Mort de Maradona : « On voulait tous être lui », l’hommage d’Omar da Fonseca

FOOTBALL Le consultant a évoqué la vie de footballeur et d’homme du « Pibe de Oro »

B.V.

— 

Maradona soulevant la Coupe du monde de football lors de la victoire de l'Argentine, à Mexico le 29 juin 1986.
Maradona soulevant la Coupe du monde de football lors de la victoire de l'Argentine, à Mexico le 29 juin 1986. — Carlo Fumagalli/AP/SIPA

C’est la première qui passe par la tête de tout journaliste sportif normalement constitué au moment de brainstormer les idées de sujets autour de la mort de Diego Maradona. Faire causer Omar da Fonseca, le plus français des Argentins, comme le dit le cliché consacré, qu’on transformera même en plus volubile des plus français des Argentins. Autant dire qu’il y avait la moitié de la presse française au bout du fil de ce call au consultant BeIN Sports, et que ça valait le coup d’y être.

Pour le sens de la formule d’Omar, son sens de l’histoire aussi. Et ses souvenirs communs avec l’idole. « J’ai eu la chance de jouer contre lui et je me suis entraîné en équipes juniors avec lui aussi… Enfin… Quand il avait décidé de venir s’entraîner, rigole-t-il. Je me souviens d’ailleurs que j’ai joué trois fois contre lui et que deux fois j’ai été mieux noté que lui. Je peux vous dire que j’ai gardé les brochures de presse. Être deux fois mieux noté que le meilleur joueur du monde, logiquement ça fait de vous le meilleur joueur du monde, non ? »

« Ce n’est pas rationnel, explicable »

Il se marre. On s’est souvent demandé comment le consultant le plus exubérant du paf français faisait pour montrer toujours autant de passion dans son commentaire. Mais pour parler de Maradona, ça vient du fond du cœur. « Diego, pour nous, ce n’est pas rationnel, pas explicable. Il a dépassé le cadre du football. C’est un représentant de l’Argentine. J’ai beaucoup voyagé lorsque j’étais joueur, notamment en Afrique, et à chaque fois que quelqu’un voyait mon passeport argentin, il disait “Maradona, Maradona” ! Ça m’est arrivé des milliers de fois ».

Entre deux anecdotes sur une improbable interview à Cuba avec Nagui où il devait faire l’entremetteur et une soirée au Crazy Horse dont il cache pudiquement les détails, Omar décrit son amour pour Diego, un peu au fil des mots. D’abord sur le joueur :

« Avant d’être un mythe, c’était un génie, il faisait des choses que personne ne pouvait faire ni imaginer. Il avait un aspect intouchable dans la façon dont il jouait. Mais en dehors de son toucher de balle, il aimait l’agressivité, il avait ce côté grinta… Il amenait le côté de la rue, tout en étant dans la virtuosité il avait de la malice. C’était un mec qui allait vraiment au mastic, et il faut se rendre compte qu’à l’époque le foot était mille fois plus violent ».

Mais aussi sur l’homme et le mythe qu’il est devenu. « Il était inspirant, on voulait tous être Maradona, on voulait tous être comme lui, poursuit Da Fonseca. Quelque part, il est devenu plus grand que lui-même. Nous, les adorateurs, on a créé l’icône, l’élu. Ce mec sera immortel, il l’était déjà. »

« Il a toujours eu envie d’être avec les autres »

Il raconte comment le gamin d’un des bidonvilles de Buenos Aires avait signé, à 17 ans, un contrat de 20 millions de dollars avec Pepsi. Comment il avait utilisé cet argent pour offrir une nouvelle maison à ses parents. Mais s’était plaint que sa première Ferrari soit rouge, alors qu’il voulait une noire. Diego, quoi. « Il a sans doute franchi la ligne rouge dans sa vie, mais il ne faut jamais oublier qu’il a toujours eu envie d’être avec les autres, synthétise-t-il. Son fond, c’était les autres. Maradona, il s’est fait tout seul, sans avoir rien pris à personne. »​

​ Que va-t-il rester de lui ? « Il va ressurgir de temps en temps, pense Da Fonseca. Dans sa manière dont il parlait du maillot, il transmettait le dépassement, l’esprit guerrier. Vous savez, en Argentine, il y a peut-être 40 % des gens qui n’aiment pas Messi. Mais je ne suis pas sûr qu’il existe une seule personne pour mettre un bémol sur lui. »