JO Tokyo 2021: « On n’est plus les petits cons qui font du bruit sous les fenêtres »… Vincent Mathéron, porte-voix du skate français au Japon

JO DE TOKYO Le Marseillais Vincent Mathéron participe à ses premiers Jeux Olympiques et vise une médaille dans la catégorie park, ou bowl, en skateboard

Propos recueillis par Adrien Max
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Vincent Mathéron va disputer les JO de Tokyo dans la catégories bowl du skateboard.
Vincent Mathéron va disputer les JO de Tokyo dans la catégories bowl du skateboard. — GAIZKA IROZ / AFP
  • Vincent Mathéron a grandi à Marseille avant de partir en Californie pour vivre sa passion du skateboard. 
  • Il participe aux Jeux Olympiques de Tokyo dans la catégorie park, ou bowl. 

Un petit détour par Marseille avant de s’envoler vers Tokyo. Le Marseillais Vincent Mathéron va disputer ses premiers Jeux Olympiques, en skateboard,​ dans la catégorie park, ou bowl. Il se confie à 20 Minutes sur ses ambitions, quelques mois seulement après une triple fracture de la cheville.

Vous avez choisi de revenir à Marseille avant de vous rendre à Tokyo, pour quelle raison ?

Oui je suis rentré le 21 juin dernier, j’étais aux Etats-Unis depuis janvier, où j’ai recommencé à skater. Ça fait du bien de revenir skater à la maison. C’est un retour aux sources qui me permet de me mettre en confiance avant les JO. Et ça faisait un bon moment que je n’étais pas venu skater ici.

Pourquoi avez-vous fait le choix de vous installer aux Etats-Unis, et plus précisément en Californie ?

Déjà parce que les skate park sont plus gros. En France il y a des réglementations pour protéger les enfants alors que là-bas ils sont plus hauts. Et aussi parce que tous les skaters sont là-bas, enfin tous les skaters que j’affronte en compétition, donc c’est motivant de skater avec eux. Ici en France, c’est le foot, là-bas c’est le skate. Et aussi pour la météo, il fait beau toute l’année donc tu peux skater tous les jours. Le peu de jours de pluie te servent de repos.

Vous avez d’ailleurs été hébergé chez Tony Hawk, non ?

Oui quand j’ai déménagé là-bas j’ai un peu dormi chez lui le temps de me trouver une voiture, un appartement. Il avait un petit studio de libre donc il me l’a gentiment proposé. Il a beaucoup de bons conseils à apporter puisqu’il a créé la moitié des tricks. Même si dans le monde du skate tout le monde se donne des conseils.

Vous revenez d’une grosse blessure, comment allez-vous ?

Je me suis fait une triple fracture malléolaire en juin dernier, j’ai ma cheville qui s’est déboîtée et tout s’est arraché. Heureusement je savais déjà que les JO étaient reportés. Je suis revenu en France et j’ai été alité pendant trois mois l’été dernier. C’était horrible, heureusement que j’étais entouré. Ma première rééducation s’est faite à Cap Breton, dans un centre en plein confinement donc c’était un peu la prison pour moi. Ensuite je suis allé en Autriche où j’étais accompagné par les équipes de Red Bull. Là j’ai pu sortir, m’aérer, voir un peu les amis, ça m’a fait énormément de bien.

C’était votre première grosse blessure ?

Non (rires). C’est ma quatrième blessure grave. Ça fait partie du jeu et je l’accepte. Ma première grosse blessure a été les ligaments croisés et j’ai eu très peur. J’ai fait ma rééducation avec Tom Pages, pilote freestyle de motocross, et il m’a dit qu’on revenait deux fois plus fort après une blessure. Et c’est vrai, les blessures te font grandir, tu gagnes en maturité. Bon là j’ai toujours 15 vis, trois broches et deux plaques, ça me fait parfois un peu mal mais je me dis qu’au moins la cheville ne lâchera pas pendant les Jeux. Et je dois me faire opérer pour les enlever après.

Comment s’est déroulée votre préparation ?

Ça fait seulement dix mois que je remarche. Je me suis qualifié en mai dernier lors d’une compétition aux USA, c’est aussi pour ça que je ne pouvais pas me faire retirer les broches, c’était trop court. J’avais ma famille près de moi donc ça fait du bien, parce que je suis seul à Tokyo. Je me suis entraîné en plein cagnard parce qu’on m’a dit qu’il ferait très chaud à Tokyo, même si c’était plus compliqué de se préparer à l’humidité qu’il y a ici.

Avez-vous l’espoir de ramener une médaille ?

Je pense que personne n’y va juste pour le village olympique (rires). Je suis moins favori que les autres, mais j’ai une carte à jouer. Je ne connais pas le bowl de là-bas, mais il y a moyen qu’il corresponde à mon style de skate, et si je me mets à fond, je pense que oui, j’ai une chance. Et ça me fait moins de stress de pouvoir créer la surprise.

Est-ce que vous cconstatez une professionnalisation de la discipline depuis son entrée aux JO ?

Quand on est arrivé à l’Insep, ils ont halluciné. On s’est retrouvé avec des judokas qui étaient à fond dans leur préparation. Quand ils nous ont demandé notre programme on leur a dit « on a deux ans avant les JO, donc on a le temps », ça ne leur a pas trop plu (rires). Aux USA, ils sont très pros, et en Europe ça commence à arriver. Avant, il n’y avait pas d’agent dans le skate, maintenant oui. On voit aussi qu’il y a de plus en plus de skateparks partout en France, les communes ne nous voient plus comme les petits cons qui font du bruit en dessous de leur fenêtre, mais comme des athlètes.