FC Nantes : Pourquoi ça n’a pas marché du tout entre Raymond Domenech et les Canaris

FOOTBALL Arrivé fin décembre à la Jonelière, l'ancien sélectionneur a été limogé (avec son adjoint Robert Duverne) par la direction nantaise

David Phelippeau
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Raymond Domenech.
Raymond Domenech. — Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA
  • Après un mois et demi à Nantes, Raymond Domenech a été licencié de son poste d’entraîneur.
  • Avec l’ancien sélectionneur sur le banc, les Canaris n’ont pas remporté une victoire en sept rencontres.
  • 20 Minutes fait le point sur ce qui n’a pas fonctionné pour Raymond Domenech à la Jonelière.

46 jours. Raymond Domenech, qui, le 31 décembre, se disait « heureux » et qui partageait « son plaisir » de retrouver les terrains de football après dix ans d’absence, n’est déjà plus l’entraîneur du FC Nantes. La direction réfléchissait à s’en séparer depuis une quinzaine de jours. C’est chose faite alors que le coach est actuellement à l’isolement en raison d’un test positif puis négatif au Covid-19.

La scène qui s’est déroulée sous ses yeux, dimanche, lui avait sans doute donné une indication sur son sort. Avant le coup d’envoi de Nantes-Lille (0-2), dans le vestiaire, il avait vu le président Waldemar Kita, motiver les joueurs un par un comme pourrait le faire un technicien… Le successeur de Christian Gourcuff n’aura donc gagné aucun match en sept rencontres, réalisant pire ratio de points gagnés par match (0,57) que Gourcuff (1), Cardoso (0,75) ou Girard (1) et étirant la série d’insuccès des Canaris à quinze matchs. Pourquoi cela n’a pas du tout marché pour celui qui clamait encore mardi qu’il n’abandonnerait pas ? Explications.

Des résultats compliqués et un jeu en berne

Fin janvier, Raymond Domenech avait parlé d’un calendrier digne de « l’Alpe d’Huez ». Depuis son arrivée fin décembre, ce fut le plus souvent de la haute montagne pour les Canaris. Sur les sept matchs avec Domenech sur le banc, le FCN a dû s’employer contre cinq des sept premiers actuels de la Ligue 1 : Lille (1er), Monaco (4e), Rennes (5e), Lens (6e) et Metz (7e). Contre des adversaires moins huppés, le FCN a fait match nul (1-1) à Montpellier et à Saint-Etienne (1-1).

L’ancien sélectionneur des Bleus a essayé sans jamais trouver la clé sur le plan tactique. Sa formation n’a jamais progressé dans son expression collective de manière constante. Sporadiquement, les Canaris ont semblé être sur la bonne voie comme à Saint-Etienne (1-1), mais sont vite retombés dans leurs travers le match d’après, laissant encore et encore entrevoir une équipe très fébrile défensivement et dénuée d’ambition offensive

Domenech ne peut évidemment pas endosser toute la responsabilité tant il n’a pas été aidé par des joueurs dépassés et plus du tout à leur niveau (Pallois, Louza, Girotto, Coco etc.).

Un Domenech jamais dans la peau du sauveur

Le jour de sa présentation, Domenech avait insisté sur le fait que malgré son contrat court, il ne se voyait pas du tout comme « un pompier de service ». Le technicien n’a jamais voulu se mettre dans la peau d’un chef de commando comme avaient pu le faire avant lui, Sergio Conceição et Vahid Halilhodzic. On a toutefois cru que son côté paternaliste auprès des joueurs et son calme au quotidien pouvaient donner davantage de confiance aux joueurs… En vain.

Il lui a été reproché un grand laxisme dans sa gestion humaine. Son credo : responsabiliser au maximum les joueurs. Une méthode possible peut-être avec des Zidane, Thuram ou Vieira, mais beaucoup plus compliquée avec un groupe manquant de leaders et au sein duquel la conscience professionnelle de certains laisse sérieusement à désirer. Les exemples de l’incurie des joueurs sont légion.

Le matin de Nantes-Lens, le petit-déjeuner et la marche étant facultatifs pour Domenech, des joueurs se sont levés juste avant 11h pour un match prévu à 15 h. Deux fois au moins, après des défaites, les joueurs furent surpris de voir leur coach ne pas animer la séance de décrassage. Pendant une de ses absences, un lundi, et alors que Domenech avait un rendez-vous médical, une réunion entre la direction et les joueurs s’était même tenue sans lui. Interrogé sur son manque de poigne, l’ancien sélectionneur des Bleus avait tenté d’expliquer maladroitement : « N’allez pas me dire que c’est parce qu’il y en a un qui est arrivé deux minutes en retard au petit-déjeuner qu’il y a un manque d’autorité… » A la Jonelière, le manque d’un vrai directeur sportif ou d’un président (Waldemar Kita) au quotidien n’a pas contribué à corriger ce laxisme du technicien.



Des relations pas sereines en internes

Lorsque Domenech a signé, le président Kita lui a demandé s’il souhaitait venir avec un adjoint. RD avait choisi Robert Duverne. La relation de ses deux hommes n’a pas été simple avec l’ancien staff, surtout Patrick Collot (adjoint) et Cyril Moine (préparateur physique). Le premier, qui avait assuré l’intérim entre Gourcuff et Domenech, a eu du mal à trouver sa place. D’autant que le président Kita avait annoncé qu’il prendrait un coach… sans adjoint.

Raymond Domenech, c’est le choix de Waldemar Kita, poussé notamment par son ex-conseiller sportif Gilles Favard (proche de l’ancien sélectionneur). Son fils Franck Kita, directeur général délégué, et Philippe Mao, coordinateur sportif, n’étaient pas du tout emballés par cette nomination. Comme souvent au FCN de Kita, les derniers jours du mercato ont fait émerger quelques tensions entre le président et l'entraîneur, notamment sur le dossier de l’ancien attaquant de Rennes, Nelson Oliveira. C’était la priorité de Domenech. Kita ne l’a pas entendu de cette oreille. Dans les dernières heures, l’ancien sélectionneur a retoqué des dossiers menés par la direction (Ounas, Mendoza). Des refus qui ont accentué le fossé déjà très grand entre la direction et Domenech.