Nantes : Emile Amoros et Lucas Rual, un duo en vogue pour les Jeux olympiques

2021 A DU TALENT L’année 2021 a débuté et « 20 Minutes » vous présente celles et ceux qui vont l’animer par leur créativité, leur performance ou leur bienveillance

David Phelippeau

— 

Emile Amoros (au premier plan) et Lucas Rual.
Emile Amoros (au premier plan) et Lucas Rual. — @sailing energy
  • En ce début d’année, 20 Minutes vous présente celles et ceux qui feront l’actu en 2021 grâce à leur action associative, leur performance sportive, leur esprit d’entreprise ou leur créativité.
  • Emile Amoros et Lucas Tual, tous deux 24 ans et licenciés en Loire-Atlantique, ont une grande chance de médaille aux JO l’été prochain à Tokyo dans la catégorie skiff australien.
  • Les deux hommes, adversaires quand ils étaient jeunes, sont bien différents, mais très complémentaires sur l’eau.

Minots, ils étaient adversaires sur l’eau. Aujourd’hui, à 25 ans, Emile Amoros et Lucas Rual représentent une chance de médaille pour les JO de Tokyo en 49er, une classe de dériveur léger monotype à deux équipiers, appelée aussi skiff australien. Le premier habite à Pornic et est licencié au club de la commune. Le second vit à Muzillac, à côté de Vannes, et est pensionnaire de l’ APCC Voile de Pornichet. Les deux sont inséparables depuis 2013, année durant laquelle ils se sont associés et ils sont devenus deux fois consécutivement champions du monde en 29er (autre classe de voilier). Le début d’une histoire sportive et humaine d’un duo de personnalités bien différentes. Emile, l’équipier, agit davantage au feeling et attache plus d’importance au relationnel. Lucas, le barreur, est plus introverti, plus cartésien, moins disert.

Emile Amoros et Lucas Rual, duo inséparable.
Emile Amoros et Lucas Rual, duo inséparable. - @Louis Vialle

« On est complètement différents, mais notre complémentarité est ultra-performante, estime Emile. On ne cherche pas à être pareil, on a essayé, mais on n’a pas réussi. » Les défauts de l’un sont compensés par les qualités de l’autre, et vice-versa. Emile supervise la vitesse, la technique du bateau. « On est toujours sur un fil. Comment jouer avec cette limite, ce fil sur lequel on est pour aller le plus vite possible ? » Lucas gère tous les aspects tactiques, « l’analyse du plan d’eau et des adversaires ».

« C’est une vraie force d’être complémentaire à ce point, observe Lucas, dont la compagne (Julie Bossard) pratique la même discipline. Cette complémentarité augmente le niveau global de notre bateau. Il y a toujours du respect, mais on peut être en contradiction. Le ton monte parfois… » C’est là qu’intervient l’entraîneur Emmanuel Dyen, Savoyard de 41 ans, 10e à Pékin et 6e à Londres en skiff australien. « Je suis la tierce personne, un peu le pacificateur en cas de désaccords. » Des dissensions synonymes selon le coach d'« un degré d’exigence » en adéquation avec le très haut niveau.

Prendre du poids, une obsession !

« Sur l’eau, ils se tirent vers le haut. Chacun sublime l’autre. Ce ne sont peut-être pas les deux plus forts intrinsèquement, mais ils communiquent tellement bien et ils se complètent tellement bien que le duo est performant. » A tel point qu’en décembre 2019, le bateau Amoros-Rual, plus jeune des quatre équipages français, arrache la septième place sur une centaine de participants en Nouvelle Zélande. Un classement déterminant pour être choisi comme bateau olympique un mois après par les différents jurys français. « Ce n’est pas une surprise de les retrouver ici, et c’est loin d’être un hold-up », estime Emmanuel Dyen, entraîneur aussi des différents équipages français.

Le duo ligérien a sept mois devant lui pour préparer les JO. Une période qui réclame un investissement personnel colossal. Sur le plan physique d’abord. Le jour J, « on doit faire 165-166 kg à tous les deux idéalement », explique Emile. Une condition sine qua non pour gagner en aérodynamisme sur le bateau. Avec l’aide d’un préparateur physique, les deux hommes passent ainsi beaucoup de temps à soulever des charges lourdes en salle de sport pour casser des fibres et augmenter leur masse. Prendre du poids est presque devenu une obsession pour ces deux gabarits moyens, 1,80 m pour Emile et 1,70 m pour Lucas. « Ce n’est pas marrant, c’est même fatigant », souffle Emile. « C’est ingrat, corrobore Lucas. On doit prendre du gras qu’on transforme en muscle après. »

Un ancien du GIGN pour la préparation mentale

Dans la tronche, il faut aussi être sacrément résistant pour ces sportifs, qui ont le statut de militaire, ils sont depuis peu membres du Bataillon de Joinville. Emile a intégré l’armée de Terre, Lucas, la Marine. « Soldat Amoros » et « Marin Rual » bénéficient des conseils d’un préparateur mental pas comme les autres. Son nom : Eric Blondeau, qui travaille aussi avec des clubs de rugby du Top 14 ou encore le XV d’Ecosse. Cet ancien du GIGN les aide à gérer le stress et à ne pas se compliquer des situations prévues ou imprévues. Emile Amoros : « A certains moments de la compétition, il faut rester chirurgical sans que la pression n’altère nos capacités mentales et physiques. Une médaille peut se jouer sur une dernière manche. » Et la couleur dans les ultimes secondes…