JO Tokyo 2021 : « Ça en vaut la peine pour l’avenir »… Comment l'escalade s'est adaptée pour s'installer dans le paysage olympique

JEUX OLYMPIQUES Les grimpeurs, confontés à un format hybride pour cette grande première aux JO, savent qu'ils doivent en passer par là avant de pouvoir prendre leurs aises dans les années à venir

Nicolas Camus
Le Français Mickaël Mawem lors de l'épreuve de difficulté des JO de Tokyo, le 3 août 2021.
Le Français Mickaël Mawem lors de l'épreuve de difficulté des JO de Tokyo, le 3 août 2021. — MOHD RASFAN / AFP
  • L'escalade, dont les finales se déroulent ce jeudi et vendredi, a fait ses grandes débuts aux Jeux olympiques cette semaine.
  • Pour entrer dans les clous du CIO, ce sport a dû bricoler un format inédit, regroupant en un combiné trois disciplines bien distinctes.
  • Pas l'idéal pour les athlètes, mais ces derniers savent qu'il fallait en passer par là pour s'installer avant de voir le format évoluer dans les prochaines années.

De notre envoyé spécial à Tokyo,

Ça y est, l’escalade est entrée dans la famille. Après les hommes mardi, les femmes ont à leur tour inauguré les premières parois olympiques de leur histoire, mercredi. « Une fierté » pour la Française Julia Chanourdie, malgré la déception d’être passée à côté du rendez-vous. Seulement 13e des qualifications, elle ne participera pas à la finale, programmée vendredi. Anouk Jaubert, l’autre tricolore engagée, en sera en revanche après avoir arraché le 8e et dernier strapontin.

Les deux femmes ont tout de même en commun d’avoir apprécié ce format combiné inédit, tout spécialement conçu pour les JO. Pour entrer dans les clous du CIO, qui n’avait qu’une médaille (par genre) à fournir pour ce nouveau sport, l’escalade a dû ne faire qu’une épreuve avec trois disciplines normalement bien distinctes : la vitesse (une course à deux où il faut grimper le plus vite possible une paroi verticale de 15 mètres), le bloc (quatre parcours de 4,5 mètres que l’on peut tenter autant de fois qu’on veut dans un temps limité) et la difficulté (un parcours de 15 mètres en one shot).


Chaque athlète, plus spécialiste de l’une ou l’autre en temps normal, a donc dû se préparer en conséquences. Pas une mince affaire. C’est un peu comme si on demandait à un lanceur de poids de se mettre au disque pour les besoins d’une nouvelle épreuve.

Il y a tout de même quelques avantages. « Toutes les phases d’entraînements sont intéressantes, on découvre autre chose, observe Jaubert. Ça demande de développer plein de qualités différentes, physiques, tactiques, mentales. Je trouve que c’est un beau condensé de l’escalade de compète. » Il est vrai que pour des profanes comme nous, ce format permet d’avoir une vision assez large de ce sport que l’on ne voit que rarement (jamais) à la télé. Et d’en goûter le côté rythmé et spectaculaire.

« Comme si les autres partaient avec 100 mètres d’avance »

Il a tout de même ses détracteurs. Forcément, les spécialistes y voient des résultats un peu baroques, qui ne reflètent pas forcément le niveau des athlètes, avec un système de points complexe qu’il a fallu bricoler pour l’occasion et qui n’aide pas à la visibilité – le classement final est établi en multipliant les résultats des trois disciplines, le plus faible total gagne. Le moindre point faible est durement sanctionné. « C’est un peu comme si les autres partaient avec 100 mètres d’avance en vitesse, parce que je ne suis vraiment pas doué, illustrait mardi le Tchèque Adam Ondra, vraie star de la discipline et 5e des qualifs. J’ai vraiment essayé de progresser ces deux dernières années, mais on a tous une certaine limite. »

La grande majorité des athlètes, notre ami tchèque y compris, considère toutefois qu’ils étaient là cette année pour installer leur sport dans le paysage, avant de penser davantage à l’intérêt sportif à proprement parler lors des prochaines éditions. L’Allemand Alexander Mergos, qui a lui échoué à la 9e place, résume la pensée générale :

Le format détruit en quelque sorte l’escalade telle que nous la connaissions, au moins l’escalade en compétition, mais c’est le prix à payer pour avoir droit ensuite à plus de médailles. Que ce soit bon pour le sport ou non, nous verrons après, mais au moins nous sommes aux JO. Ça en vaut la peine pour l’avenir. »

« Pour ces premiers Jeux, c’est ce qu’il fallait, ajoute Julia Chanourdie. On n’avait pas envie qu’il n’y ait qu’une seule discipline, et puis au moins on finit notre journée bien crevées, on n’est pas venues juste pour une petite voie et hop, terminé. » Au rayon bons points, la Française note également le scénario à suspense, avec un classement en sursis jusqu’au dernier passage de la dernière épreuve.

Elle ne sera toutefois pas mécontente de retourner à ses spécialités, le bloc et la difficulté, elle qui est devenue en fin d’année dernière la troisième femme au monde à grimper une voie classée 9b. « On a quand même envie de s’entraîner dans notre discipline de base », poursuit-elle. Question de plaisir… et de perspective de médaille, aussi.

Julia Chanourdie lors de l'épreuve de difficulté.
Julia Chanourdie lors de l'épreuve de difficulté. - Jeff Roberson/AP/SIPA

A priori, elle a effectué le dernier run de vitesse de sa carrière, mercredi, tout comme Anouk Joubert, spécialiste de la vitesse, a certainement tenté de dompter ses derniers blocs. Dans trois ans, à Paris, la compétition devrait être séparée en deux, vitesse d’un côté, bloc et difficulté de l’autre. En attendant, personne ne crachera sur les médailles distribuées à Tokyo. Et surtout pas le Français Mickaël Mawem, en lice ce matin (10h00 heure française) pour la grande finale.