Vendée Globe 2020 : « Le lyophilisé a fini par me dégoûter »… La petite révoltegustative des skippeurs

VOILE L’alimentation est un point central de la vie des skippeurs pendant trois mois

William Pereira

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Les pains au chocolat de Manuel Cousin
Les pains au chocolat de Manuel Cousin — Manuel Cousin

Haro sur les idées reçues à propos des habitudes alimentaires de nos marins du Vendée Globe. Non, on ne part pas à la pêche à l’espadon à bord d’un Imoca, mais oui, on réussit quand même à se faire un tant soit peu plaisir pendant un tour du monde en solitaire et sans escale. Et on ne parle pas (que) des bouteilles de vin, champagne et autres offrandes à Neptune pour le passage à l’équateur. Le menu des skippeurs commence à s’étoffer, même si les aliments lyophilisés et leur excellent ratio poids à bord/apports nutritionnels restent la norme.

C’est notamment le pari pris par la Britannique Sam Davies (Initiatives Cœur), un peu gênée de parler gastronomie avec nous avant la course « parce qu’en Angleterre, on n’est pas réputés pour avoir la meilleure nourriture. Mais puisque vous le demandez, j’ai des plats lyophilisés que j’aime bien, je préfère ça que des conserves et puis je suis contente comme ça, ça fait moins de poids à bord. »

Mais aujourd’hui, et bien que la société morbihannaise Lyophilise & Co approvisionne 30 des 33 bateaux en lice – preuve qu’on peut difficilement se passer de la poudre –, on frôle parfois l’indigestion au sein de la flotte. Chez Louis Burton (Bureau Vallée), c’est complètement assumé. « Moi j’ai carrément pris ce pli-là, de tirer un trait dessus. Au début je naviguais qu’avec du lyophilisé et un beau jour ça a fini par me dégoûter. Je pars avec des plats appertisés, cuisinés et mis sous vide. J’emmène que ça, mais plus de lyophilisé. »

Rempir l’estomac et nourrir l’esprit

Moins radical, Charlie Dalin garde une base lyophilisée tout en intégrant également de l’appertisé à bord avec un ratio d’un plat sous vide « un peu plus riche en saveurs et surtout en micronutriments de première importance » tous les quatre repas. « C’est un gage réel de performance sur la durée de la course et un argument de poids qui vient compenser les kilos supplémentaires concédés à ce type d’alimentation sous vide », explique ainsi l’équipe Apivia.

Sur une épreuve de trois mois aussi intense que le Vendée Globe, l’apport nutritif intrinsèque d’un régime alimentaire ne suffit pas à répondre de la bonne santé du skippeur sur la longueur. Le désavantage du lyophilisé réside dans sa fadeur, facteur aggravant de lassitude et ennemi du mental de tout compétiteur, quelle que soit sa discipline. « Ce n’est pas qu’une question de calories ! Il faut aussi ressentir l’envie de manger », abonde Sam Davies. En d’autres mots, l’alimentation a une dimension psychologique qu’il convient de ne pas négliger pour performer. Sébastien Simon, sur Arkéa-Paprec :

« Les conditions à bord sont de plus en plus dures donc mentalement c’est important d’apporter plus de confort qu’il soit matériel ou alimentaire pour tenir sur la durée de la course. »

« Dans ses sacs, indique Apivia, Charlie Dalin trouvera aussi ce que la nutritionniste appelle des "doudous alimentaires", qui grâce au sentiment de réconfort qu’ils apportent permettent de libérer les enzymes apaisantes et fonctionnent comme des boosters. » Et au bout du compte, l’actuel troisième de la course ne s’en sort pas si mal avec 160 kg de nourriture pour 75 jours de course (la moyenne tourne autour des 150kg).

Davies et la chocolaterie

Autre avantage de la « vraie » nourriture, la mise en scène. Aspect tout à fait secondaire de la vie à bord, vous en conviendrez. Mais dans une aventure qui se veut proche de son public, ce n’est pas tout à fait anodin. On a ainsi pu apprécier le moment Top Chef de Louis Burton, profitant de la chaleur des alizés pour se confectionner une salade estivale et sa pointe d’huile de truffe « pendant que [nous] en France, [on mange] des tartiflettes ». Ou encore le petit-déjeuner de Manuel Cousin (Groupe Sétin), surpris en train de se farcir des bons vieux pains au chocolat à bord. Pour Dalin, on attend ses unboxing de noix de cajou, thon en boîte et autres « beef jerky », que l’on retrouve au rayon de ses plaisirs coupables à bord.

Ça, c’est pour la partie officielle. Officieusement, il n’est pas rare que les proches des skippeurs se permettent de glisser en douce des bonus alimentaires supplémentaires pour les grandes occasions. Burton : « Je le découvre et au fur et à mesure. Ils me laissent toujours des trucs pour l’équateur, Noël, etc. C’est source de motivation quand je les découvre. » Pas mal. Mais au jeu du cheat-meal, Sam Davies est définitivement notre vainqueure : « J’ai du vin, du fromage, des smoothies, mais surtout, j’ai de la chance d’avoir une chocolaterie comme partenaire. Donc j’ai du chocolat aussi. C’est un peu le partenaire de rêve. »