France-Ukraine : Peut-on vraiment se gargariser du losange (et du score) après un match pareil ?

FOOTBALL Les Bleus ont livré un récital offensif dans un nouveau schéma tactique, bien aidés par la faiblesse de l’adversaire

Julien Laloye

— 

Camavinga, Nzonzi et Aouar ont été alignés dans un milieu en losange contre l'Ukraine.
Camavinga, Nzonzi et Aouar ont été alignés dans un milieu en losange contre l'Ukraine. — FRANCK FIFE / AFP

Au Stade de France,

Didier Deschamps a commencé par se payer notre tête. « Le losange ? Je pensais que vous aviez compris par rapport à ce que j’avais dit lundi ». Alors Didier, on n’avait rien compris, ce qui nous arrive souvent, mais on avait tellement peur de retrouver ce 3-5-2 criminel à Saint-Denis qu’on a entamé une danse cheyenne en tribune quand on a vu la compo en losange avec Camavinga et Aouar titulaires au milieu. Enfin, on allait voir du foot, des combinaisons dans les petits espaces, des latéraux servis dans la profondeur, et des joueurs en nombre dans la surface adverse.

L’Ukraine beaucoup trop amoindrie

On a vu tout ça, et même plus encore, même s’il faut apporter un immense bémol. Vu la tronche de l’équipe ukrainienne, même un 6-5-0 aurait pu provoquer l’enthousiasme débridé des 1.000 spectateurs chanceux qui ont pu assister au spectacle. Ainsi, le pauvre Shevchenko, toujours aussi affûté dix ans après la fin de sa carrière, aurait eu sa place sans problème dans cette pauvre sélection ukrainienne, privée de 14 joueurs (14 !) après la découverte, entre autres, d’un foyer de Covid-19 dans l’équipe du Shaktar Donetsk, principale pourvoyeuse d’internationaux. Il s’est contenté de contempler le naufrage depuis le banc de touche, dans son costume de sélectionneur :

« Compte tenu de la situation et des joueurs qui nous manquaient, je peux dire que les joueurs ont été très sérieux par rapport au match. Ils ont fait leur maximum, avec quelques occasions en début de 2e mi-temps, mais c’est impossible de comparer les deux équipes aujourd’hui. La France est une des meilleures équipes du monde et nous sommes venus l’affronter avec une équipe espoir. »

« Ne rien minimiser du mérite des joueurs »

Didier Deschamps en était d’ailleurs bien conscient, et n’a pas versé dans un triomphalisme exagéré : « Evidemment mon ami Andreï a eu quelques problèmes pour préparer ce match, mais je ne peux pas enlever le mérite à mes joueurs d’avoir marqué sept buts. Les joueurs ont pris beaucoup de plaisir, avec un bon esprit, à la fois de ceux qui ont joué et de ceux qui sont rentrés. Il faut apprécier, savourer, ne pas se croire plus beaux qu’on est non plus, mais ne rien minimiser. »

Une fois qu’on a posé les limites de l’exercice, soulignons quand même tout ce qu’a apporté de bien ce losange, que DD n’avait jamais utilisé en Bleu en dehors d’une expérience malheureuse face à l’Espagne, il y a une éternité (2017).

  • Des joueurs plus près les uns les autres dans les 40 derniers mètres adverses
  • Des latéraux qui pouvaient foncer dans des couloirs libérés par leurs équipiers
  • Deux milieux excentrés capables de rentrer vers l’intérieur pour tirer sur leur bon pied (un but pour Camavinga, un but pour Tolisso)
  • Des combinaisons courtes entre le triangle offensif et les autres
  • Une maîtrise technique globalement supérieure avec plus de « manieurs » de ballon sur le terrain

Pour ce qui est défauts, parce qu’il y en a eu, on peut difficilement passer outre les limites intrinsèques d’un système qui demande de nombreux efforts aux deux milieux de côté (Tolisso et Camavinga mercredi, puis Pogba en fin de match), notamment à la perte du ballon. L’Ukraine s’est ainsi procuré 4 ou 5 occasions franches « parce qu’on leur a permis de sortir trop facilement » (Giroud), ce qui fait beaucoup pour une équipe qui a joué ce match comme on va à l’enterrement d’un proche. Surtout, c’était un système que DD a sorti du grenier pour le match le moins important de la trêve internationale, avec une bonne partie de la B sur le terrain (Aouar, Nzonzi, Tolisso, Upamecano, Digne, Martial…), ce qui laisse supposer qu’il ne lui voit pas un grand avenir dans les matchs qui comptent vraiment.

Un essai sans lendemain ?

« J’ai choisi le losange par rapport au onze que je voulais voir évoluer, avec toujours l’idée de retrouver ce triangle d’attaque qui permet de créer du danger pour les adversaires. Mais je vous ai dit en septembre que je sortirais de ce qu’on a l’habitude de faire d’ici la fin de l’année. Ça a bien marché, mais ce n’est pas pour autant que je ne l’aurais pas retenté si ça avait moins bien marché ou que j’ai abandonné la défense à trois. »

Notre avis, pour ceux que ça intéresse ? Le staff des Bleus tente quelques variantes histoire de se rendre la vie plus palpitante, mais qui nous dit qu’il a vraiment renoncé au bon vieux 4-2-3-1 avec Grizou en dix qui lui a donné quelques satisfactions à l’est de l’Oural ? Il y a bien un indice qui nous met le doute : cette volonté semble-t-il assumée de vouloir aligner définitivement un triangle d’attaque, qui permet à la fois de mettre Grizou dans sa position axiale favorite, et de rapprocher Mbappé du but adverse. Pour le reste, c’est ouvert.