Paris-Roubaix : « Deux ans et demi, c'est une éternité »...Ils racontent pourquoi Paris-Roubaix leur a tant manqué
CYCLISME•Après deux ans et demi d’absence pour cause de crise sanitaire, la reine des classiques fait son grand retour ce dimanche 3 octobre pour le plus grand bonheur de tous ses amoureuxFrançois Launay
L'essentiel
- 903 jours après sa dernière édition, Paris-Roubaix fait son grand retour ce dimanche 3 octobre.
- Reporté trois fois en raison de la crise sanitaire, l’enfer du Nord a manqué à de nombreux amoureux des pavés.
- Des passionnés de l’épreuve racontent à 20 Minutes comment ils ont vécu cette longue attente.
Il aura fallu patienter 903 jours. Depuis le 14 avril 2019 et la victoire du Belge Philippe Gilbert, Paris-Roubaix était à l’arrêt. Reporté trois fois en raison de la crise sanitaire, l’enfer du Nord fait son grand retour ce dimanche 3 octobre après deux ans et demi d’absence. Véritable patrimoine régional, la reine des classiques a manqué à de nombreux amoureux des pavés. Organisateurs, élus, cafetiers, historiens ou simples passionnés, Ils racontent à 20 Minutes comment ils ont vécu cette longue attente avant de retrouver le sourire dès dimanche.
Françoise, patronne du café « Chez Françoise » à Troisvilles
« Deux ans et demi sans se voir, c’est long. En plus, outre le confinement, on a eu des contrariétés comme un dégât des eaux dans le café en mars dernier. Ma cave s’est écroulée et on est en travaux depuis. Heureusement que la saison colombophile a pu avoir lieu, j’ai pu accueillir les passionnés avec leurs pigeons. Mais Paris-Roubaix m’a énormément manqué. C’est plein de souvenirs, les bons comme les mauvais. Jean-Marie Leblanc (ex-patron du Tour) m’a toujours dit que j’étais la protectrice de l’entrée des pavés car Troisvilles est le premier secteur pavé de la course. Les gens viennent ici comme on vient en pèlerinage. »
Olivier Codron, professeur au lycée horticole de Raismes, qui retape les pavés du parcours chaque année avec ses élèves
« Cette attente de deux et demi a été très frustrante pour les élèves qui attendaient ça avec impatience. En 2020, il n’y a pas eu d’intervention, confinement oblige. C’est un vrai manque car c’est un moment phare de l’année scolaire qui se déroule pendant les quinze jours qui précèdent la course. Tout le monde apprend à faire du pavage. C’est une expérience inoubliable pour eux et ça reste longtemps dans leur tête. Du coup, c’est un vrai soulagement de pouvoir revenir travailler dessus. »
Pascal Sergent, historien de Paris-Roubaix
« C’est la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que Paris-Roubaix s’arrête pendant deux ans et demi. On a été sevrés pendant cette absence qui a été difficile pour les Nordistes très attachés à cette course. De mon côté, j’ai très mal vécu cet arrêt. Dans ma tête, je suis programmé chaque année pour le deuxième dimanche d’avril, date habituelle de la course. Et là, je me suis retrouvé tout penaud chez moi, comme un con. J’étais perdu toute la journée car je ne savais pas quoi faire. J’étais totalement désœuvré et je n’ai rien fait de la journée. Il faut dire que je pense à Paris-Roubaix tous les jours. Chaque année, le jour de la course, je suis pétrifié. C’est une course que je vis physiquement. Aujourd’hui, c’est une grande délivrance de la retrouver. »
Thierry Gouvenou, directeur de Paris-Roubaix
« Ces 903 jours sans Paris-Roubaix ont été un vrai déchirement. Il y a eu aussi un sentiment d’injustice car on voyait les autres courses se dérouler en Belgique mais pas Paris-Roubaix. Ça m’a fait un vrai pincement au cœur. J’ai bien compris la première annulation d’avril 2020 car on était tous confinés. Mais les deux autres reports ont été plus durs à accepter. Cette course me tient tellement à cœur. On aime avoir ce spectacle, cette intensité, cette course hors normes tous les ans. Et ne pas la voir se dérouler, ça a été très difficile. Aujourd’hui, c’est un gros soulagement de pouvoir proposer une édition en 2021. »
Aymeric Robin, président de la communauté d’agglomération de la Porte du Hainaut où se trouve la trouée d’Arenberg
« Paris-Roubaix fait partie de notre patrimoine. C’est vraiment identitaire. On est sur un bassin minier qui allie sport, nature et patrimoine. Pendant deux ans et demi, il y a eu de la frustration mais aussi et surtout beaucoup d’incompréhension. On n’a pas compris le deux poids deux mesures en voyant les courses du territoire passer à la trappe ce qui n’était pas forcément le cas ailleurs. On a fait entendre cette incompréhension auprès des services de l’Etat. Ces retrouvailles sont un vrai bonheur après la période que l’on vient de traverser. C’est un plaisir qu’on ne boude pas. »
François Doulcier, président des amis de Paris-Roubaix, une association de passionnés
« Avant le Covid, on n’aurait jamais pu imaginer ça. Deux ans et demi d’absence, c’est une éternité pour des passionnés comme nous. On a toujours essayé d’y croire mais ça a été très triste. Lors du premier confinement, une équipe de télé m’avait demandé de venir sur le vélodrome de Roubaix, le jour où la course aurait dû avoir lieu. J’avais l’impression d’être sur une autre planète, d’être le seul survivant après un cataclysme nucléaire. J’en avais les larmes aux yeux. J’étais triste, je n’avais envie de rien. Avec l’association, pendant cette longue absence, on en a profité pour faire du tri, ranger nos archives et entamer un plan de rénovation de notre salle Paris-Roubaix. On s’est occupé comme on a pu. Aujourd’hui, on est excité de revivre ce jour de fête. C’est notre reine des classiques, on est en pleine communion avec elle, comme si c’était la Vierge. »
Archibald, lecteur de 20 Minutes
« Je suis très heureux de retrouver la Reine des Classiques, l’épreuve qui m’inspire chaque année, qui est pour moi le lien entre le cyclisme moderne et les courses originelles du XIXe siècle. Un parfum d’épique, d’héroïque, un spectacle unique, qui m’a manqué, et c’est peu de le dire. Ce n’est qu’une course de vélo, il y a des choses plus graves dans le monde, mais j’ai réalisé cette année ce qu’était la puissance d’une passion. Une course vous manque, et tout est dépeuplé. »


















