Brigitte Henriques, première femme à prendre les rênes de l’olympisme français

JEUX OLYMPIQUES La vice-présidente de la Fédération française de football a été élue à une écrasante majorité et prend la présidence du Comité national olympique et sportif français (CNOSF)

N.C. avec AFP
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Brigitte Henriques est la nouvelle présidente du CNOSF.
Brigitte Henriques est la nouvelle présidente du CNOSF. — Emma PROSDOCIMI/SIPA

Petite révolution dans le sport français : à trois ans des JO de Paris, Brigitte Henriques a été élue présidente du Comité national olympique et sportif français (CNOSF), première femme à accéder à ce poste depuis sa création en 1972.

Un raz de marée. Voilà comment résumer le vote qui s’est déroulé ce mardi au siège du CNOSF et qui mettait aux prises quatre candidats, dont deux semblaient être à la lutte avant le scrutin, Brigitte Henriques, 50 ans, vice-présidente de la Fédération française de football (FFF) et l’ex-champion olympique de judo Thierry Rey, 62 ans.

La déception de Thierry Rey

Mais de lutte, il n’y eut point. Avec près de 58 % des voix et une élection assurée au premier tour, le match a été plié d’entrée. La surprise est surtout venue de la claque reçue par Thierry Rey qui n’est parvenu à recueillir que 19 % des voix, « alors que je pensais être bien plus haut », a-t-il reconnu.

L’ex-judoka et conseiller sport de François Hollande, tout en saluant la victoire de Brigitte Henriques, a toutefois regretté le choix du « conservatisme ». « J’ai fait des propositions de bouger, de changer, d’essayer de peser d’une autre manière (…). C’est dur de bouger les lignes quand on n’est pas de l’intérieur », a-t-il estimé. Il a également échoué à être élu au conseil d’administration.

« Conservatisme »

Brigitte Henriques, ancienne professeure de sport et ex-internationale de football, mais aussi vice-présidente du CNOSF depuis 2017, est effectivement issue du sérail, ce qui a sans doute séduit une partie des 108 présidents de fédérations ayant pris part au vote. « Elle est vraiment très bien implantée dans les instances, elle maîtrise aussi pas mal de réseaux, notamment grâce à sa place au sein de la FFF », expliquait un des membres du CNOSF avant l’élection.

Adoubée par le président sortant Denis Masseglia dès le mois de janvier, celle qui était également vice-présidente de la FFF depuis 2017 a aussi bénéficié du soutien de plusieurs poids lourds du monde fédéral pendant cette campagne, avec notamment Michel Vion (ski) et Jean-Pierre Suitat (basket-ball). « J’ai beaucoup de plaisir à te donner les clés de la maison », a d’ailleurs lancé Denis Masseglia avant de prendre dans ses bras la nouvelle présidente.

Malgré l’étiquette football

« C’est une femme qui connaît bien les dossiers, qui travaille très sérieusement. Je suis persuadé que ce sera une réussite pour le CNOSF. Ses qualités, c’est le travail, l’intelligence », a également assuré Noël Le Graët, président de la FFF, à l’issue du vote. Elle a notamment su faire oublier ou bien faire accepter son étiquette football, dans un monde fédéral où ce sport n’est d’ordinaire pas considéré comme un marqueur olympique fort.

« C’est quelqu’un de grande qualité mais je ne vois pas le football, adversaire du monde de l’olympisme, prendre la main », avait notamment assuré pendant la campagne un connaisseur des arcanes sportives. Le sport français a en tout cas choisi une femme à sa tête, une première depuis près de 40 ans, dans un monde fédéral encore largement masculin. Elles n’étaient par exemple que 14 présidentes, dont seulement 2 olympiques, sur les 108 présidences de fédération, à avoir voté ce mardi.

Un « moment historique pour le sport »

L’ex-ministre des sports Marie-Georges Buffet a estimé que cela représentait « un signal majeur envoyé au monde sportif », l’actuelle titulaire du fauteuil Roxana Maracineanu évoquant elle, dans un tweet de félicitations, un « moment historique pour le sport ».

Brigitte Henriques, qui n’avait d’ailleurs pas fait de son genre un sujet de sa campagne, mais s’est dite « émue ». L’ex-internationale de football a évoqué « les femmes qui m’ont tant inspiré notamment Alice Milliat » (pionnière du sport féminin) (…) et « toutes celles à qui je veux dire qu’il faut oser candidater, et accéder aux postes à responsabilité, "we can do it" ».

Parmi ses premières tâches : aller « soutenir les athlètes » aux JO de Tokyo qui débutent dans moins d’un mois et « passer le témoin à Paris-2024 ». Elle souhaite aussi « dès l’été » remettre sur la table le dossier brûlant des conseillers techniques sportifs (CTS), ces fonctionnaires placés auprès des fédérations pour les aider sur le haut nouveau niveau ou les pratiques de masse, dont des dizaines de postes sont menacés.

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