Les Fédérations des sports de salle lancent un appel de détresse à l’Etat

AU SECOURS Le CNOSF a réuni mercredi une dizaine de présidents et présidentes de fédérations des sports de salle pour appeler l’état au secours, après un an de mise à l’arrêt total de leurs activités

Aymeric Le Gall

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Les représentants des fédérations des sports de salle étaient réunis jeudi pour appeler l'état au secours.
Les représentants des fédérations des sports de salle étaient réunis jeudi pour appeler l'état au secours. — ©CNOSF/KSMP
  • Les représentants des fédérations des sports de salle étaient réunis jeudi au siège de la Maison du Sport Français pour lancer un appel à l’aide au gouvernement.
  • Un an après l’arrêt quasi total des compétitions, toutes les fédérations sans exception se retrouvent dans une situation financière et morale très compliquée.
  • Car au bout de la chaîne sportive, et sans aide de l’Etat, ce sont des milliers de petits clubs qui sont menacés de disparition.

Une fusée de détresse, un appel au secours, appelez ça comme vous voulez. Jeudi, le CNOSF  et son président Denis Masseglia avaient donné rendez-vous aux médias à la Maison du Sport Français, dans le 13e arrondissement de Paris, pour évoquer, en présence d’une dizaine de présidents et présidentes des fédérations des sports de salle, la situation dramatique dans laquelle ces derniers se retrouvent, un an après le début de la pandémie de Covid-19 et l’arrêt des compétitions. Et pour réclamer d'urgence un plan de relance, sous peine de voirs les clubs tomber un à un au champ d'honneur. 

Pour résumer, toutes les fédérations dont le sport se pratique avec un toit au-dessus de la tête avaient leur chaise réservée sur l'estrade. Du hand au basket en passant par les sports de combat, de glace ou encore le bowling et les jeux de quilles, si si, la famille était au grand complet. « C’est pas tous les jours qu’on a une dizaine de présidents et représentants fédéraux réunis », note Denis Masseglia en introduction. Ambiance union sacrée. « On est là pour lancer un cri d'alarme. On peut espérer que les Jeux de Tokyo feront apparaître la lumière au bout du tunnel mais pour l’instant, explique-t-il, pour les sports en salle français, il y a un tunnel mais il n’y a pas de lumière ». Le décor est planté.

Fuite des licenciés, trous dans les budgets

Un à un, chaque représentant va prendre la parole pour expliquer, PowerPoint de Jacques-Henri Eyraud à l’appui, la détresse dans laquelle sa fédération est plongée depuis le début de la crise sanitaire. « Certains sports n’ont pas vu l’ombre d’une compétition depuis près d’un an, hallucine Jean-Pierre Siutat, le président de la fédération française de basket. Or nous représentons, tous ensemble, plus de deux millions de licenciés et plus de 27.000 clubs en souffrance. » « Il est question de la survie des fédérations, mais il est surtout question de la survie de nos clubs et de nos sports », embraye Eric Tanguy, son homologue du volley-ball.

D’abord quelques chiffres, histoire de bien comprendre de quoi on parle. Entre mars 2020, date du premier confinement national, et février de cette année, les fédés en question ont perdu :

  • Entre 15 % et 57 % de leurs licenciés
  • Entre 18 % et 40 % de leurs rentrées financières

Au micro, Nadir Allouache, le président de la fédération de kick boxing, veut interpeller les services de l'état. « J’espère que cette conférence pourra porter ses fruits, parce que c’est un peu notre dernier recours. On ne compte plus les dizaines de courriers envoyés au ministère, au gouvernement, les lettres ouvertes, les visioconférences, et à l’arrivée on a eu quoi ? Rien. A part un peu de chômage partiel mais ce n’est pas suffisant. On leur dit quoi à nos enfants quand ils nous demandent quand ils pourront revenir ? Depuis le mois de décembre, le ministère et le gouvernement nous ont totalement oubliés », lâche-t-il avec des trémolos dans la voix.

« Reviens gamintu vas pas rester tout seul dans ce bois ! »

Des réponses, un plan, une vision, voilà ce qu'il sont toutes et tous venus appeler de leur voeux jeudi. Car pendant ce temps là les mômes se font la malle vers le plein air pendant que papa demande le remboursement de la licence du petit dernier. « On comprend leurs réclamations, leur colère, leurs interrogations, mais ça va être une catastrophe économique si on doit tout rembourser », prévient Gilles Erb, le président de la Fédération de tennis de table.

Certains ont déjà commencé à mettre la main à la pâte, comme la fédé de hockey sur glace qui a déjà lâché 20 % de son budget pour soutenir ses clubs les plus en difficultés. Le hand aussi à du tâper dans le trésor de guerre pour donner de l'oxygène au bas de l'échelle. Ce qui n'empêche pas Philippe Bana de regretter « l'absence de soutien de la part de l’Etat » et d'avertir :  toutes fédé confondues, « c’est presque 50 % des bénévoles qui vont disparaître, c’est dramatique ».

Et sans bénévoles, plus de clubs. « Si on perd toutes ces associations, on va faire quoi ?, s’inquiète Gille Erb. Avec leur disparition, c’est tout un idéal de société qui s’envole ». « Qu’est-ce que le petit club de sport de quartier si ce n’est un vecteur de sociabilisation », rappelle de son côté le président de la fédé de savate, qui s’inquiète de voir « les gamins livrés à eux-mêmes dans les rues ».

« Le match le plus important de nos vies » 

Sans aucune vision à court ou moyen terme et sans un calendrier plus ou moins précis quant à une éventuelle date de reprise des activités, tous craignent aujourd’hui une lassitude de leurs licenciés. « Peut-être même un désamour...  », réfléchit Céline Mothes. Pour éviter que ça arrive, les présidents ont donc appelé le ministère des sport à lui fournir des réponses rapides pour « un retour des pratiquants dans les clubs dès que possible (surtout les jeunes) selon des protocoles sanitaires adaptés et un soutien significatif pour doter les clubs de masques sportifs ». 

Les sports de salle réclament également la création d'un fonds de soutien direct pour leurs fédérations, « beaucoup plus touchées que les sports en extérieur », et la création d’emplois aidés pour accompagner les clubs en vue d’une relance dès l'été 2021. « Nous allons disputer dans les six prochains mois le match le plus important de nos vies », prévient Bana. Et si possible avec l'état français titulaire en pointe.