Tour de France : « La jeune génération nous fait passer pour des dinosaures », sourit Pierre Rolland

INTERVIEW DU LUNDI Dix ans après s’être révélé sur les routes du Tour et remporté l’étape de l’Alpe d’Huez, le coureur de 34 ans de la formation B&B Hotels sera au départ de sa 12e Grande Boucle ce samedi à Brest

Jérôme Gicquel

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Pierre Rolland avait terminé 18e du général l'an dernier au Tour de France.
Pierre Rolland avait terminé 18e du général l'an dernier au Tour de France. — STUART FRANKLIN / AFP
  • Comme chaque lundi, 20 minutes donne la parole à un acteur ou une actrice du sport qui fait l’actu du moment. Cette semaine, place à Pierre Rolland.
  • Agé de 34 ans, Pierre Rolland sera au départ de son 12e Tour de France samedi à Brest.
  • Sans ambition au général, le coureur de la formation B&B Hotel devrait encore animer la course lors des étapes de montage.
  • Il se dit très impressionné par la jeune génération, emmenée par les Pogacar, Van Der Poel et Evenepoel, qui domine le peloton.

Son visage s’affiche déjà en grand depuis quelques jours dans les rues de Brest. Agrippé à un oreiller, Pierre Rolland se tape tranquillement une petite sieste sur la façade du siège social de B&B Hotels, sponsor de sa formation. Un petit repos bienvenu pour le coureur de 34 ans qui prendra samedi le départ de sa 12e Grande Boucle. Juste avant d’attaquer Paris-Camembert mardi dernier, course qu’il a animée comme à son habitude, le coureur français a accepté de tailler le bout de gras avec 20 Minutes pour parler de ses ambitions et de la jeune génération qui a pris le pouvoir dans le peloton.

Dans quel état de forme abordez-vous le Tour ?

Les sensations sont plutôt bonnes même si la préparation a encore été perturbée par le Covid cette année. J’ai démarré ma saison avec deux mois de retard car beaucoup de courses ont été annulées ou reportées en février-mars. J’ai souvent le même calendrier d’année en année, donc là on perd forcément ses repères. Cela joue sur le physique et sur le mental. Et j’ai ensuite été deux fois cas contact avec deux semaines de quarantaine à respecter. Je n’étais donc pas spécialement en avance dans ma préparation mais cela s’est bien passé sur les routes du Dauphiné.

Vous avec aussi fait un petit périple au Tour du Rwanda avec une victoire d’étape à la clé…

Oui, c’est une course qui est normalement prévue en février mais qui a été décalée au mois de mai cette année. Cela collait bien à mon calendrier et à mon programme de préparation car on évolue sur des plateaux entre 1.600 et 2.000 mètres d’altitude. L’équipe a remporté quatre étapes en plus donc c’était vraiment la course parfaite pour se remettre dedans et engranger de la confiance.

Quelles sont vos ambitions justement sur le Tour ?

L’objectif c’est de gagner une étape, tout simplement. Cela fait longtemps, depuis 2017 maintenant, que j’ai tiré un trait sur le classement général dans les grands tours. J’ai fait 8e en 2012, où j’ai perdu beaucoup de temps dans les chronos, et 10e en 2011 et 2015. Mais maintenant cela ne m’intéresse plus de faire 16e ou 18e car c’est beaucoup d’investissement au final pour des places qui restent anecdotiques. Car après la 15e place, il n’y a plus personne qui regarde le classement. Du coup, je fais exprès de perdre du temps maintenant pour ne pas être un danger pour les leaders du général et pouvoir me porter à l’avant.

Un Tour sans une attaque de Pierre Rolland ne serait d’ailleurs pas vraiment le Tour, si ?

C’est ma façon de courir en effet et de voir le vélo. J’ai cette image de coureur très offensif mais cela ne me dérange pas, cela me fait rire plus qu’autre chose. Et je préfère ça plutôt que de passer pour un coureur anonyme ou sur la réserve. De toute façon à un moment pour gagner, il faut prendre son ticket de Loto et sortir la boule.

Pierre Rolland s'était imposé à l'Alpe d'Huez lors du Tour en 2011.
Pierre Rolland s'était imposé à l'Alpe d'Huez lors du Tour en 2011. - Pascal Pavani / AFP

C’est sur les routes du Tour que vous vous êtes révélé en 2011. On imagine que cette course a une saveur particulière pour vous ?

C’est LA course, celle qui fait et défait les carrières. On est un vrai coureur quand on a fait le Tour. Mais après c’est sympa quand on y brille. Mais quand on subit sur les routes du Tour, c’est la chose la plus horrible qu’il peut y avoir. Il n’y a rien de plus difficile pour un coureur que d’être anonyme dans le peloton et de subir la course tous les jours. J’ai connu ça en 2017 où j’étais malade. C’était vraiment une épreuve mentalement et physiquement.

Vous avez 34 ans. Quel regard portez-vous sur cette jeune génération avec les Pogacar, Van Der Poel ou Evenepoel qui ont pris le pouvoir dans le peloton ?

Le cyclisme reste un sport de maturité. On le voit avec Valverde qui est toujours très performant à plus de 40 ans. Mais c’est vrai que cette génération qui arrive est très très jeune et bouscule tous les codes. Ils nous font passer pour des dinosaures alors qu’avant à 34 ans, on était juste dans la force de l’âge. Ils sont en train de révolutionner le vélo et c’est tant mieux. Ils sont jeunes et funs, c’est ce dont le vélo avait besoin.