Euro 2021 : « Vertige, culpabilité, envie de vomir… » Comme Mbappé face à la Suisse, ils ont manqué un tir au but décisif

FOOTBALL D’autres avant Kylian Mbappé ont manqué ou vu leur tir au but stopper. L’histoire du football regorge de moments douloureux, mais inoubliables

David Phelippeau
— 
Le penalty de la lose de Mbappé.
Le penalty de la lose de Mbappé. — Just Pictures/Sipa USA/SIPA
  • Kylian Mbappé a vu son tir au but arrêter mardi soir par le gardien de but suisse, un échec qui a précipité l’élimination des Bleus en 8e de finale de l’Euro.
  • Par le passé, d’autres footballeurs ont connu ce grand moment de détresse.
  • Pour 20 Minutes, ils racontent.

Kylian Mbappé a d’abord posé ses mains sur sa tête comme si le ciel s’effondrait sur lui. Il a ensuite fait un signe furtif du bras (sans grande conviction) à l’arbitre pour signaler une éventuelle irrégularité du gardien de but suisse Sommer. Puis, il a compris. Il a compris que  son tir au but arrêté renvoyait les Bleus en France dès le stade des 8es de finale de l’Euro. Le « raté » de l’attaquant du PSG escortera à partir d’aujourd’hui sa vie de footballeur talentueux. A tout jamais. « Je suis désolé pour ce penalty. J’ai voulu aider l’équipe mais j’ai échoué », s’est excusé le joueur sur les réseaux sociaux quelques heures après. L’échec est retentissant, la trace indélébile.

Vingt-cinq ans après une demi-finale de l’Euro perdue contre l’Allemagne, Gareth Southgate n’a toujours pas oublié son tir au but manqué. « Je sentais très fortement que j’avais laissé tomber ceux qui avaient travaillé si dur à mes côtés. Quand je marchais dans la rue, des gars sortaient la tête par la fenêtre de leur voiture pour hurler des insultes et c’est dur à encaisser », confiait l’actuel sélectionneur anglais dans un podcast en novembre dernier.

20 Minutes a retrouvé trois footballeurs qui portent encore aujourd’hui la responsabilité de la défaite ou l’élimination de leur équipe. Récits.

Maxime Bossis (avec l’équipe de France, tir au but arrêté contre l’Allemagne en demi-finale de la Coupe du monde en 1982 à Séville) : « C’est un vrai traumatisme… »

« C’est un sentiment de culpabilité énorme de voir que notre tir au but manqué élimine notre équipe. C’est le ciel qui nous tombe sur la tête. Moi, à l’inverse de Kylian [Mbappé], je n’étais pas dans les cinq premiers tireurs. C’est la seule différence. Mais sinon, c’est vrai que ce France-Suisse ressemble à France-Allemagne, on menait aussi 3-1. Après l’échec, le sentiment de culpabilité ne disparaît pas comme ça. C’est un vrai traumatisme. Les partenaires ont beau vous consoler… Après, ça arrive tellement souvent dans le foot et même aux très grands. Michel Platini en a manqué aussi lors de séances de tirs au but. On se rend compte que marquer lors d’une séance de tirs au but, ça semble facile, mais ce n’est pas le cas. Il faut vraiment tenir compte de la pression psychologique. J’ai le sentiment qu’on part même souvent perdant contre le gardien de but qui ne peut que faire l’exploit finalement. Moi, 39 ans après, on me parle toutes les semaines de France-Allemagne, et pratiquement à chaque fois de mon tir au but loupé ! On s’en remet. J’ai été champion derrière avec Nantes. Dans le jeu, il n’y avait pas de souci pour moi, mais, en revanche, je n’ai jamais retiré un penalty derrière. Jamais. C’est le seul traumatisme que j’ai eu. Les coachs ne me le proposaient pas de toute façon. »

Maxime Bossis juste avant son tir au but de la lose...
Maxime Bossis juste avant son tir au but de la lose... - STAFF / AFP

Jean-Paul Abalo (avec Amiens, tir au but arrêté contre Strasbourg en finale de la Coupe de France en 2001 à Paris) : « Quand j’ai raté, j’avais le vertige… »

« Je ne devais même pas tirer, mais personne ne voulait. On était tous très fatigués. Moi, je ne voulais pas… Quand mon tir au but a été arrêté par Chilavert, j’avais la tête à l’envers, j’avais le vertige. J’ai tout de suite pensé au club d’Amiens [en National à cette époque-là], aux supporteurs… Sur le coup, c’était vraiment difficile à supporter. On ressent un grand sentiment de culpabilité : on perdait la finale et l’Europe. On avait tellement tout donné sur cette finale. On m’en parle souvent de ce tir au but… Même ici au Togo [il vient de finir son mandat de sélectionneur]. Les gens ne m’en ont pas voulu. Après le match, on avait été reçu à la mairie. Une petite fille était venue me donner un papier sur lequel il était écrit : " On ne t’en veut pas car si on est arrivés en finale, c’est grâce à toi ! " Ce message m’a donné beaucoup de force. Mon échec va rester dans l’histoire du club d’Amiens et on ne me l’enlèvera jamais. »

Manuel Amoros (avec Marseille, tir au but arrêté contre l’Etoile Rouge de Belgrade en finale de la Ligue des champions à Bari en 1991) : « Tu te poses beaucoup de questions… »

« J’étais le premier tireur. Je ne devais pas tirer en premier mais Jean-Pierre Papin s’est désisté. Après, ce n’est pas pour ça que je l’ai manqué… C’est tellement aléatoire. Il y a eu quatre tireurs derrière moi. J’avais l’espoir que Pascal Olmeta [gardien de l’OM] fasse un arrêt… Malheureusement non. C’est long. Quand c’est fini, tu te poses beaucoup de questions. Tu te dis que tu aurais dû tirer de l’autre côté et que tu aurais dû t’appliquer davantage. Dire que ça pouvait donner un premier titre de champion d’Europe pour l’OM. Il y a un fort sentiment de frustration. J’avais l’impression d’avoir fait perdre mon équipe alors que pourtant j’avais été élu homme du match… On m’en parle de temps en temps. C’est très français de ne se souvenir que des choses négatives. Moi, on se souvient de ce tir au but manqué et de mon coup de tête suivi d’un carton rouge contre le Danemark à l’Euro 1984. »

En bonus… Nicolas Camus, (journaliste de 20 Minutes du service des sports, tir au but raté contre Strasbourg en 2008 au fameux tournoi inter-école de journalisme) : « Envie de vomir et de pleurer »

« 1-1 à la fin du temps réglementaire. Sans trop réfléchir, je me porte volontaire, sûrement porté par le souvenir de mes saisons à 50 buts en U11 dans le club de mon village mayennais. Je tire en quatrième position. Ça fait 2-2 à ce moment-là, et même 3-2 puisqu’on tire après nos adversaires. Je frappe croisé, comme d’hab, mais pas assez et le gardien la sort. Mes jambes se mettent à trembler, hors de contrôle. A peine le temps de m’écarter, le dernier tireur strasbourgeois s’élance et la met au fond. Terminé. Rideau. Je reviens vers la ligne médiane, partagé entre l’envie de vomir et de pleurer. C’est encore pire quand quelques coéquipiers viennent me dire que c’est rien. C’est la première fois que je fais perdre mon équipe à un sport, et 13 ans après, ça m’arrive encore d’imaginer une autre fin. C’est ridicule, quand on sait l’enjeu dérisoire qu’il y avait au bout, mais les émotions n’ont rien à voir avec le niveau auquel on joue quand on aime quelque chose. Heureusement, non ? »