Belgique – Portugal : Les Diables Rouges ont-ils la force (mentale) de leurs ambitions ?

FOOTBALL La Belgique réalise jusqu’ici un Euro 2021 parfait, mais trouve quand même le moyen de montrer des signes de fébrilité hors du terrain

William Pereira
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Thomas Meunier en pleine réflexion pour trouver une excuse au cas où les choses tourneraient mal contre le Portugal
Thomas Meunier en pleine réflexion pour trouver une excuse au cas où les choses tourneraient mal contre le Portugal — ISOPIX/SIPA

De notre envoyé spécial à Séville,

Y a-t-il plus Diables rouges que d’être classé première nation mondiale, survoler sa poule mais quand même trouver le moyen de faire démonstration d’une certaine fébrilité en dehors du terrain ? Là où il est coutume, arrivé à un certain niveau, de cacher un maximum ses faiblesses, les Belges ont décidé de les exposer après un départ sans faute. Car trois matchs et trois victoires ne suffisent pas à Thomas Vermaelen, las de faire des allers-retours entre Saint-Pétersbourg et Copenhague, les deux villes de leur groupe B.

« Ce format est injuste, a-t-il déploré mardi dernier. Vous avez des équipes qui jouent les trois matchs dans leur propre pays et d’autres qui doivent faire des allers-retours. Tous ces déplacements ne sont pas bons pour le corps des joueurs. » Et de conclure, assez ironiquement, « nous ne nous plaindrons pas, c’est comme ça. » C’est pourtant exactement ce que tu as fait, bonhomme.

Entendons-nous bien. Le défenseur central de Vissel Kobe a raison sur le fond du propos, à savoir que cet Euro est inéquitable. Et les Belges peuvent doublement l’avoir mauvaise quand on sait que Bruxelles faisait partie des villes hôtes au tout début du projet de cet Euro dans 74 pays. Mais quand on voit le décalage avec le discours du futur adversaire portugais qui explique, par la voix de son sélectionneur, que les 26 loustics vont bien et qu’ils ont tous envie d’aller au charbon malgré deux jours de repos en moins et un blessé de guerre victime d’un KO technique sur une sortie MMA d’Hugo Lloris, on se dit que niveau image renvoyée à l’adversaire, certains hommes de Roberto Martinez peuvent encore progresser.

Le prisme du seum

Parmi eux, Thomas Meunier et sa nouvelle théorie qu’on ne sait pas trop encore comment interpréter : pour l’ancien Parisien, « gagner cet Euro aurait plus de valeur que de gagner la Coupe du monde. Le niveau est encore plus relevé qu’en 2018. » Il n’y aurait pas comme un soupçon de complexe dans ce message caché pour un ancien bourreau du Mondial en Russie ? L’humoriste belge Alex Vizorek, ne le voit pas de cette manière.

« Meunier, ce qu’il dit, ça s’entend. Mais j’ai l’impression que la France interprète tout à travers de ce prisme du seum de 2018. On n’est pas une équipe qui pleure, mais une équipe qui se sait moins forte qu’il y a trois ans, parce que les cadors n’ont pas fait une saison formidable hormis De Bruyne, arrivé avec un masque parce qu’il s’est pris un coup de boule en finale de Ligue des champions [et Lukaku]. »

On en revient néanmoins toujours à cette idée de préparer un matelas de sécurité au cas où les choses tourneraient mal. Parce qu’au fond, les Belges n’apprécient pas tant que ça d’être favoris – c’est pourtant ce qu’ils sont – question de superstition. Benoît Poelvoorde avait eu à ce propos une phrase marrante avant l’Euro : « je sais que chaque fois qu’on a de bonnes chances de gagner quelque chose, c’est très belge, on se vautre comme des merdes dès le début, se marrait-il auprès de Ciné-Télé-Revue. On a toutes les munitions et tout, et on arrive à tomber dans un trou ! ‘’Ha, merde, je me suis foulé la cheville ! Terminé !’’ Le nombre de fois que j’ai entendu ça : ‘’Cette fois on a tout pour réussir l’exploit et puis le lendemain, toute la journée : ‘’Mais comment c’est possible, comment on s’est plantés comme ça ?’’ Ça s’appelle les actes manqués, et c’est vraiment très belge ! »

Apprendre à gagner

Très belge et plus globalement typique des équipes étrangères au concept de palmarès. A bien y réfléchir, le Portugal qui l’attend à Séville était aussi à ranger dans cette case des perdants fatalistes et il a fallu attendre l’an 0 de l‘ère Eder à la fois pour que les autres nations tiennent la Selecção en respect et que pour celle-ci se considère elle-même comme favorite. Alexandre Teklak, consultant belge pour la RTBF :

« On ne sait résoudre ce problème qu’en gagnant et la Belgique n’a jamais gagné. Quand Martinez est arrivé, l’une des premières choses qu’il a dites, c’est qu’il fallait instaurer la culture de la gagne, et que celle-ci vient aussi avec les titres remportés. Et c’est très vrai. Les gens qui gagnent sont souvent ceux qui ont l’habitude de gagner parce que c’est dans leur culture. La France est habituée à gagner, et les Belges non. Malheureusement, on a même ça au niveau des équipes nationales de jeunes. On a des super joueurs, des très bonnes équipes nationales mais quand arrive le moment décisif, on ne franchit pas le cap. »

Mais puisqu’il faut bien que ça commence quelque part, on a quand même bien envie de croire que cela passera par cette génération dorée, certes un peu déclinante défensivement, mais forte de l’expérience de cadres comme Kevin de Bruyne et Romelu Lukaku qui eux cultivent cette gagne en club. « Lukaku a récemment déclaré quelque chose comme ‘’je sais que je fais partie du top mondial des attaquants’’, enchaîne Teklak. Il a répondu ça, et il a raison, c’est indiscutable. Il ose l’assumer. Quand on voit Ibrahimovic, Ronaldo, c’est comme ça, ces mecs ont quelque chose en plus parce qu’ils osent assumer leur rôle de leader. Et ça, ça fait la différence dans une équipe. Mais hélas, on le voit encore dans la manière dont certains diables répondent à la presse par rapport à d’autres, il reste vraiment une impression de complexe pour certains joueurs. » Charge aux De Bruyne, Hazard et Lukaku de transmettre leur ambition aux moins convaincus.