs que la trajectoire de l’ancien Lyonnais au Real n’a pas toujours été linéaire sans que cela ait à voir avec son pote bodybuilder.

- 2011 : Revient de vacances en surpoids

- 2013 : Marque 11 buts en Liga et voit Alvaro Morata lui bouffer du temps de jeu

- 2017-18 : Seulement cinq buts en Liga, période de disette lors de laquelle nous-mêmes ne savions plus quoi inventer pour le défendre, quitte à pousser à son paroxysme la théorie selon laquelle, certes il ne marquait pas, mais pfiou, z’avez vu tous les espaces qu’il libère pour CR7 ?

C’est d’ailleurs au cours de cette saison difficile que l’internationale français opère le début de son impressionnante métamorphose qui le conduira à avoir l’IMC d’Eliud Kipchoge (sept kilos perdus en un an pour commencer, pas mal). Jotha y voit le sceau de CR7 :

« « Le sens du travail, la rigueur, l’hygiène et le dépassement de soi du portugais ont influé sur l’ancien lyonnais. Je me souviens encore de la première photo de pré-saison de Karim sur la table de soins médicaux comme il en est coutume à Madrid où on le voit un peu gras, avec une forme physique loin de celles de ces dernières saisons. Sa métamorphose, sa dalle viennent de cette influence, c’est forcé. » Le rédacteur en chef de la Galerna abonde : « Cristiano, par ses conseils, a aidé Benzema à être plus professionnel et ambitieux. » »

CR7 hors de portée, mais Benzema plus aimé

L’élève a fini par dépasser le maître. Sur le terrain, et malgré la bonne saison du Portugais au sein d’un Manchester United cadavérique, il n’y a pas grand monde pour réfuter l’idée selon laquelle Benzema est le meilleur attaquant, voire le meilleur joueur du monde en ce moment. Son but sur une demi-occasion et sa Panenka du match aller contre City cristallisent à eux seuls la confiance illimitée de l’attaquant en ses qualités, un bien précieux à ce poste. Et ne parlons même pas de son poids dans une équipe capable de battre n'importe qui avec le Français sur la pelouse comme de se faire poutrer par un Barça convalescent en son absence.

Un petit mot d’Ancelotti sur son crack, quand même ? « Il a toujours été bon, mais maintenant il se détache davantage parce qu’il est plus décisif dans l’équipe. Au fil des années, Karim a affirmé sa personnalité ; sur et hors du terrain, il a amélioré son rôle de leader. » Un rôle qu’il a en partie repris à Cristiano Ronaldo, justement (puis Sergio Ramos). Avant de lui piquer son record absolu de 17 buts sur une campagne de Ligue des champions ? Le Français n’est qu’à trois buts de son ancien coéquipier. En deux matchs, rien d’infaisable. Encore faut-il pouvoir accéder à la finale, et c’est tout l’intérêt du match de mercredi soir.

Soyons (très) optimistes : le Real passe, gagne la finale, Benzema soulève une nouvelle fois la LdC en battant le record de CR7 et est auréolé du Ballon d’Or. Suffisant pour devenir la légende ultime du Bernabeu ? « Di Stéfano et Cristiano sont hors d’atteinte, calme Francisco Javier Sánchez Palomares. Mais Karim aura toujours plus d’affection de la part du Bernabeu que Cristiano, parce qu’il s’est plus lié au public. » KB9 1, CR7 0.