Mort de Jean-Paul Belmondo : « La boxe française perd son plus bel ambassadeur », regrette Brahim Asloum

CINEMA « Bébel », qui aimait réaliser ses cascades lui-même, était un grand amateur de sport, et en particulier de boxe, une discipline qu’il a un temps pratiquée en professionnel

Julien Laloye
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Jean-Paul Belmondo, le 18 octobre 2019 en Belgique pour la cérémonie les Gants d'or.
Jean-Paul Belmondo, le 18 octobre 2019 en Belgique pour la cérémonie les Gants d'or. — Didier Bauweraerts/SIPA
  • Jean-Paul Belmondo était un grand fan de sport et en particulier de boxe depuis l’époque Marcel Cerdan.
  • Avant d’être comédien, il avait même tenté une brève carrière professionnelle sur le ring.
  • « Bébel » était toujours au rendez-vous pour soutenir les boxeurs tricolores en vue, de Brahim Asloum à Tony Yoka.

Il y a encore quelques mois, c’est un rendez-vous qu’il n’aurait raté pour rien au monde. Pensez donc, Jean-Paul Belmondo aimait la boxe autant que le tennis, alors un combat de Tony Yoka sur le court Philippe Chatrier, où il a sa loge attitrée depuis plusieurs décennies, cela promettait une soirée d’enfer. Mais « Bébel » ne verra pas le prochain combat de Yoka, vendredi, lui qui prenait un malin plaisir à semer la discorde parmi ses biographes quant à son nombre de combats officiels dans les années 1960. Douze ? Neufs ? Pour combien de défaites ? On ne saura jamais. Alors il faut se contenter de la légende racontée tantôt par Belmondo lui-même, tantôt par le compère de toujours Charles Gérard, rencontré dans les sous-sols de l’Avia Club, après un coup de foudre pour Cerdan.

« Quand il est sacré champion du monde aux Etats-Unis en 1948, on était tous rassemblés en famille devant le poste de radio, se souvenait-il récemment dans une riche interview accordée à "L’Equipe". Nous étions devant le poste de radio avec ma mère, mon père, mon frère, et au moment de la victoire de Cerdan on a entendu tout l’immeuble, tous les voisins, crier en même temps, même ceux qui ne connaissaient pas la boxe. Cerdan, c’était un Dieu ! Comme tout le monde, je rêvais d’être Cerdan ».

Parrain olympique de Brahim Asloum

Belmondo, qui jouera l’entraîneur de l’équipe de France olympique dans le film L’As des As, en 1982, n’y parviendra jamais, lui qui avait un bon petit crochet gauche mais qui avait horreur de prendre des coups, « ce qui est un peu gênant pour la boxe ».  Il vivra tout de même sa passion par procuration, toujours présent dans l’album de famille de la boxe française. On appelle un peu par hasard Brahim Asloum, qui nous en apprend une belle : « Jean-Paul était mon parrain aux JO de Sydney. La Fédération l’avait sollicité, il avait dit oui, évidemment ». Puis un court silence : « Je suis plus que triste, le cinéma a perdu un immense acteur mais la boxe vient de prendre un sacré uppercut. Belmondo, c’était le plus bel ambassadeur de la boxe française ».

Brahim Asloum et Jean-Paul Belmondo en 2002.
Brahim Asloum et Jean-Paul Belmondo en 2002. - ATTIAS LAURENT/SIPA

Il faut voir le nombre de galas auxquels s’est rendue la star, encore capable d’aller faire le déplacement à la cérémonie des Gants d’or de Bruxelles fin 2019 pour tailler le bout de gras avec la relève de la boxe belge. « Il ne refusait jamais une sollicitation quand je lui demandais. C’était un vrai connaisseur, un passionné, qui accordait autant d’importance au plus petit combat de la soirée qu’au plus important. Il restait de la première à la dernière minute, parce qu’il avait ça dans les veines ». Il était l’une des rares célébrités, aussi, à travailler son bronzage dès le premier tour de Roland-Garros, parce qu’on n’aurait pas l’idée de rentrer dans une salle de cinéma à la moitié du film.

« Il nous apportait ce côté glamour »

Même son AVC de 2001, qui l’aura beaucoup diminué, n’empêchera jamais « Bébel » d’honorer une invitation à une soirée de bourre-pifs, comme lié à jamais à ce sport qui lui a permis d’afficher cette forme physique insolente dans les films qui ont fait sa gloire. « Si je ne me fais pas doubler, c’est parce que j’ai toujours eu le goût du risque et le goût du sport. Je faisais de la boxe et je prenais des risques aussi, explique-t-il quand on lui demande pourquoi il tient à tourner ses cascades lui-même. La boxe m’a donné ce côté hargneux dans la vie, c’est-à-dire ne pas se laisser démonter quand ça va mal. La hargne, du moins dans un ring, c’est la volonté de gagner qui vous donne cette sorte de hargne, et dans la vie aussi c’est de s’accrocher quand ça va mal ».

Jean-Paul Belmondo, lors d'un match professionnel dans les années 60 à Paris.
Jean-Paul Belmondo, lors d'un match professionnel dans les années 60 à Paris. - AFP

Jamais avare d’un coup de fil ou d’un conseil, Jean-Paul Belmondo avait souvent « mis en garde » Brahim Asloum sur les dangers de se croire arrivé après sa médaille d’or en 2000, assistant religieusement à tous ses combats professionnels par la suite : « J’ai le souvenir de le voir à chaque fois. Je me déplaçais toujours pour le saluer, c’était obligatoire, c’est Jean-Paul quoi. Il se mettait à jour de ce qu’il se passait, il demandait des nouvelles de tout le monde. Il savait que la boxe avait changé d’ère, que ce n’était plus le sport de Cerdan ou d’Ali, mais il aimait côtoyer tous les champions. Il nous apportait ce côté glamour.​ On ne parlait de la boxe que parce qu’il était dans la salle, parfois. J’ai l’impression d’avoir perdu un membre de ma famille ».