NBA : LeBron James a-t-il dépassé Michael Jordan dans le débat du plus grand joueur all time ?

BASKET A 35 ans, le meilleur joueur de la Ligue a remporté son quatrième titre NBA avec une troisième franchise différente, les Lakers

J.L.
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LeBron James continue de chasser Michael Jordan dans le coeur des fans de basket.
LeBron James continue de chasser Michael Jordan dans le coeur des fans de basket. — Mark J. Terrill/AP/SIPA
  • En remportant son 4e titre NBA, le premier avec les Lakers, LeBron James relance le débat du meilleur joueur de tous les temps avec Michael Jordan.
  • Grâce à sa longévité sans égale, James domine Jordan dans presque toutes les catégories statistiques… sauf le nombre de titres.
  • Encore dominant à 35 ans, James peut encore envisager de remporter un ou deux titres avec une franchise a priori bien armée pour bisser la saison prochaine.

Franck Vogel s’est sans doute un peu laissé aller dans l’euphorie du moment. Mais en lançant que LeBron James était « le plus grand joueur que l'univers ait jamais vu », au sortir du 17e titre de champion NBA remporté par les Lakers aux dépens de Miami la nuit dernière, l’entraîneur des Angelinos a été le premier à mettre une pièce dans l’éternelle controverse de Valladolid autour du meilleur joueur de l'histoire d'une discipline. 

Le fameux débat du Greatest Player Of All Time, qui a agité beaucoup de monde dimanche entre la victoire de Nadal à Roland et le titre de LeBron avec LA. Ce dernier est-il enfin à la hauteur de SAS Michael Jordan ? Sans prendre position pour éviter de se faire trop d’ennemis, 20 Minutes essaie de se faire l’avocat de LeBron James devant le tribunal du GOAT.

Champion et MVP avec trois franchises différentes

En triomphant avec une troisième franchise en 2020 après Miami et Cleveland, LeBron James n’a pas réussi à proprement parler un exploit inédit, puisqu’ils sont quatre, dont son équipier Danny Green, à avoir leur rond de serviette dans ce petit club select (avec Robert Horry et John Salley). Mais tous les joueurs cités ne sont que des compléments, tandis que James est à chaque fois le joueur dominant de son équipe, le premier à avoir jamais été couronné MVP des Finales à la fois avec Miami (2012, 2013), Cleveland (2016), et les Lakers (2020).

Surtout, si l'on met de côté l'expérience floridienne, où James a rejoint une « super team » déjà composée de Dwayne Wade et Chris Bosh, le gamin d’Akron n’a pas choisi que des défis en papier. Avant lui, Cleveland était surtout connue pour être la ville de la lose tous sports confondus, et on ne peut pas dire que LeBron était entouré par la crème de la crème lors de son retour dans l’Ohio.

Même constat quand il rejoint LA en 2018. La franchise est en lambeaux et traverse la pire sécheresse de son histoire, accumulant les saisons à 20-25 victoires à tout casser. Il aura fallu à peine deux ans à James, certes renforcé par l’arrivée d’Anthony Davis, pour refaire des Lakers une équipe de winners.

Enfin, il faut souligner aussi que James tient l’exploit d’une carrière depuis qu’il a porté la première équipe de l’histoire capable de remonter un handicap de 3-1 en finale NBA contre ce que les observateurs considéraient alors comme le groupe le plus complet de l’histoire du jeu, les Warriors de Curry. Cela avait d'ailleurs valu à James de s’enflammer un peu à l’époque :

« J’étais super ravi de remporter un titre pour Cleveland après la pénurie qui a duré 52 ans. J’étais comme en extase. Ce jour-là, la première vague d’émotion fut quand tout le monde me vit pleurer, c’était pour les 52 ans de sport à Cleveland. Et après que j’ai arrêté, je me suis dit : ‘C’est ça qui fait de toi le meilleur joueur de tous les temps’. C’est ce que j’ai ressenti. »

Une phrase qui avait provoqué des réactions épidermiques, notamment celle du Shaq : « Remporter six finales sans en perdre une, sans intérieur digne de ce nom, en ayant pris une année sabbatique pour ensuite réussir un triplé, fait assurément de Jordan le meilleur », avait tranché O’Neal à l’époque. On n’a pas entendu l’ancien pivot de la maison depuis dimanche soir.

Plus impressionnant sur les statistiques pures

Autre argument avancé par les supporteurs de James, lorsqu’on refuse le statut de « Goat » à leur favori : sept fois dans l’histoire un joueur a réussi au moins 500 points, 150 rebonds, 150 passes en play-off. James, six fois (2007, 2013, 2015, 2016, 2018, 2020), Larry Bird (Boston) en 1987. Les Américains sont friands de statistiques, et sur ce plan, il est difficile de nier que la longévité de LeBron lui offre un avantage conséquent sur Jordan.

Prenons les play-off : deuxième au nombre de matchs joués (260) mais premier en termes de minutes sur le parquet, meilleur marqueur de loin, deuxième meilleur passeur, deuxième au nombre de triples doubles réussis juste derrière Magic Johnson, LJ est devant MJ sur presque toutes les catégories statistiques qui comptent.

Les inconditionnels de Jordan rétorqueront que leur protégé n’a jamais perdu une finale et qu’il navigue loin devant avec cinq titres de meilleur joueur de la saison régulière. Un point pour eux, mais il y a toujours moyen de discuter. Si LeBron a perdu six finales, à chaque fois contre des équipes énormes, ils n’étaient que trois avant lui à avoir disputé 10 finales NBA dans leur vie, dont les immenses Bill Russel et Kareem Abdul-Jabbar.

En clair, il n’y a pas photo sur la durée :

« Je ne sais pas, je vais vous laisser le soin de parler de ça, répond James. Ce que je peux faire c’est poursuivre mon engagement envers le jeu. Je me mets moi, mon corps et mon esprit en position d’être disponible pour mes coéquipiers. Je n’ai jamais loupé un match de play-off dans ma carrière. Et la meilleure chose que tu puisses faire pour tes coéquipiers c’est d’être disponible. On veut notre respect, c’est tout. Rob (Pelinka) veut son respect. Coach (Frank) Vogel veut son respect. Notre franchise veut son respect. La Laker Nation veut son respect… Et je veux mon putain de respect aussi ».

Plus engagé sur les questions de société

C’est quand on sort un peu du terrain qu’il faut reconnaître à LeBron une forme de plénitude sociétale que n’a jamais revendiquée Jordan. L’arrière mythique des Bulls a bien monté un business unique autour de son nom, encore visible sur le maillot du PSG aujourd’hui, il n’a jamais pris position sur les problèmes de racisme qui ont divisé l’Amérique du temps de sa carrière de joueur, quand James en est un porte-parole important. La star des Lakers a utilisé la reprise de la saison NBA pour faire écho au mouvement Black Live Matters, et il s’y est tenu jusqu’au bout, y compris après la victoire contre Miami.

« C’est une sacrée responsabilité de se dire qu’il y a autant de gens qui ont besoin de cette inspiration, qui ont besoin de cet espoir, qui comptent sur vous, et qu’il faut se montrer à la hauteur chaque jour. Mais j’ai accepté ça et je veux rendre les gens fiers. Quand je parle des gens, je parle de ma communauté, des gens qui ont grandi dans les mêmes endroits que moi, toutes ces femmes et ces hommes qui se sentent oubliés de cette société depuis trop longtemps, ces gens qui avaient l’impression que personne ne leur prêtait attention. Pouvoir parler d’injustice sociale, de restriction du droit de vote, et de brutalité policière à tous ces gens, c’est plus important que ce que je réussis sur le terrain ».

Plus globalement, l’activisme social de James, qui a repris à son compte l’expression « More Than An Athlete » a peu d’équivalents dans la Ligue. Il a par exemple ouvert une école « I Promise », qui permet de scolariser gratuitement des enfants défavorisés dans sa ville d’origine. Opposant notoire à Donald Trump, James a montré un courage politique qui n’a jamais semblé intéresser Michael Jordan. L’actuel propriétaire de Charlotte a tout de même promis plus de 100 millions de dollars de dons dans la foulée du mouvement Black Live Matters.

Bonus : sa carrière n’est pas encore terminée

35 ans, c’était l’âge auquel MJ a remporté son dernier titre avec les Bulls, une saison 1998 décortiquée dans tous ses recoins grâce au documentaire The Last Dance aperçu sur Netflix. Sauf que LeBron lui n’a pas prévu d’annoncer sa fin de carrière, loin de là. Il est aussi dominant qu’à ses débuts physiquement, il a amélioré sa mécanique de tir, n’a jamais subi LA grosse blessure qui vous fait descendre d’une marche, comme Kobe Bryant, bref l’intéressé se donne encore de belles années de basket devant lui.

« Je ne sais pas, je ne me suis pas fixé de limite. Je sais qu’il me reste encore beaucoup d’années. Combien exactement ça je ne sais pas, mais je sais que je peux continuer à jouer au haut niveau. La décision dépendra aussi beaucoup de ma famille, j’ai trois enfants, dont un qui est en seconde maintenant, donc tout cela entre en ligne de compte aussi. Mais pour ce qui est du basket, je sais que je peux jouer encore un moment ».

S’il paraît difficile de voir LBJ écraser la concurrence jusqu’à ses 40 ans, on peut imaginer que le garçon sait compter et qu’il n’a plus que deux titres à remporter pour égaler Jordan et se donner une dernière chance de le dépasser, au moins au palmarès. Or, à moins qu'Anthony Davis ne prolonge pas son contrat, ce qui paraît improbable, James peut considérer qu’il évolue avec le meilleur intérieur du monde, dans une Ligue où ses successeurs comme Doncic ou Giannis n’ont pas encore la maturité ou l’équipe pour le faire tomber. Si les Lakers parviennent à resigner tout le monde, LeBron peut voir venir.