FC Séville-Losc : La pena Triana, là où bat le cœur des supporters andalous

FOOTBALL Le club andalou reçoit Lille ce mardi (21 heures) en Ligue des champions

François Launay
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La pena de Triana où se réunissent des fans du FC Séville
La pena de Triana où se réunissent des fans du FC Séville — F.Launay/20 Minutes
  • A Séville, les fans de foot se réunissent dans des penas pour partager leur passion.
  • Dans le quartier populaire de Triana, on joue aux cartes, aux dominos et on parle de foot dans un lieu dédié.
  • Mais le changement de génération et la montée de l’individualisme menacent clairement le lien social que crée ce genre d’endroit.

C’est un endroit qui respire l’histoire et la passion du FC Séville. Aux murs, des photos des anciennes gloires du club, des joueurs actuels, des victoires en Ligue Europa sans oublier un immense tableau du stade Ramon Sanchez Pizjuan. Autour des tables, des vieux fans, tous à la retraite, qui disputent (voire se disputent) une partie de dominos.

Au bar, le responsable du local sert des bières tout en haranguant ceux qui entrent dans ce sanctuaire sans dire bonjour. Bienvenue à la  Pena Sevillista de Triana, fondée en 1958 dans ce quartier populaire de la ville. Un lieu à part où les socios du club andalou se réunissent pour parler foot mais aussi et surtout pour se retrouver.

L'entrée de la pena sevillista de Triana
L'entrée de la pena sevillista de Triana - F.Launay/20 Minutes

« C’est un lieu qui crée du lien social. On joue aux dominos, aux cartes, on fait des repas ensemble », explique Antonio Machuca, 80 ans passés, qui vient ici tous les jours pour prendre son petit-déjeuner et refaire le monde avec ses copains.

« Tout se passe dans les bars ou les penas pour voir les matchs »

Comme à Triana, il existe une centaine de penas de fans du FC Séville dans la ville, en Espagne voire même le monde entier. Chacune fonctionne comme une association avec ses règles bien définies mais toutes se retrouvent chaque année dans un lieu différent à l’occasion d’un grand congrès annuel. A Triana, ils sont une centaine à payer 9 euros l’adhésion annuelle. Un prix dérisoire mais symbolique pour tous ceux qui aiment le foot.

Antonio Machuca, un fan du FC Séville
Antonio Machuca, un fan du FC Séville - F.Launay/20 Minutes

« En Andalousie, on est souvent dehors. Et ce n’est pas comme en France. Ici, les gens ne s’invitent pas chez les uns chez les autres pour regarder un match. Tout se passe dans les bars ou les penas. Il y a des penas privées ou publiques. Par exemple, un bar peut réserver une partie de sa salle à une pena pour que les socios soient sûrs d’avoir une place assise avec une télé », explique Stéphane Chazelon, un Français expatrié Séville depuis huit ans et abonné au FC Séville.

Sur les chaises en plastique rouge, on se chambre, on discute et on râle et on rit beaucoup. Plus que du match de Ligue des champions de ce mardi contre Lille, il est surtout question du derby sévillan à venir dimanche contre le Betis, le rival honni et bien différent.

Même l'écumoir de la paella est siglée FC Séville
Même l'écumoir de la paella est siglée FC Séville - F.Launay/20 Minutes

« Le supporter du Betis est plus fermé mais plus ardent. La ferveur y est plus élevée. Ceux du FC Séville sont plus exigeants, plus râleurs », compare Antonio Machuca. Même son de cloche du côté de Stéphane Chazelon. « C’est un public hyper exigeant. Il faut que tu mouilles le maillot. Il peut encenser un joueur très facilement mais aussi le siffler s’il ne fait pas les efforts. Messi ici, les supporters lui demanderaient de défendre (rires). »

A la 16e minute, l’hommage à Antonio Puerta

Derrière le Real, le Barça et l’Atletico Madrid, le FC Séville est l’un des grands clubs d’Espagne. S’il n’a remporté qu’une seule fois la Liga, ses six victoires en Ligue Europa (2006, 2007, 2014, 2015, 2016, 2020) ces quinze dernières années ont marqué les esprits. Même si son aura a du mal à dépasser les frontières au grand dam de Stéphane Chazelon. « Ça m’agace quand j’entends sur des chaînes françaises que Séville n’est pas un grand d’Europe. Pour rappel, le foot français n’a gagné que deux coupes d’Europe dans son histoire alors que Séville a remporté six Ligue Europa, une coupe qu’aucun club français n’a jamais gagné. »

Antonio Puerta, mort sur un terraind e foot, est devenu mythique au FC Séville
Antonio Puerta, mort sur un terraind e foot, est devenu mythique au FC Séville - F.Launay/20 Minutes

Un club historique avec ses exploits mais aussi ses drames comme la mort d’Antonio Puerta en 2007, victime d’un arrêt cardiaque lors d’un match du FC Séville. Depuis, tout le stade chante son nom à chaque match du club quand surgit la 16e minute, le numéro de son maillot. Des matchs auxquels n’assiste plus Antonio Machuca. Trop stressé, l’octogénaire ne peut plus regarder un match en direct de son club. C’est après avoir appris le résultat qu’il regarde la prestation des Sévillans qu’il n’oublie jamais d’enregistrer.

Puis, il se rend le lendemain à la pena où des joueurs et même des entraîneurs comme récemment Lopetegui, le coach actuel, viennent jouer aux dominos. Même si les traditions commencent à se perdre. A Triana, la moyenne d’âge est de plus en plus élevée car les jeunes commencent à délaisser les penas. « Avant, les penas permettaient aux gens de sortir de chez eux. Venir ici leur permettait de rencontrer des gens. Mais la nouvelle génération se moque du lien social désormais. Ils préfèrent rester sur leurs téléphones plutôt que de venir ici », tacle dépité Antonio Machuca.

Un changement de génération qui menace clairement de disparition la pena sevillista de Triana. La relève est attendue pour prendre le relais d’un vrai patrimoine culturel, sportif et social de la vie sévillane.