Face à « un adversaire qui pourrit le combat », Tony Yoka s’impose aux points, mais avec maîtrise

BOXE L’Allemand Christian Hammer, truqueur et roublard, a poussé le Français à aller jusqu’au bout des dix rounds

David Phelippeau

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Tony Yoka tire la langue, mais pas en raison de la fatigue.
Tony Yoka tire la langue, mais pas en raison de la fatigue. — Loic VENANCE / AFP
  • Victorieux aux points de Christian Hammer, vendredi soir à Nantes, Tony Yoka poursuit sa conquête du titre mondial des poids lourds sans accroc.
  • Le champion olympique 2016 a maîtrisé son combat du début à la fin, mais n’a jamais réussi à envoyer un adversaire très provocateur et parfois à la limite.

Il préfère en rire avec son clan quelques minutes après sa victoire aux points. Tony Yoka, petite bosse sur le front et pommette gauche rougie, montre son épaule gauche, pile là où son adversaire du soir Christian Hammer a essayé de poser ses incisives… Vendredi soir, à la H Arena de Nantes, l’épisode 9 de La Conquête – la fameuse campagne qui doit mener le champion olympique 2016 au titre de champion du monde des poids lourds – a duré plus longtemps que les précédents.

Il a fallu dix rounds accrochés mais maîtrisés pour que Tony Yoka (2,01 m, 108,500 kg, maintenant 9 victoires, dont 7 avant la limite, 0 défaite) fasse plier aux points (100-89 pour les trois juges) l’Allemand Christian Hammer (33 ans, 1, 89m, 117,700 kg, 25 victoires, dont 15 avant la limite, 7 défaites). « Je l’avais annoncé que c’était un adversaire très dur, robuste, analyse Yoka. On se rapproche du top 10 mondial. Il fallait que je passe ce test haut la main. »

Un adversaire roublard et vicieux

Haut la main peut-être pas, mais avec une grande maîtrise certainement. Face à adversaire truqueur, vicieux, roublard, le Français, plus mobile, n’est jamais sorti de son combat. Il aurait vraiment pu, surtout à force de voir le « marteau » (surnom de Hammer) lui lancer des sourires narquois quand il a encaissé des bourre-pifs ou lorsque l’Allemand a foncé tête baissée dans son cou pour gagner du temps et reprendre une respiration coupée, ou encore quand Hammer l’a frappé après pourtant un « stop » de l’arbitre.

« Il accroche, il salit, ce n’est pas propre ce qu’il fait, énumère Yoka, 18e mondial avant ce combat. Il y a eu des chocs de tête à répétition, l’arbitre dit "stop" mais il continue de taper. » Pire encore, « il a essayé de me mordre, préfère en sourire le boxeur français. C’est un adversaire qui pourrit le combat, mais je suis resté concentré. » Et sur toute la durée du duel, ce qui n’est pas simple pour un boxeur habitué à envoyer ses adversaires au tapis à la vitesse du son (K.-O. après 1’27 lors de son dernier duel en septembre)…

« Cela m’a fait du bien de faire dix rounds ce soir, je sais que je tiens la distance physiquement. J’avais besoin de me tester dans la dureté et dans la durée. » Il fallait ainsi remonter à octobre 2017 pour retrouver une trace d’un combat remporté aux points par Yoka (en six reprises contre l’Américain Jonathan Rice). « Si ça avait été un combat en douze rounds, il serait peut-être tombé », estime Yoka, qui aurait évidemment aimé hurler de joie après un nouveau K.-O. Le public absent aurait pu l’y aider. « Peut-être qu’avec des spectateurs quand je l’ai touché plusieurs fois, j’aurais pu continuer à taper. Les spectateurs me manquent. Surtout ceux de Nantes. On avait été agréablement surpris l’année dernière. C’était le meilleur public qu’on avait trouvé. »

Des spectateurs nantais qui ne pourront toujours pas le soutenir, dès le 20 décembre, pour affronter le Croate Milas (25 ans, 1,94 m, 15 victoires, dont 11 avant la limite, 0 défaite) pour le titre vacant de l’Union européenne des lourds.