Euro 2021 : « Kjaer a fait preuve d’un sang froid exceptionnel », applaudit son ancien coéquipier Mavuba

INTERVIEW Rio Mavuba et Simon Kjaer ont joué ensemble à Lille entre 2013 et 2015

Propos recueillis par William Pereira

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Simon Kjaer, le capitaine du Danemark, a joué un rôle important après le malaise de son coéquipier et ami Christian Eriksen.
Simon Kjaer, le capitaine du Danemark, a joué un rôle important après le malaise de son coéquipier et ami Christian Eriksen. — Jonathan Nackstrand / AFP
  • Simon Kjaer a réagi de manière exemplaire au malaise cardiaque de Christian Eriksen.
  • Son ancien coéquipier au Losc, Rio Mavuba, salue le sang froid du Danois et se remémore des années passées à Lille à ses côtés.

L’un des grands torts du lexique du journalisme sportif réside dans l’exagération. Dès lors qu’on qualifie d’héroïque l’arrêt d’un gardien de but du bout de la phalange sur sa ligne, quels mots reste-t-il pour saluer le geste d’un joueur qui, par sa réactivité et son altruisme, a contribué à sauver un homme et sa dignité dans un moment aussi critique que le malaise cardiaque de ce pauvre Christian Eriksen.

Simon Kjaer n’est pas un héros de guerre, non, c’est une « légende », comme l’écrit le quotidien Politiken, à la veille du deuxième match de poule contre la Belgique. Et c’est déjà pas mal. « Personne n’a agi avec autant de force que Simon Kjaer (…) qui a déferlé sur le terrain avec une vitesse que son corps de 32 ans atteint rarement », avant de mettre Eriksen en position latérale de sécurité et de lui dégager les voies aériennes en attendant les médecins. Un récital à montrer dans toutes les écoles de secourismes qui impressionne son ancien coéquipier au Losc, Rio Mavuba, qui garde un très bon souvenir de ce jeune Danois qui avait déjà l’étoffe du leader.

Qu’avez-vous pensé de son geste héroïque et de sa manière d’agir dans une situation aussi urgente ?

Simon a fait preuve d’un sang froid assez exceptionnel. Parce que non seulement, il pense au premier geste pour secourir Eriksen, mais en plus il a la lucidité de penser à mobiliser son équipe pour entourer leur coéquipier dans une situation critique. C’est (il souffle)… Impressionnant. C’est un acte humainement à son image.

C’est-à-dire ? Il était comment à Lille ?

C’est un vrai soldat, tu sais que tu peux partir à la guerre avec lui. Et cet acte le prouve encore plus. C’est un peu caricatural de dire ça, mais il venait avec son image de Scandinave, froid. Mais quand tu le connais un peu, tu sais que c’est un gars sur qui tu peux compter.

Ce n’était pas le gamin de 22-23 ans typique, qui manquait de maturité, qui avait besoin de grandir. Dans la tête, c’était déjà un mec de 27-28 ans, très organisé dans ses journées, qui faisait tous les exercices de récupération. Il était extrêmement professionnel. Ce qui est bien quand tu as ce type de joueurs, c’est que tu n’as pas à te soucier de sa jeunesse, de s’il se disperse ou pas. Il avait un super état d’esprit.

Il paraît que René Girard l’aimait beaucoup. Comment ça se traduisait ?

Par beaucoup de présences sur la feuille de match (Rires). Je plaisante, sa place, il la méritait. C’était un peu le fiston du coach, qui appréciait sa fiabilité, il y avait une vraie relation de respect entre les deux.

Il y a un truc sympa à retenir de son passage au Losc ?

Oui ! Une fois, il était rentré de chez lui et il avait ramené de la truffe pour tout le monde. Mais à l’époque, je crois que les gens n’avaient pas réalisé la portée du geste parce que la truffe n’était pas encore trop à la mode, ce n’était pas hype. Il en avait ramené pour tout le monde et j’avais trouvé ça hyper classe. (Il pose une question à son épouse). Oui, voilà, il a filé un sachet à chaque joueur. Même ma femme s’en souvient !

Et sur le terrain ? On est content d’avoir Kjaer derrière soi quand on est milieu de terrain ?

Ah, bah bien sûr. J’étais content de l’avoir derrière moi parce que je savais que si ça passait, il était là pour me couvrir. Et puis je savais que s’il faisait une erreur, ça serait la seule de l’année. En plus de ça il était leader dans son comportement, dans son exemple. Il ne parlait pas beaucoup à cause de la barrière de la langue, mais quand il le faisait, il était écouté.

Vous parlez d’un leader. Le Milan AC compte justement de lui donner le brassard après ce qu’il a fait pour Eriksen. Logique ?

C’est un capitaine dans l’âme, il est exemplaire. Je pense que c’est une très bonne chose. Il est performant et il peut facilement être capitaine d’un grand club comme le Milan AC. Il en a l’envergure.