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Comment Monaco est devenu le porte-drapeau du basket français

Euroligue : Du néant aux playoffs, comment Monaco est devenu le porte-drapeau du basket français

BASKETL'équipe de basket de l'AS Monaco brille en ce moment plus que son homologue du football. La preuve? La Roca Team est en playoffs de l'Euroleague et défie ce soir l'immense Olympiakos, à Athènes
William Pereira

William Pereira

Cinq ans après l’épopée européenne de l’ASM de Kylian Mbappé, revoilà Monaco au plus haut sur la scène européenne. Petit détail qui a son importance : le ballon a viré au orange. Pour vibrer sur le rocher, il faut désormais se tourner vers la salle Gaston-Médecin et l’équipe monégasque de basket, qualifiée pour les playoffs de l’Euroligue. Un sommet continental que David Cozette, voix emblématique du basket français et désormais au micro de Monaco Info, n’espérait même plus revivre d’ici la fin de sa carrière de commentateur.

« J’ai vécu tellement d’années avec des équipes françaises qui gagnaient trois ou quatre matchs dans la saison et qui étaient menées de 20 points à la mi-temps quand elles jouaient à l’extérieur… C’était un peu douloureux. » Forcément, quand une équipe termine la saison régulière à la 7e place avec un ratio de victoires positif (15 contre 13 défaites) et des matchs accrochés face aux meilleures équipes européennes comme le Barça ou le Real, vous retrouvez le sourire.

Dyadechko, l’Ukrainien qui a repêché Monaco

L’autre curiosité réside dans le fait que ce soit précisément de cette équipe de Monaco que vienne le salut du basket français. Il y a dix ans tout pile, le club s’est fait repêcher des marécages par Sergey Dyadechko, un homme d’affaires ukrainien, alors qu’il venait enfin de s’extirper de Nationale 2 après des années d’errance à cet échelon. Un mariage de raison. Dyadechko venait quant à lui de survivre à 26 coups de feu dirigés vers sa Mercedes dans une tentative d’assassinat venue ponctuer un scandale financier auquel il était mêlé en Ukraine. Sur conseil de Sergei Bubka, Dyadechko rejoint alors Monaco. Son argent et son attrait pour le basket font le reste.

« « Il était tellement passionné qu’après l’entraînement des pros on le voyait avec son survêtement et son ballon pour venir faire des shoots, sourit Cozette. C’était quand même le président mécène de l’équipe… Il n’y a que quelqu’un d’aussi passionné qui peut porter un rêve aussi fou. » »

Fou au point de ne pas hésiter la moindre seconde quand les instances du basket français lui ordonnent, en 2014, de payer un dédommagement pour compenser les disparités financières avec les autres équipes de Pro B à laquelle la Roca Team vient d’accéder. Le dernier obstacle franchi, l’équipe retourne en Pro A l’année suivante, 14 ans après l’avoir quittée dans l’anonymat.

Mike James, c’est comme Zlatan à Paris

L’argent a aidé, forcément. On n’arrache pas Mike James des Brooklyn Nets avec un simple projet sportif. Cozette : « On parle d’un joueur qui a été meilleur marqueur de l’Euroligue,​ c’est pas un simple fort joueur de l’Euroligue, c’est une super star qui est arrivé et a fait passer toutes les autres arrivées pour secondaires. On n’a même pas remarqué que des joueurs très forts débarquaient parce que lui a attiré l’attention. C’est un peu Zlatan qui arrive au PSG. »

Les Monégasques sont sur un nuage
Les Monégasques sont sur un nuage - Nikola Krstic/Shutterstock/SIPA

Mais on ne monte pas non plus une équipe capable de gagner l’Eurocoupe et de rêver de final four d’Euroleague en se contentant d’aligner les ronds sur la table. « Ces gens-là avaient l’expérience du basket en Ukraine [au BC Donetsk], ils connaissaient parfaitement le basket et savaient exactement quoi faire pour faire monter les marches au club », abonde Ali Traoré, ancien monégasque et international français.

L’expérience sert quand tout va à veau l’eau, comme l’hiver dernier, lorsque les résultats étaient décevants et le divorce consommé entre l’entraîneur historique de Monaco, Zvezdan Mitrovic et Mike James. Dans un ultime élan de management inspiré, la direction prend la douloureuse décision de se séparer du premier et de renommer Sasa Obradovic à sa place. Choix salutaire : la Roca team embraye sur une folle série, à peine entachée d’une élimination en Coupe de France contre Strasbourg. Traoré :

« « Obradovich est arrivé avec un plan bien précis, " reresponsabiliser "les stars et hiérarchiser l’équipe. Il a fait des choix, certains joueurs ne jouent pratiquement plus et d’autres sont désormais les patrons, comme Mike James, Dwayne Bacon ou Will Thomas. Il s’est appliqué à faire en sorte que ce soit une équipe sur et en dehors du terrain. Actuellement, l’équipe vit super bien et chacun connaît son rôle et tout le monde est content. » »

« On en est là parce que chacun a accepté son rôle, confirme Yakuba Ouattara. C’est une question de sacrifice. Individuellement, on pourrait faire plus, c’est certain. Mais on accepte de mettre notre ego de côté pour le collectif. »

La Roca team a gagné le respect des grands

Reste à savoir si cette nouvelle formule et l’état de grâce qui en découle suffiront à faire tomber l’Olympiakos, mercredi, dans l’une des salles les plus chaudes d’Europe. Petit indice positif sur la crédibilité de la hype monégasque, il se murmure qu’en haut lieu, personne n’était très chaud pour se farcir les arrivistes en quarts de playoffs. Ce n’est pas exagérer que dire que Monaco a gagné le respect des plus grands.

David Cozette conclut : « on l’a clairement ressenti quand Monaco est allé jouer à Barcelone. La salle était pleine, et c’est pas toujours le cas là-bas. L’ambiance, c’était quasiment une ambiance de classico, on avait vraiment l’impression qu’en face c’était le Real Madrid. On l’a pris pour une forme de respect. Le public est venu parce qu’il savait que Monaco était devenu une très belle équipe. » La meilleure du rocher.