Violences dans le foot : Et si les supporters étaient enfin traités comme des grandes personnes ?

FOOTBALL Les mesures annoncées ce jeudi par le gouvernement penchent vers une individualisation des sanctions, à rebours de la politique souvent appliquée jusqu’à présent en France

Nicolas Stival
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Des supporters lyonnais derrière des filets de sécurité, le 9 décembre 2021 lors du match de Ligue Europa entre l'OL et les Glasgow Rangers.
Des supporters lyonnais derrière des filets de sécurité, le 9 décembre 2021 lors du match de Ligue Europa entre l'OL et les Glasgow Rangers. — Adil Benayache / Sipa
  • De nombreuses mesures ont été annoncées ce jeudi par le gouvernement pour lutter contre les violences dans les stades français.
  • Parmi les objectifs visés : s’en prendre aux « comportements individuels » défaillants plutôt qu’à l’ensemble des supporters.

L’Intérieur, les Sports et la Justice. Pas moins de trois ministères ont proposé des solutions ce jeudi matin pour tenter de guérir les violents spasmes qui secouent le foot français, à l’issue d’une réunion avec des présidents de clubs, des représentants des arbitres, de  la LFP et de la FFF. « L’impression globale est plutôt positive », juge Nicolas Hourcade, professeur agrégé de sciences sociales à l’École Centrale de Lyon et membre de l’Instance nationale du  supportérisme.

Désormais, un match sera « systématiquement et définitivement interrompu » lorsqu’un joueur ou un arbitre sera blessé par un projectile lancé​ depuis les tribunes. En cas d’incident dans un stade, une cellule de crise devra se prononcer en 30 minutes maximum sur le sort de la rencontre.

« Il y a une volonté de coordonner l’ensemble des acteurs, et la reconnaissance que c’est l’État qui doit piloter le processus, estime Nicolas Hourcade. On n’a pas de grandes mesures médiatiques, mais plutôt la volonté de mieux appliquer les dispositifs qui existent déjà et de les compléter par des mesures qui paraissent pragmatiques et adaptées. »

Pour répondre aux débordements constatés dans les stades, en dernier lieu le jet d'une bouteille sur Dimitri Payet au Parc OL, le ministère de l’Intérieur assure vouloir s’en prendre « aux comportements individuels » plutôt qu’à la « masse » des supporters.

« L’autorisation de déplacement doit être la norme »

Afin de mieux repérer les moutons noirs, les clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 devront disposer d’un système de vidéoprotection performant, appelé à subir un audit d’ici la fin de saison. Le changement de paradigme, si l’intendance suit, paraît remarquable, tant la tentation est souvent grande en France de traiter le moindre problème à coups de burin, avec recours très fréquents aux huis clos totaux ou partiels, ainsi qu’aux interdictions de déplacements.

« Les préfets ont pourtant reçu une circulaire en novembre 2019, réitérée en septembre 2021, pour dire que l’autorisation de déplacement doit être la norme et que l’interdiction devait être décidée de manière exceptionnelle, quand c’est vraiment proportionné à la gravité de la situation, reprend Nicolas Hourcade. Or, on a vu ces derniers temps que c’était une solution de facilité et que cela empêchait de nombreux supporters qui ne posent pas problème de pouvoir suivre leur équipe. »


Selon les chiffres de la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH), 104 personnes sont actuellement proscrites des stades – un tiers d’interdictions administratives, deux tiers d’interdictions judiciaires – et 331 se trouvent sous le coup d’une interdiction commerciale de stade, prononcée par les clubs. « Ce n’est pas forcément le rôle des clubs d’avoir des activités de police, estime le sociologue. Les interdictions qui peuvent donner lieu au pointage et à un véritable contrôle, ce sont celles prononcées par la justice ou le préfet. »

Les autorités planchent sur la création d’une amende forfaitaire délictuelle (AFD), délivrée par un gendarme ou un policier et dont le montant reste à fixer, pour punir l’introduction de fumigène ou autre objet du même type dans une enceinte sportive. Cette mesure évitera d’encombrer les tribunaux, même si elle s’accompagne d’une inscription au casier judiciaire.

Des doutes sur la billetterie nominative

Autre projet à l’étude : la mise en place d’une billetterie nominative dans les clubs, présentée comme une potentielle « arme absolue » par le ministère de l’Intérieur. Un groupe de travail sur le sujet doit rendre ses conclusions d’ici six mois.

Nicolas Hourcade ne cache pas ses doutes sur sa faisabilité : « Pour que ce soit efficace, il faudrait contrôler l’identité de chaque spectateur. Quand vous avez des dizaines de milliers de personnes, cela suppose de mettre en place des dispositifs de contrôle surdimensionnés et de mobiliser la force publique. Or la police n’a pas que ça à faire. »

Des messages sur les billets de match

Toujours côté billets, des messages rappelant ce que risquent les supporters en cas d’infraction devront y figurer, mais aussi être projetés sur les écrans géants des stades. Ces mesures de prévention viendront en appui d’autres plus concrètes, comme l’interdiction des bouteilles en plastique dans les enceintes sportives ou l’obligation pour les clubs de posséder des dispositifs anti-intrusion et anti-projection, à déployer lors de matchs dits « sensibles ».

La seconde partie de saison permettra de savoir si les mesures décrétées ce jeudi pacifient le football français. A moins que le variant Omicron, et la menace qu’il fait peser sur l’accueil du public, notamment lors d’événements sportifs, se charge de régler temporairement le problème.