Ryder Cup : Ian Poulter, le porte-bonheur des Européens, veut « agacer » les fans américains une dernière fois

GOLF L’Anglais possède le meilleur ratio d’une compétition que l’Europe remporte presque à coup sûr quand il est aligné

Julien Laloye
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Ian Poulter, ici lors de la Ryder Cup 2018 à Paris.
Ian Poulter, ici lors de la Ryder Cup 2018 à Paris. — Eric Feferberg / AFP
  • Ian Poulter a été sélectionné grâce à une wild-card du capitaine européen malgré une saison très moyenne.
  • L'Anglais a remporté 68% de ses points en Ryder Cup et incarne un peu l'âme de l'équipe européenne.
  • Quand il est aligné, les Américains perdent presque à coup sûr, même à domicile. 

On a enfin trouvé une raison d’être vaguement favorable à la nouvelle marotte de Gianni Infantino d’une coupe du monde biennale. Trois ans sans Ryder Cup depuis le mythique week-end parisien en 2018, c’est beaucoup, beaucoup, beaucoup, trop long. Nous y voilà, enfin, douze mois après la date prévue, because Covid. Nom du parcours ? Whistling Straits, dans la grande banlieue de Milwaukee. Le rapport d’état-major sur les forces en présence ? Sensiblement le même qu’avant chaque édition.

Des Américains largement favoris sur le paperboard, portés par la logique du classement, en plus, cette fois-ci, du soutien populaire : les ressortissants européens n’ayant pas le droit de voyager aux USA avant novembre, nos douze fiers représentants européens risquent de se sentir bien seuls au milieu des bannières étoilées et des « U-S-A » beuglés le long du parcours par 45.000 supporters noyés dans la chope. Mais quand parmi ces douze-là, on peut compter sur Ian Poulter, c’est comme être un guerrier spartiate mené par le roi Léonidas avant la bataille des Thermopyles.

« Qui possède un meilleur ratio que le mien ? »

Le grand échalas britannique n’a pas souvent sorti les clubs cette saison. Et quand il l’a fait, ses résultats n’ont pas bouleversé les suiveurs. Mais personne ne doutait que le « postman » – « celui qui livre toujours à l’heure » en VO – en serait, par la porte ou par la fenêtre. Poulter a donc eu droit à la petite wild-card sortie du chapeau au dernier moment. Et ceux qui ont bougonné dans leur coin contre ce choix évident ont pris un fer 9 dans les dents, en témoigne cette intervew accordée au Guardian :

« Est-ce que j’ai remporté assez de points en Ryder Cup pour être sélectionné ? Je peux nommer des joueurs qui étaient pris automatiquement et qui n’ont jamais rapporté un point [coucou, Tiger]. Je pense que j’ai fait mon job, avec 68 % de points gagnés dans la compétition. Qui possède un ratio plus élevé que le mien ? Je ne suis pas là pour me gargariser, mais je crois que j’ai apporté beaucoup à la Ryder Cup et à ce qu’elle représente, non ? Je l’ai embrassée de mes deux mais et j’ai rapporté tous les points que je pouvais. »

15 sur 22 exactement, en simple, en double, en threesome, en foursome, en fourballs, en tout ce que vous voulez, pour cinq victoires de l’équipe européenne en six participations de son côté. Si Sergio Garcia, le recordman de point absolu dans l’épreuve, est le « ciment de l’équipe, celui autour duquel tout le monde s’accorde », comme le racontait joliment l’ancien capitaine Thomas Bjorn à Saint-Quentin-en-Yvelines, Ian Poulter est celui qui transcende l’Europe mieux que personne, surtout quand elle traîne au fond du tableau des scores dès le vendredi.

« Ian vit et respire pour l'esprit d'équipe de la Ryder comme d'autres vivent et respirent pour gagner un Grand Chelem, nous explique Teddy Shutts, membre des Guardians of the cup, les supporters attitrés de l'équipe européenne. Il réussit ce qu'il réussit parce que cette épreuve le définit. La forme du moment ne compte pas quand on commence les doubles, ce qui compte c'est ce qu'on a entre les deux oreilles, et " Poults " a un truc spécial là-dedans ! »

Le souvenir éternel de l’édition 2012

Sa mythologie personnelle dans l’épreuve renvoie toujours au même endroit. Medinah 2012, pas très loin d’ici. Les Européens à la ramasse complet le samedi soir (10-4), et Poulter pas beaucoup mieux embarqué avec son compère Mcllroy avant un invraisemblable finish : cinq birdies consécutifs depuis le parking pour enclencher la remontada européenne, concrétisée le dimanche. La vision de Poulter, les yeux hallucinés par l’excitation de son dernier putt réussi, hante encore les nuits américaines. 

« C’est comme s’il parvenait à rentrer les putts les plus cruciaux quand il en a besoin, et sortir les bons coups au bon moment, reconnaît Steve Stricker, le capitaine adverse, qui a souffert lui-même des assauts de Poulter sur le terrain en 2008. En Ryder Cup, il sait élever son niveau de jeu bien au-dessus de ce qu’il réalise habituellement sur le circuit. Il incarne un peu la colonne vertébrale de l’équipe européenne. J’espère que cette année on va trouver le moyen de le faire perdre un ou deux matchs pour changer. Mais ce n’est pas une chose facile. »

Une réputation de roc européen qui vaut à Poulter d’être devenu avec les années l’ennemi numéro 1 du public américain, qui le chambre régulièrement sur le PGA Tour, certains petits malins devant même être escortés hors du parcours après avoir dépassé les bornes. « Il semblerait qu’on n’arrive plus à se mettre d’accord sur grand-chose ces jours-ci aux Etats-Unis, mais s’il y a bien un point qui peut mettre tous les fans de golf américains d’accord, c’est de haïr Ian Poulter avec toute la passion du monde pendant un week-end de Ryder Cup », résume à sa façon un confrère de Golf digest.

Dernière apparition à l’extérieur ?

L’Anglais en joue un max, évidemment, et encore plus cette année, lui qui sait qu’à 46 ans, il dispute probablement sa dernière Ryder Cup sur le sol américain, avant sans doute de revenir comme capitaine, peut-être dès 2025. « Je sais que j’en ai agacé plus d’un devant la télévision à force de gagner, mais je ne vais pas m’excuser pour ça ». Cette semaine, histoire de se gagner les faveurs locales, on l’a vu se balader sur les greens avec un chapeau triangulaire de la forme d’un fromage, en guise de clin d’œil aux fans des Green Bay packers, l’équipe de foot américain du coin. « Les fans américains ont été super jusqu’ici. Ils m’ont souhaité bonne chance, pour de vrai. Pas trop de trop chance non plus, mais bonne chance, ce qui est une chose agréable. Ça n’a pas toujours été le cas ici, donc c’est une bonne nouvelle ». On en reparle vendredi au départ du tee numéro 1.