Coupe de France : Versailles est devenue une vraie ville de foot, pas si loin des clichés

FOOTBALL Club de National 2, le FC Versailles 78 dispute une demi-finale de Coupe de France ce mardi. Cette épopée inespérée a déclenché la ferveur dans une ville cossue peu réputée jusque-là pour ses exploits sportifs

Nicolas Stival
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Un supporteur du FC Versailles 78.
Un supporteur du FC Versailles 78. — B. P.
  • Ce mardi, Versailles se déplace à Nice, en demi-finale de la Coupe de France.
  • Si plusieurs dizaines de supporteurs du club de N2 font le déplacement, la plupart resteront dans la cité des Yvelines, où l’engouement autour du FCV 78 est allé crescendo au fur et à mesure de son exceptionnel parcours.
  • Les fans s’amusent des clichés qui collent à la ville, pas forcément éloignés d’une certaine réalité.

La mauvaise nouvelle pour les fans versaillais est tombée vendredi. « Pour des raisons juridiques de droits de diffusion », la ville natale de Louis XV, Michel Gondry et Issa Doumbia ne pourra pas retransmettre sur écran géant la demi-finale de Coupe de France de son FCV 78 à Nice. Pas de fiesta mardi soir sur la place du Marché donc, comme cela avait pourtant été le cas lors du quart de finale remporté au bout des tirs au but par l’équipe de National 2 (N2, quatrième division) à Périgueux, contre Bergerac (N2).

Le 9 février, un bon millier de personnes avait mis le feu dans une commune mondialement réputée pour son château, beaucoup moins pour l’exubérance de sa population. « En première mi-temps, c’était vraiment versaillais, résume Enzo, lycéen de 16 ans. On était dans les clichés avec des gens qui regardaient, mais sans tellement de ferveur. En deuxième période, il y avait vraiment beaucoup de monde, des fumigènes, et une ambiance que l’on peut retrouver au Parc des Princes ou dans d’autres grands stades. »


Ce supporteur du PSG fait partie des nouveaux fans du FCV 78, convertis par une épopée démarrée dès le 4e tour, le 3 octobre, lors d’une anonyme victoire sur Brétigny (3-0).

« Je regardais déjà les résultats sur Internet mais je n’allais jamais au stade Montbauron. J’y suis allé pour la première fois avec une petite dizaine d’amis lors des 16es de finale face à La Roche-sur-Yon [4-0, le 2 janvier]. On a commencé à suivre tous leurs matchs. Contre la Roche, il n’y avait pas beaucoup de monde. Maintenant, il y a pas mal d’ambiance. Les jours de match, on ne peut plus se garer devant le stade. Les bars affichent les couleurs, il y a des pubs pour le club dans la ville. Même les profs nous en parlent »

Dommage que Montbauron et ses 6.000 places n’aient pas pu vibrer contre Toulouse (L2) en 8es (succès 0-1, au Stadium) ou encore contre Nice ce mardi, comme la logique sportive l’aurait voulu. Tout ça pour une histoire très versaillaise, puisque selon les architectes des bâtiments de France, les lumières des projecteurs de l’enceinte font « trop d’ombre » à la chambre du roi, dans le château distant d’1,5 km.

Sur Instagram et à l’église

Irritant forcément, mais pas suffisant pour bloquer la « FCVmania » qui s’est emparée de la commune de 85.000 habitants. Emporté par la fougue, Enzo a ainsi décidé de lancer le compte Instagram « Ultras FC Versailles 78 » qui, avouons-le, nous a induit un temps en erreur. « Il n’y a pas d’association de supporteurs, a vite rectifié le club, joint au téléphone. Ce sont des particuliers qui viennent. »

Peu importe. Cet engouement dans une ville d’ordinaire « un peu plus branchée golf et tennis » (Enzo, toujours) a franchi les murs des belles propriétés du coin ainsi que ceux de l’église Saint-Symphorien. Un cierge siglé FCV 78 y brûle au côté d’une statue de la Vierge, à l’initiative du Père Pierre Amar, qui a rejoint l’aventure à partir des 8es de finale.

Un cierge du FCV 78 dans l'église Saint-Symphorien de la ville de Versailles.
Un cierge du FCV 78 dans l'église Saint-Symphorien de la ville de Versailles. - Père Pierre Amar

« Deux choses m’ont marqué, explique le religieux de 48 ans, très actif sur les réseaux sociaux. Le stade se trouve sur ma paroisse donc je me considère un peu comme le curé du club. Ensuite, le faible qui titille le fort, comme David contre Goliath dans la Bible, ça me plaît. Après deux années où l’on a tous un peu vécu dans notre coin, ce club remet aussi un peu de paillettes dans nos vies. »

« Pas besoin d’être chrétien pour apprécier »

Un prêtre au soutien d’un club versaillais, on nage là aussi en plein cliché, ce qui fait sourire le quadragénaire. « Oui, nous catholiques sommes assez présents dans la ville », lance le Père Amar, qui s’était fait remarquer pas très loin de là en 2018, lorsqu’il avait fait sonner les 17 clochers de sa paroisse d’alors, à Limay-Vexin, pour marquer la victoire des Bleus à la Coupe du monde. « Mais le club nous fait vivre une belle histoire de communion et de fraternité, pas besoin d’être chrétien ou même croyant pour apprécier cela. »

Certains paroissiens avaient fait le déplacement à Périgueux en quart, et se préparent à enchaîner mardi à Nice. Là-bas, ils retrouveront Bruno Pajot (56 ans), pas vraiment un fan de la dernière heure. Le quinquagénaire a pris sa première licence à six ans aux Compagnons sportifs versaillais, dont la fusion avec le Racing Club de Versailles a donné naissance au FCV 78 en 1989. Et depuis vingt et un ans, il affiche le profil parfait du bénévole, entre engagements avec les vétérans, arbitrage et gestion des buvettes.

« Tout le monde se connaît, souligne Bruno Pajot, qui servait déjà des bières et des sandwichs en famille lorsque le club évoluait en DH. On a monté un groupe WhatsApp, c’est de là que c’est parti. Jean-Luc [Arribart, le directeur général] voulait qu’il y ait un peu plus de bruit au stade. » Après consultation, ces fans ont pris le nom de Kop du Roy, avec un « y », à l’ancienne.

« Kop du Roy » et déguisements d’aristocrates

Toujours cette volonté de jouer sur les lieux communs pour ces « Versaillais et fiers de l’être », qui côtoient en tribune de jeunes fans grimés en aristocrates du XVIIe et XVIIIe siècle, perruques à l’appui. « Après Nice, on en sera à 5.000 km de déplacements, calcule Bruno Pajot. J’ai fait Sarre-Union, Toulouse, Périgueux, chaque fois en car, soit 3.200 km au total, et on se déplace en avion pour la demie, ce qui rajoute 1.800 km. Nous étions 42 dans le car pour Périgueux de 8 à 75 ans et là, on se déplace à 52. Les premiers partent à 7 h d’Orly mardi mais toute la journée, il y aura des Versaillais dans chaque vol Paris-Nice. »

Depuis les 32es de finale, le 18 décembre, le Kop du Roy se balade de ville en ville avec une banderole « C’est pas Versailles ici » conçue par les Alsaciens de Sarre-Union. « Elle n’est pas très belle mais compte beaucoup pour nous, s’amuse Bruno Pajot. Quand le match a été fini, on a attendu qu’ils partent et on l’a prise car elle avait été laissée sur place. On est toujours en contact avec eux, on leur dit que c’est notre porte-bonheur et que si on peut l’amener jusqu’au Stade de France, on le fera. »

Des supporteurs du FC Versailles 78 avec leur banderole fétiche.
Des supporteurs du FC Versailles 78 avec leur banderole fétiche. - B. P.

Bon, on n’y est pas encore, et dans les mots des supporteurs interrogés, on sent que la tendance n’est pas au franc optimisme avant de se frotter à l’OGCN de Christophe Galtier. « Je suis à la fois réaliste et plein d’espérance », tempère Pierre Amar, qui, comme le jeune Enzo, restera dans sa ville et suivra le match « dans une salle paroissiale ou chez des paroissiens ».

« Dans la Bible, David a gagné contre Goliath », rappelle toutefois le prêtre. Le David des Yvelines n’a pas l’intention de jouer longtemps au petit club. Fort d’un gros budget (pour la N2) de 2 millions d’euros, repris cet automne par le groupe immobilier FIDUCIM-CITY, le FCV 78 devrait monter en National dès la fin de saison, avant de viser clairement le niveau professionnel. Les cierges n’ont pas fini de brûler dans l’église Saint-Symphorien.