France-Kazakhstan : Quand le Parc des Princes porte chance aux Bleus avant de se qualifier pour une Coupe du monde

FOOTBALL L’équipe de France, qui évoluait dans le stade du PSG jusqu’en 1998, y a connu des joies de qualifications marquantes parfois effacées par le traumatisme de 1993

Julien Laloye
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Les Bleus de Marius Trésor avant un match décisif face à la Bulgarie au Parc des Princes, à l'automne 1977.
Les Bleus de Marius Trésor avant un match décisif face à la Bulgarie au Parc des Princes, à l'automne 1977. — AFP
  • L’équipe de France va retrouver le Parc des Princes pour la troisième fois seulement depuis l’inauguration du Stade de France en 1998.
  • Les Bleus, qui visent la qualification pour le Coupe du monde contre le Kazakhstan, pourront se rappeler les bons souvenirs de qualifications précédentes, notamment lors des années Platini.
  • Loin du souvenir traumatisant de 1993, retour sur quatre matchs de folie disputés dans l’enceinte du PSG.

C’est un déménagement temporaire que l’on doit aux légendaires retards de la SNCF, cette fois sur les travaux du RER B, mais il arrange tout le monde. La FFF, qui ne savait pas comment remplir Saint-Denis pour un match contre une équipe de troisième zone malgré l’enjeu important sur le papier, et les nostalgiques des matchs aux Parc des Princes, où les Bleus, notamment ceux de Platoche, ont souvent fait vibrer la ménagère lors de matchs de qualifications décisifs pour différentes Coupes du monde.

Ce n’est que le Kazakhstan, et le billet pour le Qatar ressemble à une formalité administrative pour l’équipe de France, même saoulée de matchs et de blessés à cette époque de l’année, mais il fut un temps où une qualification pour l’été suivant transportait de joie les joueurs et les suiveurs. Retour sur quatre matchs de folie au Parc, loin des souvenirs traumatisants de Kostadinov et compagnie.

Octobre 1965, la revanche contre la Yougoslavie

La glorieuse génération des Kopa-Fontaine-Piantoni a rangé les crampons moulés et l’équipe de France a raté le Mondial 1962. Personne ne croit guère à ses possibilités de participer à l’édition 1966, alors qu’il faut taper la Yougoslavie, bête noire de l’époque et bourreau des Bleus en 1950, 1954 et 1958, en Coupe du monde ou en qualifs. On n’en savait rien, à vrai dire, mais on a écouté la douce voix de Thierry Roland, déjà aux commentaires de l’ORTF, y compris pendant la mi-temps, où le futur compère de Jean-Michel Larqué a bien du mal à meubler pendant le tour de terrain de la fanfare militaire.

C’est l’époque de l’ancien parc des Princes, celui avec la piste de cyclisme rose pour faire Vélodrome entre le terrain et les tribunes, celui des pubs à la papa, Panzani, Esso et Coca-Cola. Figurez-vous que, déjà à l’époque, on se chatouille les narines entre adeptes du 4-2-4 tout pour l’attaque alors en vogue et les réminiscences du « verrou suisse » prôné par Helenio Herrera, entraîneur franco-argentin incompris dans nos contrées mais qui triomphe en Espagne et en Italie. La France l’emporte 1-0 grâce à Gondet et se qualifie pour le Mondial anglais, où elle ne passera pas les poules.

Octobre 1977, Un France-Bulgarie qui finit bien

Le placard à archives nous emmène ici du côté d’Antenne 2, où le regretté Bernard Père, futur créateur de Stade 2, revient sur l’exploit de la veille, l’acte de naissance de la génération Platoche. « Dans une ambiance assez extraordinaire, depuis que le Parc des Princes a été reconstruit (1972), on n’avait pas connu ça », explique le journaliste en préambule de son reportage.

En face, la Bulgarie, qui avait arraché un nul a à l’aller à Sofia (2-2), jour de la célébrissime colère de Thierry Roland, qu’on ne résiste pas à vous remettre en intégralité :

« Ah c’est pas croyable qu’il accorde penalty là-dessus. Alors là je n’ai vraiment pas peur de le dire Monsieur Foote vous êtes un salaud…. A côté, à côté ! Eh bien il y a un bon dieu croyez-moi. Quel scandale cet arbitrage c’est invraisemblable. Jamais vu un individu pareil, il devrait être en prison, pas sur un terrain de football. »

Un an après, les Bulgares ont besoin d’un nul pour voir l’Argentine. Mais portés par le public, les Bleus mènent rapidement 2-0 grâce entre autres à une ogive de Platoche. Malgré la réduction du score et malgré Charles Corver, l’arbitre néerlandais qui retrouvera les Bleus à Séville en 1982, l’équipe de France se qualifier pour la Coupe du monde, et Michel Hidalgo, son sélectionneur, est porté en triomphe au coup de sifflet final.

Novembre 1981, le match de la peur contre les Pays-Bas

S’il y a un tournant dans l’histoire de l’équipe de France, c’est peut-être ici. Platini l’a dit lui-même, longtemps après, dans des propos rappelés cette semaine par l’Equipe : « Si on ne gagnait pas ce jour-là, si je ne marque pas, rien de ce qui s’est passé ensuite ne serait arrivé. Pas de Coupe du monde, pas d’Euro, rien, et tout est à rebâtir. Le coup franc que je mets contre les Pays-Bas reste mon but le plus important. C’est le but de notre génération. »

Un coup franc bien gentillet, pour la petite histoire, puisque Platini avait envoyé le premier dans le mur, et bénéficié d’une deuxième chance encore mieux placée à cause d’une main néerlandaise que personne n’avait vu. Mais on parle d’une époque où l’on ne contestait pas encore le moindre coup de sifflet. Comment expliquer, sinon, la placidité des finalistes des deux dernières éditions de la Coupe du monde, quand Johnny Rep était signalé hors-jeu à a 44e minute alors qu’il se présentait seul face à Castaneda.

Le futur attaquant stéphanois était pourtant couvert d’un bon mètre par Lopez, et l’histoire aurait sans doute été différente à 1-0 pour les Orange, qui n’avaient besoin que d’un nul pour jouer au moins les barrages. Une confirmation que les coups de sifflet favorables s’oublient plus vite que les autres. Récompensé de son audace, si l’on veut, avec une compo à trois numéros 10 (Platini, Giresse, Genghini), Hidalgo est au pied d’un triptyque magique : demi-finale en 92, victoire à l’Euro 84, demi-finale en 86.

Novembre 1985, la Yougoslavie, encore

Avant 1986, la victoire sur l’Italie championne du monde et le chef-d’œuvre de Guadalajara contre le Brésil, il y eut des éliminatoires souffreteuses et un dernier match au Parc à pile ou face contre la Yougoslavie, encore, et devant un public rendu plus exigeant par le nouveau statut des Bleus. Avec cette fois Henri Michel sur le banc, et Michel Hidalgo aux commentaires.

La pression est autrement plus palpable que quatre ans plus tôt, L’Equipe titrant d’ailleurs « Mexico ou Maxicouac »​ le matin du match. La RDA peut encore se qualifier, la Bulgarie aussi, ainsi que la Yougoslavie, en cas de victoire à Paris. Mais que peut-il arriver à une équipe de France qui cherche à se qualifier à la maison quand elle a Michel Platini dans ses rangs ? Le meneur de la Juve inscrit un nouveau coup franc formidable - « le tir en banane au-dessus du mur », décrit joliment Jean-Michel Larqué - avant de doubler la mise après le repos sur une demi-volée rasante. Le dernier coup franc marqué par Platoche en équipe de France, disent les statistiques. Il avait bien choisi son jour.