Coronavirus : Autorisé et disponible fin janvier en France, le Paxlovid de Pfizer est-il vraiment un « traitement miracle » ?

TRAITEMENT Ce vendredi, la Haute Autorité de santé a donné son feu vert pour l’utilisation du Paxlovid, un traitement oral réputé extrêmement efficace contre le Covid-19

Oihana Gabriel
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Illustration de pilules de Paxlovid, le traitement oral anti Covid-19 développé par Pfizer.
Illustration de pilules de Paxlovid, le traitement oral anti Covid-19 développé par Pfizer. — AFP
  • Selon nos informations, le France devrait recevoir « quelques milliers de doses avant la fin janvier » de Paxlovid, la pilule anti-Covid de Pfizer.
  • Ce traitement est attendu avec impatience, notamment par les immunodéprimés, qui répondent mal à la vaccination et dont les traitements jusqu’ici disponibles sont moins efficaces, voire inefficaces, face à Omicron.
  • Si l’essai clinique est encourageant, il reste des freins concernant ce nouveau traitement : sa disponibilité, son efficacité sur les personnes les plus vulnérables face à Omicron et ses contre-indications.

Après le go de l'Agence européenne une utilisation en cas d'urgence le 16 décembre, le Paxlovid, traitement oral développé par Pfizer est désormais autorisé en France. Ce vendredi, la Haute autorité de santé (HAS) a rendu un avis positif pour l'utilisation de ce traitement «pour les adultes infectés par le SARS-CoV-2 qui ne nécessitent pas une supplémentation en oxygène et qui présentent un risque élevé d’évolution de leur infection vers une forme sévère de la maladie».

Une révolution sur le front des traitements  ? Depuis quelques jours, la France s’enflamme pour ce médicalent, présenté par Pfizer comme une « pilule miracle » pour soigner le  Covid-19. Environ 500.000 ont été précommandées par la France pour 2022 et « les premières livraisons, de quelques milliers de doses, devraient intervenir avant la fin du mois de janvier », nous dévoile le  ministère de la Santé. 20 Minutes vous explique pourquoi l’arrivée en France de cette pilule anti-Covid est une bonne nouvelle… à relativiser.

Sortir de l’impasse pour les immuno-déprimés

Ce traitement est accueilli comme le messie car pour les patients immuno-déprimés (greffés, dialysés, en chimiothérapie, insuffisants rénaux…), la vague Omicron est une impasse. La vaccination fonctionne très mal pour eux et les seuls traitements prescrits jusqu’ici, les anticorps monoclonaux, sont mis en échec par ce même Omicron. « Aujourd’hui, on a un virus un peu moins grave, un niveau de vaccination élevé, mais des populations à risque qui ne répondent pas à la vaccination », résume Bruno Lina, virologue au CHU de Lyon et membre du conseil scientifique. C’est pourquoi il estime qu’il faudrait fournir du Paxlovid en priorité à ces personnes très à risque. D’autant que ce traitement a un atout : il est oral. Le patient prend trois comprimés deux fois par jour pendant cinq jours, chez lui. Oubliés, donc, les perfusions et les déplacements dans les hôpitaux, périlleux pendant un pic de contaminations.

Surtout, le Paxlovid semble extrêmement efficace. Selon un essai clinique en double aveugle dévoilé par Pfizer le 5 novembre 2021, ce traitement fait baisser le risque d’hospitalisation et de décès en cas de Covid-19 de 88 %. Mais l’essai a été réalisé avant la  déferlante Omicron

« Le gros avantage, c’est que ce traitement vient mettre des bâtons dans les roues de la réplication du virus et cible une enzyme, commune à beaucoup de coronavirus et qui mute peu, rassure Sandrine Sarrazin, immunologiste et chercheuse à l’Inserm. On peut donc imaginer qu’il marchera sur les variants actuels et les suivants. » Une efficacité contre Omicron confirmée par trois études non publiées,  relayées le 19 janvier par le Wall Street Journal. En Israël, où le traitement est disponible depuis fin décembre, une étude de la caisse de santé Maccabi dévoile que 92 % des patients atteints de coronavirus qui ont reçu du Paxlovid ont vu leur état s’améliorer en trois jours,  selon I24news.

Plusieurs éléments qui peuvent inquiéter

De quoi faire pâlir d’envie les nombreux chercheurs lancés dans la course au traitement miracle ? Plusieurs éléments peuvent freiner cet enthousiasme. Tout d’abord, le Paxlovid se révèle utile uniquement s’il est pris dans les cinq premiers jours de l’infection, et idéalement dans les trois premiers. Il faudra donc qu’au moindre symptôme, un patient puisse se tester et l’obtenir dans les temps.

Deuxième question, en lien : sa disponibilité. A la différence d’un médicament repositionné, déjà produit et prescrit, le Paxlovid est nouveau, et donc doit être créé de toutes pièces. 500.000 cachets pour un an seront-ils suffisants ? « C’est très compliqué d’avoir le nombre d’immuno-déprimés en France, prévient Bruno Lina. Cela pourrait tourner autour de 300.000 à 400.000 personnes. » Par ailleurs, on sait que 500.000 personnes de plus de 80 ans ne sont toujours pas vaccinées. « Ce traitement antiviral pourrait être un "game changer" en complément de la vaccination, à condition qu’ils arrivent à le produire rapidement en grande quantité », avertit Sandrine Sarrazin. Concernant la production en France, Pfizer a annoncé lundi dernier que le principe actif du  Paxlovid serait fabriqué par Novasep à Mourenx (Pyrénées-Atlantiques), mais seulement au troisième trimestre 2022.

Les patients qui l’attendent le plus pourront-ils le prendre ?

Si l’on se penche maintenant plus en amont, sur l’essai clinique, plusieurs spécificités peuvent interpeller. Pfizer a publié une analyse intermédiaire de cet essai portant sur 1.219 patients entre fin septembre et début novembre 2021. Pourquoi « intermédiaire » ? « Il arrive que le  Data monitoring committee [un groupe indépendant d’experts chargé de surveiller les données d’un essai clinique] décide de lever une partie de l’anonymat des patients avant la fin de l’essai clinique en cas d’effet secondaire grave, par exemple. Cette fois-ci, ce comité, en accord avec l’industriel, a estimé que les résultats étaient tellement bons qu’il fallait les communiquer au plus vite. On était alors devant un vide thérapeutique abyssal… » Mais un mois et demi, c’est un peu court pour évaluer les effets indésirables.

L’essai se poursuit jusqu’à avril 2022. Et les observations en vie réelle devraient apporter des réponses pour les personnes immuno-déprimées ou très âgées qui seront sans doute les premières à en bénéficier. « On n’a pas de données qui permettent de confirmer qu’il y a un intérêt à donner ce traitement à ces patients, reconnaît Bruno Lina. On espère que les résultats seront équivalents. »

Mais c’est un dernier aspect qui inquiète davantage certains médecins. Le Paxlovid est composé de deux molécules : le PF-07321332, qui empêche à la protéine du virus de se répliquer, et le ritonavir, qui permet de rallonger la durée de vie du traitement. Sauf que cet antirétroviral a  une longue liste de contre-indications : insuffisance hépatique et rénale, grossesse, allaitement, médicaments à base de millepertuis, médicaments anti-rejet…

Exit tous les greffés ? « Il y a des freins, mais pas insurmontables, relativise Bruno Lina. Comme on est sur un traitement court, il est possible que les conséquences ne soient pas si importantes, mais on n’en a pas la preuve. Il va falloir qu’on pèse le bénéfice/risque pour chaque patient entre son traitement habituel et une forme grave de Covid-19. »