Football féminin: «On ne peut pas dire qu’on a rattrapé notre retard», souligne Brigitte Henriques

Propos recueillis par Antoine Maes

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L'équipe de France féminine de football, le 5 avril 2014 contre le Kazakhstan, à Angers.
L'équipe de France féminine de football, le 5 avril 2014 contre le Kazakhstan, à Angers. — AFP PHOTO / JEAN-FRANCOIS MONIER

Le chemin est ouvert, mais il est encore long. Depuis 2011 et la demi-finale de Coupe du monde de l’équipe de France féminine, le foot féminin a explosé. Trois ans plus tard, la FFF organise tout de même une «Semaine du foot féminin». Brigitte Henriques, secrétaire générale de la fédération, explique la démarche.

Pourquoi, en 2014, une semaine du foot féminin est-elle encore nécessaire?

Tout simplement parce que le gros pas qu’on a franchi grâce aux résultats de l’équipe de France féminine fait qu’aujourd’hui il y a une demande énorme de petites et de plus grandes pour jouer au foot. Cette demande qui n’existait pas avant est flagrante: on a 21.000 licenciées en plus en l’espace de deux ans. C’est génial, mais le dernier frein qui nous reste, c’est qu’on a encore un club sur deux qui n’accueille pas de petites filles pour des raisons de manque de bénévoles, d’infrastructures, de moyens financiers, parfois aussi de volonté politique. On veut les aider, les accompagner et leur faciliter les choses.

C'est-à-dire?

Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas, c’est qu’il y a un manque de savoir-faire. Accueillir un public féminin ce n’est pas comme accueillir un public masculin. Ça demande une certaine sensibilité. Et puis il faut rassurer les mamans quand on emmène les petites filles au foot. Les petites filles ne se posent pas la question, si elles peuvent jouer elles jouent. Mais les parents il faut les rassurer sur le fait qu’il n’y a plus un seul genre en football.

Où en est-on en termes de licenciées?

Aujourd’hui on est à 71.450 licenciées. L’objectif c’est d’être à 100.000 fin 2016. La candidature à l’organisation du mondial féminin 2019 affiche la volonté politique de Noël Le Graët, de montrer son engagement, pour que les portes s’ouvrent pour les femmes dans le foot. Aujourd’hui, on est un des rares pays européens à avoir une telle affluence dans les stades, à avoir une telle audience sur les matchs internationaux. On a une moyenne de 8.000 à 12.000 en tribune sur les matchs des Bleues, et sur les audiences, on tourne à 800.000 téléspectateurs.

La France a rattrapé son retard sur les autres nations?

Ce qui est clair, c’est qu’en termes de dynamique, on est la formation motrice. Après, on ne peut pas dire qu’on a rattrapé notre retard… Tant qu’on n’aura pas passé 100.000 licenciées on ne pourra pas le dire. Un pays comme la Suède est à 150.000 licenciées, en étant beaucoup plus petit démographiquement. C’est un pays nordique et la femme a une autre place dans la société. Mais on va y arriver. Il n’y a jamais eu un tel engagement, jamais eu un tel engouement. Mais comme on vient juste, tout doucement, de changer les stéréotypes, de bouger les choses culturellement… Aujourd’hui la demande est là, il faut qu’on arrive à accueillir beaucoup plus les petites dans les clubs.