Mort de Maradona : « C'est le football qui s'en est allé »… Les Argentins dévastés par la perte de celui qu'ils pensaient immortel

FOOTBALL En Argentine, l'annonce du décès de Diego Maradona a fait l'effet d'une bombe

Aymeric Le Gall avec David Phelippeau

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Un supporter de Boca Juniors en larmes après l'annonce de la mort de Diego Maradona.
Un supporter de Boca Juniors en larmes après l'annonce de la mort de Diego Maradona. — RONALDO SCHEMIDT / AFP
  • Victime d’un arrêt cardiaque dans sa résidence de Buenos Aires, Diego Armando Maradona est décédé mercredi à l’âge de 60 ans.
  • Le Pibe de oro était considéré comme un dieu en Argentine et l’annonce de son décès à créer une véritable tornade de tristesse.

Mercredi, en Argentine, ce n’est pas un cœur – celui de Diego Armando Maradona – qui s’est arrêté, mais bien 45 millions. Dans la foulée de l’annonce du décès du Pibe de Oro, le gouvernement a décrété illico presto trois jours de deuil national. Au bout du fil, à Rosario, l’ancien Nantais Mauro Cetto nous donne le pouls du pays à chaud : « On parle de ça partout à la radio, à la télé. Le pays est sous le choc, il va être en deuil pendant plusieurs jours. » Argentin exilé en France depuis plusieurs dizaines d’années, l’ancien joueur du TFC Angel Marcos n’a pas besoin d’être chez lui pour imaginer la déflagration que l’annonce de la mort de Maradona a dû provoquer.

« Regardez en France, là, toutes les chaînes ne parlent plus que de ça, il n’y a plus de Covid, plus de confinement, plus de Macron qui tiennent. Et pourtant, on peut objectivement dire que ce n’est pas le pays qui a la plus grande culture foot, je vous laisse imaginer ce que ça doit être actuellement en Argentine ! ». « On vient d’apprendre la nouvelle, je suis dévasté, lâche difficilement l'ancien joueur de Nantes Néstor Fabbri, contacté quelques minutes après l’annonce du drame. C’est un jour noir pour tous les Argentins. Pour nous, c’est le football qui s’en est allé. Je ne sais pas encore ce qui va se passer ici, pour le moment on va tous se recueillir chacun de notre côté, il sera temps ensuite de lui rendre l’hommage national qu’il mérite. »

Maradona, l’immortel

La nouvelle a été d’autant plus violente à encaisser que les dernières annonces, après l’opération que Maradona avait subie courant novembre, étaient plutôt bonnes. On se rappelle tous la bamboche géante qui a eu lieu devant l’hôpital au moment où le chirurgien qui venait de l’opérer était venu apporter la bonne nouvelle. « Je n’arrive pas encore à y croire parce que tout le monde savait qu’il avait eu des problèmes de santé, au cœur notamment, mais on pensait que cette nouvelle n’arriverait jamais. Je pensais qu’il n’allait jamais mourir, qu’il était immortel », poursuit Mauro Cetto. Immortel, c’est le mot qui revient à la bouche de tous les Argentins que nous avons pu contacter mercredi.

Depuis Buenos Aires, Pata, un supporter de River Plate, l’ennemi juré de Boca Juniors où Maradona a son trône réservé dans les gradins de la Bombonera, a lui aussi du mal à trouver ses mots. « J’ai du mal à croire qu’on est vraiment en train de parler de ça en fait. J’ai l’impression que tout ça c’est des conneries, que je vais me réveiller de ce cauchemar. Mais non… Diego ne représentait pas le football, il était le football. Et pour nous le football est mort aujourd’hui…. Même à la télé, j’ai eu l’impression chez les journalistes que personne ne voulait être le premier à annoncer ça au pays. Maradona nous a tellement habitués aux miracles qu’ils ont voulu y croire jusqu’au bout. Mais cette fois-ci Diego a bien dit "basta" et ça fait très mal ».

« J’avais la sensation de jouer avec Dieu »

Néstor Fabbri, lui, a eu « l’immense privilège » de jouer avec lui en sélection argentine et à Boca Juniors entre 95 et 97. « Quand on a joué à ses côtés ne serait-ce qu’une fois dans sa carrière, c’est quelque chose qui te marque à vie, qui reste gravé au plus profond de toi, raconte-t-il. Je me souviens, quand je le regardais faire depuis ma défense, j’avais la sensation de jouer avec Dieu. » Juste avant de raccrocher, Angel Marcos réfléchit à haute voix sur sa relation avec l’idole du pays. « En fait je ne pensais pas que j’allais être aussi touché en apprenant sa mort. Parce que je n’étais pas son ami, pas même une connaissance, même s’il nous est arrivé de discuter deux ou trois fois tous les deux. Et pourtant, même si je suis à des milliers de kilomètres de là-bas, il vient de me rentrer dedans, c’est indescriptible. »