« J’ai refusé des sponsors pour des raisons écologiques », confie Nikola Karabatic

INTERVIEW DU LUNDI Le handballeur, star du PSG et de l'équipe de France, évoque son militantisme pour la protection de l'environnement

Propos recueillis par Alexia Ighirri

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Nikola Karabatic évoque pour «20 Minutes» son engagement pour l'écologie (Archives)
Nikola Karabatic évoque pour «20 Minutes» son engagement pour l'écologie (Archives) — POL EMILE/SIPA
  • Comme chaque lundi, 20 Minutes donne la parole à un acteur ou une actrice du sport qui fait l’actu. Cette semaine, place à Nikola Karabatic.
  • Le handballeur s’engage pour la lutte contre le réchauffement climatique. Grâce à sa notoriété, il tente de sensibiliser le grand public et milite pour que les clubs et dirigeants prennent davantage en compte l’écologie dans leurs décisions.

On est habitués à le voir s’engager sans compter dans la défense adverse pour prendre la direction du but. Mais le handballeur Nikola Karabatic s’engage aussi pour la lutte contre le réchauffement climatique. Se servant de sa notoriété pour sensibiliser le grand public, il veut embarquer ses collègues sportifs et espère convaincre clubs et dirigeants à prendre en compte l’écologie dans leurs décisions.

D’où vient votre conscience écolo ? Quel a été le déclic pour mettre votre notoriété au service de la défense de l’environnement ?

Ça date d’il y a une dizaine d’années, avec une vraie prise de conscience de l’urgence climatique et écologique dans laquelle on est. C’est devenu plus important encore avec la naissance de mes enfants, en se rendant compte de l’état de la planète dont ils vont hériter. Quand j’étais jeune, je n’avais que le hand en tête. Tout ce qu’il y avait autour, ça me touchait mais ce n’était pas le plus important alors dans ma vie. Aujourd’hui le hand c’est toujours important, mais j’ai compris beaucoup de choses en grandissant : comment fonctionne le monde, la société, la politique… Je me sens vraiment citoyen et plus « que » handballeur.

Quels sont vos gestes écolos du quotidien ?

En famille, on a énormément réduit voire quasiment enlevé la consommation de viande et de poisson. Quand on en consomme, on fait en sorte que ce soit de la viande de qualité, d’élevages respectueux des animaux, et sur des circuits courts. On achète dans des commerces de proximité et pas dans de grandes enseignes dont l’argent part dans des paradis fiscaux ou dans des fonds d’investissement : on essaye d’être acteur avec notre carte de crédit et notre carte d’électeur aussi. Pour les déplacements, on n’a pas de voiture, on se déplace à vélo, on essaye de ne prendre que le train. On trie les déchets, même si on aimerait en faire un peu plus : on est en appartement donc le compost est un petit peu compliqué.

Justement, quels sont vos freins ?

Les déplacements avec l’équipe, en France, se font majoritairement en train. Mais en coupe d’Europe, on est contraint de prendre l’avion. En fait, il y a énormément d’actions qu’on ne peut pas mener individuellement. Par exemple, l’interdiction d’emballages plastiques doit émaner de la décision des politiques, l’annulation de certaines lignes d’avion aussi.

Dans les vestiaires, il est plus simple de discuter du système de défense de votre équipe ou de défense de l’environnement ?

Il y a beaucoup de générations différentes dans le vestiaire. Et c’est plus facile d’en parler avec les plus anciens. Je remarque que ceux qui sont pères de famille sont vraiment sensibles à la lutte contre le réchauffement climatique. Entre nous, on se demande si on a vu le dernier reportage sur le sujet, on en discute… Quant aux plus jeunes, ils savent mais ça leur passe un peu au-dessus de la tête (il sourit). J’en vois encore certains, et ça m’afflige, qui utilisent des bouteilles d’eau en plastique alors qu’ils ont les moyens de s’acheter une gourde.

Des choses se mettent en place, avec entre autres la « Zone verte » dans la ligue de hand (lire encadré). Un exemple parmi d’autres que des choses concrètes arrivent…

Oui, et je suis aussi engagé avec Julien Pierre, l’ancien rugbyman, qui avec « Fair play for planet » va créer un label pour les clubs sportifs respectant une charte pour l’environnement avec un cahier des charges assez dur validant les différentes démarches des clubs. Voire de compétitions. Le label, c’est quelque part donner des notes aux fédés, et peut-être que dans le futur, au niveau gouvernemental, on pourrait décider d’aider les fédés bien notées. Et celles qui ont des moins bonnes notes, leur enlever par exemple des subventions… On va créer aussi une charte du sportif engagé. Ce sont des choses comme ça qui vont trouver écho auprès des clubs, des fédérations, qui vont alors vouloir se rattacher au train. Certains par vraie volonté, d’autres un petit peu par greenwashing mais c’est pas grave, l’important c’est d’y arriver.

Des choses vous chagrinent-elles encore dans le haut niveau ?

Quand on voit par exemple la réforme de Ligue des champions au foot avec plus d’équipes, plus de matchs, ça ne va pas dans le bon sens en fait. Enormément d’équipes dans certains sports, et notamment ceux qui ont plus de moyens financiers, prennent encore des avions pour faire des déplacements de 30 minutes : ce ne sont pas de très bons signaux. Il a été décidé que l’Euro de foot se joue dans je ne sais pas combien de villes, ce qui va induire un nombre de déplacements impressionnants de fans et supporters, et on sait que c’est là-dessus que le sport a un énorme impact négatif sur l’environnement… eh bien on voit que ça reste compliqué. Et je ne suis pas très optimiste là-dessus.

Est-ce que vous appliquez des normes écolos au niveau du sponsoring ? Vous en avez refusé pour cette raison ?

Oui, j’essaye de challenger mes sponsors personnels. Et puis, quand Butagaz, qui a créé une fondation qui œuvre à la rénovation énergétique des bâtiments, m’avait proposé de faire quelques actions avec eux et je leur ai demandé de siéger à la fondation. Donc je fais partie du board et j’en suis super heureux. Il m’est arrivé récemment de refuser des sponsors pour cela, oui. Je peux aujourd’hui me permettre de faire le tri et de choisir des partenaires qui sont dans le même état d’esprit.

Vous êtes attentif à l’actualité autour de l’écologie, comme celle de la loi Climat par exemple. Ce n’est pas si évident de prendre position dans un tel débat politique…

C’est vrai que c’est un dossier politique, et en même temps la politique ça nous touche tous en tant que citoyen. La politique c’est la chose publique, l’erreur serait de s’en déconnecter et de la laisser aux seules mains de ceux qui nous gouvernent. Non, ceux qui nous gouvernent sont là pour nous servir. Qu’on le veuille ou non on fait tous de la politique. Pour moi maintenant c’est important de me tenir au courant de ce qui est fait, de savoir les lois qui sont passés, de voir que la loi Climat n’est pas à la hauteur, de voir que la Convention citoyenne qui a été une initiative géniale a vu ses propositions retouchées. Je vois qu’on avance mais pas assez vite.

D’autres handballeurs se sont lancés en politique… Verra-t-on un jour votre nom sur une liste écolo à des élections ?

Je sais pas du tout, c’est compliqué à dire. Moi je rêverai d’être tiré au sort comme dans le film Demain de Cyril Dion, où l’on voit que les meilleures formes de démocratie sont sur tirage au sort. Un peu comme la Convention citoyenne : tu es tiré au sort puis tu bosses et t’impliques. J’ai un engagement politique par ce que je fais en tant que citoyen, mais le faire en étant sur une liste, pour l’instant non.

On a l’impression que vous regrettez de ne pas avoir été tiré au sort pour la Convention citoyenne…

(Rires) Non, je n’aurais pas eu le temps de toute façon ! Mais j’ai trouvé l’initiative super et je pense que ça nous a donné beaucoup d’espoir. 

Comment s’assurer qu’il y aura d’autres ambassadeurs à venir derrière vous ? Est-ce que faire de la sensibilisation dans les centres de formation pourrait être une clé ?

Je ne sais pas si ça peut être intégré à la formation aux joueurs. Je pense que ça doit avant tout être intégré à l’éducation, à la sensibilisation dans les écoles. Le film Demain en parle d’ailleurs : l’éducation c’est un des piliers pour la transition. Au niveau des centres de formation, je pense que certains ont des sensibilités, d’autres non, mais en fait il faut que ça vienne d’au-dessus : le club c’est un peu notre Etat quand on est sportifs de haut niveau. Il faut donc que les clubs s’engagent dans cette voie. Je pense qu’aujourd’hui ils ont tous des responsables RSE, enfin j’espère, mais il faut sans doute qu’un ou deux joueurs de leur équipe viennent les challenger là-dessus. C’est compliqué aussi parce qu’on voit qu’au hand, comme au foot, ils sont aujourd’hui un peu plus centrés sur leur survie économique avec la crise du coronavirus qui a touché leur modèle économique.

Est-ce qu’il est plus facile de s’engager quand on a votre statut de joueur accompli, célèbre et qui n’a plus rien à prouver ?

Je sais pas si c’est plus simple (Il hésite)… Peut-être, parce que j’ai atteint tous mes rêves, même si j’ai encore des choses à faire dans ma carrière active. Le fait d’avoir atteint tous mes objectifs m’a aidé peut-être à m’en fixer d’autres et un petit peu hors handball. Je vois des jeunes joueurs qui s’engagent, mais c’est vrai que ce sont souvent des sportifs avec plus d’expérience qui commencent à prendre conscience qu’ils peuvent se servir de leur notoriété à bon escient. Moi ce que j’attends des sportifs que j’admire, ce n’est plus seulement des résultats sur le terrain mais aussi ceux qui font bouger les choses. Mais je pense que l’enjeu primordial aujourd’hui c’est de réussir à toucher nos dirigeants, nos politiques, parce que ce sont eux qui ont le vrai pouvoir de décision et de changements.

La « Zone verte », née à l’initiative des joueurs et de l’Association des joueurs professionnels de handball (AJPH), est un programme écoresponsable qui cherche à impliquer le hand français dans un modèle de développement durable. Lancée en février, cette « Zone verte » promeut par exemple la lutte contre les plastiques et papiers à usage unique, en remplaçant les bouteilles d’eau en plastique jetables par des gourdes réutilisables lors de matchs.