Pourquoi Florian Thauvin a bien fait de signer au Mexique

FOOTBALL Le champion du monde 2018 va quitter l’OM pour rejoindre les Tigres de Monterrey. Un pari intéressant financièrement, mais aussi sportivement, malgré ce que peuvent dire les mauvaises langues

Nicolas Stival
Non, Florian Thauvin n'ira pas au Mexique en stop.
Non, Florian Thauvin n'ira pas au Mexique en stop. — Franck Fife / AFP
  • L’arrivée de Florian Thauvin chez les Tigres de Monterrey, au côté d’André-Pierre Gignac, suscite de l’enthousiasme au Mexique.
  • La Liga MX, lucrative, d’un bon niveau et plutôt spectaculaire, peut permettre au Marseillais de marcher sur les pas de son glorieux aîné.

Dans sa chambre d’enfant, Florian Thauvin n’avait sans doute pas affiché un poster de la légende mexicaine Cuauhtémoc Blanco, le spécialiste du coup du crapaud lors de la Coupe du monde 1998. Pourtant, l’attaquant marseillais a choisi de rejoindre la Liga MX plutôt que de prolonger un contrat finissant avec l’OM ou de filer en Premier League, à Crystal Palace.

Forcément, malgré la jurisprudence André-Pierre Gignac, tout content d’avoir attiré son pote aux Tigres de Monterrey, certains esprits chagrins ont toussé. Pour un champion du monde de seulement 28 ans, s’exiler dans le pays de Salma Hayek reviendrait selon eux à une sorte de préretraite, le pot de départ en moins. Même si Thauvin s'est déjà éloigné des Bleus sans quitter la France, puisque sa dixième et dernière sélection remonte à près de deux ans, le 11 juin 2019 en Andorre (0-4). Cette condescendance fait doucement sourire le journaliste franco-mexicain Diego Tonatiuh Calmard, correspondant de Lucarne Opposée et So Foot.


« Déjà, il y a l’argent. Pour Gignac comme pour Thauvin, Tigres proposait davantage que Marseille. Ensuite, c’est loin d’être un mauvais championnat. » Parlons gros sous d’abord. A Monterrey, Flotov palpera cinq millions d’euros par an, pour un contrat de cinq saisons. Selon La Provence, une clause lui permettrait toutefois de partir à l’issue de chaque exercice, si l’épopée tournait court comme pour Andy Delort et Timothée Kolodziecjzak.

« Un pays incroyable »

« Etre payé cinq millions au Mexique, ce n’est pas pareil qu’en France, reprend Diego Tonatiuh Calmard. La vie est moins chère. Il y a des régions avec beaucoup de violence, mais quand tu as assez d’argent et que tu peux vivre dans un quartier "safe", c’est un pays incroyable, au niveau de la culture, de la bouffe, du sens de la fête et de l’accueil. »

Ceci dit, Thauvin n’a pas seulement traversé l’Atlantique pour garnir son compte en banque et actualiser le Guide du Routard. Parlons sport : « je dirais que le niveau est à peu près similaire aux championnats néerlandais ou portugais, juge le journaliste. Peut-être que tu n’as pas une équipe comme l’Ajax ou Porto, mais la Liga MX devient très vite homogène. En France, si tu mets Tigres ou America en Ligue 1, ça se bat pour l’Europa League. Et dans les mauvaises saisons de L1, un de ces clubs peut arriver à accrocher la troisième place. »

Depuis le début de l’ère Gignac, en 2015, sept écuries différentes se sont partagé neuf titres domestiques, entre championnats d’ouverture et de clôture (Pachuca, Tigres, Chivas, Santos, Club América, Monterrey, Léon). On est loin de la « tyrannie » munichoise en Bundesliga. Il y a du suspense, même si la hiérarchie sur le long terme est plus définie. « On peut parler de quatre grands clubs historiques, détaille Diego Tonatiuh Calmard. Ils sont trois à Mexico, avec l’América, qui est le plus grand, l’un des plus riches, le plus arrogant aussi, avec beaucoup de supporteurs, mais aussi Cruz Azul et les Pumas. Et puis Chivas à Guadalajara. »

Les souvenirs d’Emana

Achille Emana a justement évolué à Cruz Azul (2013-2015), au fil de ses pérégrinations qui l’ont conduit du TFC en Espagne, en passant par l’Arabie saoudite, Dubaï, le Japon et l’Inde. En 2014, six ans avant Gignac, le globe-trotteur camerounais avait remporté la Ligue des champions de la Concacaf, en plantant un triplé – « le premier de ma carrière » – pour son premier match.

« Sur Instagram, j’ai plein de supporteurs qui me demandent de revenir », sourit l’inépuisable milieu (39 ans le 5 juin) libre de tout contrat, qui s’entraîne avec un préparateur physique dans son domicile sévillan, en attendant de trouver un dernier défi. « J’ai joué à Cruz Azul mais aussi à Cancún [avec le club de l’Atalante CF en 2015] et franchement, je me suis fait plaisir. Parfois, les gens en France se font une mauvaise idée du championnat mexicain. Mais chaque championnat a ses spécificités. En Ligue 1 ou en Italie, le jeu est plutôt fermé. Au Mexique, c’est ouvert, comme en Espagne. Toutes les équipes essaient de pratiquer du beau football. »

Diego Tonatiuh Calmard acquiesce :

Ici, un Dijon – Metz qui finit sur un 0-0 avec à peine cinq tirs de chaque côté, ça n’existe pas. Le championnat n’est pas très fort défensivement. Alors oui, on peut dire que la Ligue 1 est meilleure, mais la Liga MX est plus intéressante à suivre. C’est un peu la Premier League d’Amérique latine, avec beaucoup d’internationaux argentins, colombiens ou chiliens. »

Pas sûr que la comparaison avec l’Angleterre emballe Thauvin, dont le passage à Newcastle reste aussi peu mémorable que celui de Jérémy Ménez au Club América.

Tigres, des finances en béton

En déficit de popularité par rapport à ses rivaux, les Tigres ont décidé de mettre le paquet pour briller à l’échelon national et continental. « Depuis dix ans, Tigres et Monterrey, le grand rival de la ville que l’on appelle aussi les "Rayados", sont en train de faire leur place, ils gagnent beaucoup de titres. Ce sont deux clubs très soutenus sur le plan économique. Tigres, c’est le club de l’université de l’État du Nuevo León, mais surtout une boîte de construction, Cemex, qui investit des sommes colossales. »

Si, à la différence des clubs de la capitale, ceux de Monterrey suscitent au mieux une indifférence polie dans le reste du Mexique, le derby génère une passion débordante dans la troisième ville du pays (1,1 million d’habitants), située au nord-est, pas très loin de la frontière des Etats-Unis.

Le bonheur de Gignac

Cette ambiance n’a laissé que des bons souvenirs à Achille Emana. « Pour les supporteurs, je mets le Brésil en premier, puis l’Espagne et l’Argentine, et le Mexique en quatrième position, assure l’ancien Pitchoun du TFC. Quand les gens aiment un club, ils sont à fond derrière lui, qu’il gagne ou pas. Gignac, je peux vous dire qu’il est plus heureux aujourd’hui au Mexique qu’à Toulouse ou Marseille ! »

Pour l’ancien coéquipier de « Dédé » à Toulouse, pas de doute, « Thauvin va se faire plaisir s’il prend les choses avec sérieux. S’il ne se laisse pas distraire par la vie du dehors, il va s’amuser ». On ne sait pas si, en 2022, une flopée de Florian vont voir le jour dans les mentalités de Monterrey. Mais l’ancien Bastiais part avec un a priori favorable, tout en restant nimbé de mystère, selon Diego Tonatiuh Calmard.

Thauvin, star méconnue ?

« Les supporteurs ont très bien réagi à son arrivée. Mais c’est surtout le côté français et le label Coupe du monde qui y fait car la plupart des Mexicains ne connaissaient pas ce joueur. La Ligue 1 n’est presque pas regardée et mine de rien, Thauvin n’a pas de matchs référence en équipe de France ni en Coupe d’Europe. C’est une surprise pour beaucoup de supporteurs des Tigres de voir que ce joueur a été champion du monde. Ils sont allés voir sur Internet. »

Ils ont peut-être aussi écouté l’entraîneur de leurs rivaux des « Rayados ». Interrogé par Fox Sports Mexique, Javier Aguirre a salué « un joueur extraordinaire » et une arrivée qui « donne du prestige au football mexicain ». Avec un championnat de bon niveau sans être extraordinaire et des défenses parfois aussi généreuses que les salaires versés, Thauvin a peut-être trouvé l’Eldorado, comme Gignac avant lui…