Claire Supiot en route pour les Jeux paralympiques, 33 ans après les JO de Seoul
NATATION•La nageuse handisport d’Angers, âgée de 52 ans, est atteinte de la maladie de Charcot-Marie-Tooth20 Minutes avec AFP
L'essentiel
- Trente-trois ans après avoir participé aux JO de Séoul, Claire Supiot sera aux Jeux paralympiques de Tokyo l’année prochaine.
- La nageuse handisport d’Angers, âgée de 52 ans, est atteinte de la maladie de Charcot-Marie-Tooth, une neuropathie héréditaire qui touche les nerfs contrôlant les muscles des jambes et entraîne une fatigue chronique.
- Membre de l’équipe de France de natation de 1984 à 1988, elle a à son palmarès neuf titres de championne de France, dont huit aux 200 mètres papillon.
Trente-trois ans après avoir participé aux JO de Séoul, elle sera aux Jeux paralympiques de Tokyo l’année prochaine. « J’ai un peu plus de rides et mes jambes ne fonctionnent plus aussi bien », s’amuse la nageuse handisport d’Angers, Claire Supiot, 52 ans. Atteinte de la maladie de Charcot-Marie-Tooth, une neuropathie héréditaire qui touche les nerfs contrôlant les muscles des jambes et entraîne une fatigue chronique, elle cumulera une participation aux Jeux olympiques et aux Jeux paralympiques dans le même sport, une rareté au niveau international.
« Trente-trois ans après mes premiers JO », où elle avait été éliminée en séries, « la maturité est là et le plaisir encore plus important », confie-t-elle en sortant du bassin de la piscine Jean-Bouin, à Angers. « Cette fois, j’ai l’intention d’aller le plus loin possible, voire de monter sur le podium et marquer l’histoire… », lâche-t-elle. Une ambition confortée par sa récente participation aux championnats de France de natation handisport, les 12 et 13 décembre à Angers, où elle a enchaîné trois records : France sur 100 mètres papillon, Europe sur 50 mètres nage libre et monde sur 100 mètres nage libre.
« Comme un dauphin »
« Cela prouve que tout est possible, à n’importe quel âge, à condition de s’en donner les moyens et d’avoir beaucoup de soutien », lance l’athlète d’Angers Natation, classée « S8 » (les classes vont de S1 à S10, du handicap moteur le plus lourd au plus léger). « Elle a des ressources mentales exceptionnelles », observe Antoine Robelet, 41 ans, nageur handisport dans le même club et atteint de la même maladie. « Elle est capable d’enchaîner plusieurs bons chronos à la suite, quand d’autres seraient épuisés », explique-t-il, rappelant que « lors des récents championnats de France, elle est allée décrocher un record du monde alors qu’elle en était à sa septième course… »
Si elle a besoin d’assistance avant de plonger et ne peut pas pousser sur ses jambes lors des virages, « dans l’eau, je me sens super bien, comme un dauphin », sourit cette brune gracile, mère de trois enfants qui se déplace à l’aide d’une canne bariolée, comme les ongles de ses mains et pieds. Née en 1968 à Angers, elle apprend à nager dès quatre ans et demi. A 13 ans elle part en sport-études à Dinard (Ille-et-Vilaine) où elle est repérée par l’entraîneur Jacques Meslier. « Je n’étais pas la plus douée techniquement mais j’avais le mental », explique-t-elle. Membre de l’équipe de France de natation de 1984 à 1988, elle a à son palmarès neuf titres de championne de France, dont huit aux 200 mètres papillon. Recordwomen de France dans cette catégorie, alors qu’elle a tout juste 20 ans elle réalise son rêve : être sélectionnée pour participer aux JO de Séoul, en 1988. Éliminée en séries, Claire Supiot remise son maillot de bain.
A 52 ans, « elle a le recul pour être encore meilleure qu’en 1988 »
« J’ai eu envie de découvrir autre chose », résume-t-elle. « J’ai découvert le triathlon, je me suis mariée, j’ai eu trois enfants… » Devenue maître-nageuse, c’est un accident au pied qui met au jour sa maladie. Le diagnostic tombe en 2008. « Au début, j’ai nié la maladie. Puis j’ai fini par la comprendre », raconte la nageuse. Salariée du conseil départemental du Maine-et-Loire, où elle est référente handicap, elle reprend le chemin des bassins en 2015, domptant sa fatigue et sa faiblesse musculaire. Entraînée par Maxime Baudry et son frère Marc Supiot, elle multiplie les performances (championne d’Europe sur 50 mètres nage libre en 2018, deux médailles de bronze aux championnats du monde de 2019).
« Faire ce qu’elle fait à 52 ans, c’est simplement exceptionnel », salue Marc Supiot, de cinq ans son aîné. « Elle a une force de travail remarquable et le recul pour être encore meilleure qu’en 1988… » Entre entraînements, kiné ou préparation physique, son emploi du temps, autorisant quelques micro-siestes, est millimétré car il faut déjà préparer la prochaine grande échéance avant Tokyo : les championnats d’Europe de natation handisport, prévus en mai 2021 à Funchal (Madère).



















