Pass vaccinal : « Il va y avoir des personnes en souffrance »… Quelles conséquences pour les sportifs non-vaccinés ?

SPORT ET COVID Extrêmement minoritaires, les sportifs professionnels non-vaccinés se retrouvent dans une impasse avec le pass vaccinal

Nicolas Stival (avec T. G.)
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Longtemps réticent, l'ailier ou centre du Stade Français Waisea Nayacalevu s'est résigné à la vaccination.
Longtemps réticent, l'ailier ou centre du Stade Français Waisea Nayacalevu s'est résigné à la vaccination. — Gaizka Irok / AFP
  • A une écrasante majorité, les sportifs professionnels sont vaccinés en France.
  • L'adoption du pass vaccinal va priver la petite minorité restante de match, et souvent d'entraînement.
  • L'UNFP et Provale, syndicats respectifs des joueurs de foot et de rugby, accompagnent les derniers récalcitrants.

Dès lundi, le pass vaccinal succédera au pass sanitaire en France. Pour entrer dans un stade, il faudra donc présenter son sésame, que l’on vienne regarder le spectacle ou le faire. Autrement dit, les sportifs, français et étrangers, évoluant régulièrement ou ponctuellement dans notre pays, n’y couperont pas. Nous voilà donc à l’abri d’une tragicomédie du type  « Novak Djokovic à l’Open d’Australie ».

D’autant que les irréductibles sont à peu près aussi rares que les disciples du service-volée dans le tennis moderne. « En Ligue 1, selon nos chiffres, il y a 95 % de joueurs vaccinés, détaille Sylvain Kastendeuch, coprésident de l’UNFP, le syndicat des footballeurs professionnels. Ils sont un petit peu moins en Ligue 2 mais on n’est pas loin du même chiffre. »

Invité de l’émission C à vous sur France 5, le 12 janvier, Didier Deschamps avait révélé que « tous les joueurs ne sont pas vaccinés, ou pas totalement » chez les Bleus, en évoquant « la liberté individuelle » et sans donner de nom.

« 98 % » de vaccinés dans le rugby professionnel

Côté rugby, l’identité de quelques récalcitrants a fuité, notamment du côté de La Rochelle (le Sud-Africain Liebenberg) et de Clermont (le Néo-Zélandais Moala et le Japonais Matsushima). « 98 % des joueurs de Top 14 et de Pro D2 sont vaccinés, précise toutefois Mathieu Giudicelli, le directeur général du syndicat Provale. Et ce chiffre évolue car des gens réticents jusqu’à présent commencent à franchir le pas. Cela représente une vingtaine de joueurs sur 30 clubs professionnels. Et parmi le nombre, une partie a été positive au Covid, ce qui donne un délai supplémentaire de trois mois. »

Le Fidjien du Stade Français Waisea Nayacelavu coche les deux cases. « Waisea a contracté le virus il y a quelques semaines donc, aujourd’hui, il est auto-immun, a déclaré Thomas Lombard, directeur général du club parisien, lundi à l’AFP. Mais, quand il va sortir de son immunité, il se fera vacciner. On en a parlé avec lui. »



Dans les autres sports pros, la part de « rebelles » apparaît également résiduelle, comme du côté du basket. « Chez nous, tous les joueurs sont vaccinés, assure Martial Bellon, président de la SIG Strasbourg. Clairement, le pass vaccinal ne sera pas un souci. Les autres basketteurs pros ? Je sais qu’en décembre, environ dix joueurs sur toute la Betlic Elite n’étaient pas vaccinés. »

Quelle que soit la raison qui dicte leur conduite, les athlètes qui n’ont toujours pas reçu leurs doses de Moderna ou de Pfizer font donc partie d’une population très minoritaire, et aux droits de plus en plus restreints. Jusqu’à présent, ils pouvaient participer à des compétitions, à condition de multiplier les tests PCR. C’est désormais fini, et nombre d’entre eux ne pourront pas davantage s’entraîner, à moins de le faire dans une enceinte privée qui ne soit pas un ERP (établissement recevant du public), comme le sont la majorité des complexes sportifs.

« L’étau se resserre »

« Des joueurs ne vont plus du tout pouvoir faire leur métier, remarque Sylvain Kastendeuch. L’étau se resserre. Déjà certains clubs faisaient le choix de se priver des non-vaccinés. La pression est énorme. Avec la concurrence, on perd vite sa place. Evidemment, il va y avoir des personnes en souffrance. On a des gens qui appellent, inquiets pour la suite. »

Même son de cloche chez les rugbymen. « Ce sont souvent des joueurs d’autres pays, avec une culture différente, de fortes convictions religieuses, relève Mathieu Giudicelli. C’est difficile pour eux. Ils appellent Provale, on essaie de les rassurer, de leur donner leurs droits. »

« Une épée de Damoclès de la précarité »

La loi ne prévoit pas le licenciement des non-vaccinés. Mais ceux-ci peuvent toutefois s’inquiéter. « Les employeurs sont en train de réfléchir à des suspensions, à défaut de rompre les contrats, avec toutes les implications financières que cela implique », indique Kastendeuch. « Le sportif professionnel a une épée de Damoclès de la précarité au-dessus de la tête, développe Giudicelli. Si du jour au lendemain, on a des joueurs qui voient leur contrat suspendu, cela peut avoir des conséquences économiques, familiales et autres importantes. »

Car les salaires mensuels à cinq ou six chiffres des stars de L1 ou du Top 14 ne doivent pas faire oublier les revenus beaucoup plus faibles des soutiers de L2 ou de Pro D2. D’autant qu’un club va désormais sans doute réfléchir à deux fois avant de prolonger ou de recruter un opposant à la vaccination.

Les derniers récalcitrants n’ont plus qu’à prier pour que le pass vaccinal disparaisse le plus vite possible. Pas sûr qu’ils trouvent beaucoup de réconfort auprès d’Olivier Véran : « On appliquera le pass vaccinal aussi longtemps que nécessaire mais pas plus longtemps que nécessaire », a lâché jeudi le ministre de la Santé, selon lequel l’apparition d’un nouveau variant après Omicron « pourrait changer la donne ».