Angleterre – Croatie : Toujours favoris, jamais vainqueurs… Pourquoi tout le monde s’emballe pour les Anglais ?

FOOTBALL C'est une tradition qui sort d'on ne sait d'où. Comme à chaque compétition, l'Angleterre est désignée favorite d'un tournoi qu'elle ne gagnera pas

William Pereira

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Harry Kane incarne les espoirs anglais
Harry Kane incarne les espoirs anglais — Scott Heppell/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Londres,

A ce stade, tout est encore permis. Le début d’une compétition majeure comme l’Euro est toujours habillé de ce manteau d’optimisme qui offre à tous les supporters le droit de croire en quelque chose. Pour la Macédoine du Nord, c’est passer la phase de poules, pour la Belgique, c’est avoir plus de possessions que les Bleus, et pour l’Angleterre, il s’agit de ramener le premier trophée à la maison depuis la Coupe du monde 1966. Ça commence à dater.

Notez, en parlant des Three Lions, que pour une formation habituée à décevoir Euro après Euro, Mondial après Mondial, la sélection anglaise a de la chance d’être encore citée parmi les favorites de la compétition. Cette année ne déroge pas à la règle : en France comme chez la Reine, tout le monde s’enflamme pour les Anglais. Pour avoir passé par mal de temps à papoter avec des locaux à attendre de retirer notre accréditation sous le cagnard londonien, on peut vous dire qu’ils sont peu à douter de leur sélection, mis à part un chauffeur de taxi, Muhammad, qui voit cette équipe « trop faible mentalement pour franchir le dernier cap ».

L’Angleterre juste derrière la France pour les bookmakers

Helen, bénévole, nous sort l’habituel couplet sur les super individualités anglaises : « On a une super équipe avec des joueurs incroyables. On a Rashford, on a Kane. Et on a eu une finale de Ligue des champions anglaise. » Notons que la confusion entre clubs et équipe nationale est assez présente dans la tête de nos optimistes. « Il y a des Anglais à City et Chelsea », justifie Joshua entre deux gorgées de flotte. Et voilà comment on se retrouve avec une Angleterre cotée à 7 par les bookmakers qui ne voient que les Bleus (cote à 5) devant elle. Ça ne plaît pas des masses au sélectionneur : « les bookmakers ne sont pas idiots. Ils ne veulent pas perdre d’argent. Mais peut-on dire qu’on est devant le Portugal, qui a remporté une Ligue des Nations et un Euro ? Ou la France, championne du monde ? Ou la Belgique, classée n°1 depuis quatre ans et qui n’a perdu que deux ou trois matchs ? »

La remarque serait presque méchante pour son équipe si l’ironie ne servait pas une noble idée : protéger le vestiaire de l’engouement irrationnel de l’Angleterre pour son équipe nationale, que José Mourinho compare à la ferveur brésilienne dans une tribune pour le Sun.

« L’Angleterre est probablement – avec le Brésil – l’un des deux pays les plus difficiles à entraîner en raison des attentes. Ils doivent lutter contre cela. Culturellement, au lieu de les soutenir du premier au dernier jour, nous commençons immédiatement avec une certaine négativité autour d’eux. »

Cette année par exemple, les supporters ont trouvé judicieux de siffler leurs propres joueurs lors des matchs de préparation à l’Euro au prétexte que ceux-ci se sont agenouillés avant le coup d’envoi pour montrer leur engagement dans la lutte anti-raciste. On en vient presque à se demander si jouer autant de matchs à domicile (un parcours à 6 rencontres sur 7 à Londres est possible) est vraiment un cadeau pour les Three Lions quand on sait de quoi leurs fans sont capables.

Darren Tulett, célébrissime caution britannique de beIN Sports : « C’est un pays de fous, avec énormément de pages écrites dans tous les journaux, ça met une pression dingue. Si l’Angleterre termine première de son groupe, on peut imaginer qu’il y aura une grande ferveur. Mais si ça ne se passe pas comme prévu, ça peut aller vite dans l’autre sens. »

Espoirs et promesses trahies

Plus il y a d’attentes, plus lourde est la chute. On aurait pu penser que l’échec de la génération Scholes, Gerrard, Lampard​, Rooney ferait rentrer les trois lions dans le rang du foot mondial, que les observateurs ne se laisseraient plus avoir. C’est pourtant criant, cette équipe est poursuivie par un mélange de malchance et de pression populaire. Qui d’autre se fait sortir par un gardien sans gants ou par un arbitre myope incapable de voir un ballon franchir la balle d’un mètre dans les cages ? Et pourtant, avant l’Euro espoirs, ces mêmes Anglais étaient présentés comme l’un des favoris, sinon le grand favori de la compétition. Tout ça pour se faire sortir dès les poules par le Portugal et la Suisse dans l’anonymat le plus total.

« J’ai l’impression qu’on n’apprend jamais de nos erreurs et de nos faiblesses, regrette Tulett. Cette équipe, ça toujours été des promesses qui ne donnent jamais grand-chose. Je m’étonne autour de moi de voir des collègues qui me disent ‘’punaise l’Angleterre à une tête à aller en finale…’’ Mais en fait, vous n’avez rien appris de l’histoire. On a un titre majeur et à part ça ? Aucune finale, aucune finale à l’Euro. »

Et à quiconque oserait brandir l’argument de la Coupe du monde 2018, le présentateur de beIN répond à l’interrogatif. « Qui a-t-on battu ? On perd deux fois contre la Belgique et une fois contre la Croatie. Contre les équipes plus fortes… » Dimanche, les hommes de Gareth Southgate auront l’occasion de contredire cette théorie contre leurs bourreaux du Mondial. Le sélectionneur y croit : « nous sommes capables de battre n’importe qui sur un match. » Il faudra au moins ça pour justifier l’enflammade générale.