Champions Cup : Et si l’Europe du rugby parlait français en 2021 ?

RECONQUETE Dans la foulée du XV de France, les clubs tricolores signent un début de Champions Cup tonitruant. La deuxième journée est programmée de jeudi à dimanche

Nicolas Stival
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Damian Penaud et Clermont sont allés écraser les Anglais de Bristol (38-51), lors de la première journée de Champions Cup.
Damian Penaud et Clermont sont allés écraser les Anglais de Bristol (38-51), lors de la première journée de Champions Cup. — Geoff Caddick / AFP
  • Ce week-end, les clubs français vont tenter de confirmer leur excellent début de campagne en Champions Cup.
  • Toulouse et Lyon pourraient gagner sur tapis vert.
  • Consultant pour beIN Sports, Julien Candelon revient sur la très bonne passe tricolore, plus structurelle que conjoncturelle.

Après l’une des pires décennies de son histoire, le XV de France est sur la voie de la renaissance. Et nos clubs, auteurs d’une entrée tonitruante en Champions Cup le week-end dernier, semblent lui emboîter le pas. Hormis Montpellier, coulé à domicile par un Leinster intraitable (14-35), les sept autres représentants tricolores de cette édition à 24 clubs « spéciale coronavirus » ont gagné, parfois joliment (UBB, La Rochelle, Toulon, Toulouse, Clermont, Lyon, Racing 92).

Des performances à confirmer bien entendu dès la deuxième journée, de vendredi à dimanche, mais qui ont conquis Julien Candelon. L’ancien international à XV et à VII, aujourd’hui consultant pour beIN Sports, s’avoue agréablement surpris : « Les clubs français ont réussi leurs débuts alors qu’ils ont été perturbés dans leur préparation par l’absence des internationaux [retenus pour la fin du Tournoi des VI Nations et la Coupe d’Automne], par la gestion du Covid qui a frappé certains d’entre eux et alors qu’ils devaient gérer un format de compétition stressant. »


Avec seulement quatre matchs de poule au lieu de six lors des éditions précédentes, le droit à l’erreur se trouve presque réduit à néant. « De plus, le jeu développé était souvent très séduisant », reprend Candelon. On pense ici (notamment) à Clermont, Toulouse ou Lyon, vainqueurs avec le bonus offensif.

Le Covid s’invite

Les deux dernières formations n’auront pas le loisir d’enchaîner ce week-end, respectivement contre Exeter et Glasgow. Ces matchs ont été annulés pour cause de cas de Covid dans l’effectif du club anglais champion d’Europe, qui a torpillé dimanche dernier la formation écossaise (46-0), laquelle se retrouve donc avec une vingtaine de cas contact contraints à l’isolement.

En attendant le verdict de l’EPCR, grand manitou des épreuves continentales (victoire avec bonus pour les deux équipes françaises ?), Julien Candelon a vu son programme du week-end allégé, puisqu’il devait se rendre dimanche à Ernest-Wallon. L’intenable doublette qu’il forme avec le journaliste Rodolphe Pirès se « contentera » d’un sympathique Scarlets (pays de Galles) – Toulon ce vendredi (en cabine) et d’un très alléchant Clermont – Munster (Irlande) samedi.

Clermont-Munster, « le gros match du week-end »

« C’est le gros match du week-end, salive déjà l’ancien ailier. L’ASM donne l’impression d’être taillée pour l’Europe. Quand on compare ses deux dernières prestations [défaite à domicile 15-21 contre Montpellier en Top 14, puis succès à Bristol 38-51], on voit qu’elle sait hisser son niveau de jeu. En face, le Munster reste sur huit succès d’affilée, sept en Pro 12 [ex-Ligue celte] et un contre les Harlequins en Champions Cup [21-7]. »

Pour le spécialiste, les sept équipes françaises victorieuses d’entrée peuvent rêver des quarts de finale. Ce serait aussi sublime qu’historique, mais il faudra guetter le réveil des Anglais. Ceux-ci ne renouvelleront pas tous les week-ends leur piteux 2/8 initial…

Par ailleurs, la performance des Tricolores pourrait relever davantage de la lame de fond que de l’épiphénomène. « Les clubs ont récupéré des internationaux pleins d’enthousiasme et de confiance, relève Julien Candelon. La règle qui limitait le nombre de matchs par joueur à trois a permis de faire une revue d’effectif, et voir que le rugby français pouvait compter sur un vivier assez conséquent dont on n’avait pas l’habitude. Tous ces joueurs ont envie de faire partie de l’aventure du prochain Tournoi des VI Nations. Bien figurer en Coupe d’Europe peut leur ouvrir des portes. »

Talents français et étrangers au diapason

Des anciens troisièmes choix en Bleu comme l’ouvreur toulonnais Louis Carbonel ou le troisième ligne bordelo-béglais Cameron Woki, présents lors du quasi-exploit à Twickenham, ont ainsi brillé en Champions Cup. Si l’on ajoute à ces talents français, ceux des Kolbe (Toulouse), Skelton (La Rochelle) et Matsushima (Clermont), entre beaucoup d’autres, on se dit que Toulon, dernier vainqueur français de la « grande » Coupe d’Europe en 2015, n’aura plus longtemps à attendre son successeur.