Luzenac : « Comment on fait maintenant ? »… Pour le Conseil d'Etat, le LAP aurait bien dû monter en Ligue 2

FOOTBALL En confirmant que Luzenac aurait bien dû monter en Ligue 2 voici six ans, le Conseil d’Etat ouvre une situation inédite. Le président du LAP Jérôme Ducros a des idées pour la suite

Nicolas Stival

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Luzenac, alors entraîné par Christophe Pélissier, aurait bien dû évoluer en Ligue 2 lors de la saison 2014-2015.
Luzenac, alors entraîné par Christophe Pélissier, aurait bien dû évoluer en Ligue 2 lors de la saison 2014-2015. — Frédéric Lancelot / Sipa
  • Le Conseil d’Etat a rejeté un pourvoi de la LFP et estime donc que le club de Luzenac (LAP) aurait dû être admis à disputer le championnat de Ligue 2 en 2014-2015.
  • Interrogé par 20 Minutes, le président du LAP Jérôme Ducros avance des propositions face à cette situation inédite.
  • Le petit club ariégeois évolue actuellement en septième division.

C’est une simple phrase, mais pour Jérôme Ducros, président du Luzenac Ariège Pyrénées (LAP), elle vaut l’intégrale de la Comédie humaine de Balzac : « Le pourvoi de la Ligue de football professionnel n’est pas admis. » Le Conseil d’État a statué : le LAP aurait dû évoluer en Ligue 2 lors de la saison 2014-2015. Une décision gravée dans le marbre, puisque les avis de la plus haute juridiction administrative française ne peuvent pas faire l’objet d’appel.

Le Conseil d’Etat a rejeté le pourvoi de la Ligue de football professionnel (LFP) contre un avis de la cour administrative d’appel de Bordeaux, rendu en juin 2019 et favorable au club du petit village pyrénéen d’environ 600 habitants.

A l’été 2014, le LAP s’était vu refuser par la LFP la montée gagnée sur le terrain, au terme d’un long feuilleton sportivo-judiciaire très médiatisé. Avant de repartir finalement en septième division… La bataille avait ensuite continué devant les tribunaux, avec différents revers de fortune, jusqu’à cette décision irréversible du Conseil d’État.

« C’est une grande satisfaction, a réagi Jérôme Ducros, contacté par 20 Minutes. J’ai appris la nouvelle par mon avocat lundi [la décision du Conseil d’État remonte à vendredi, et a été rendue publique mardi par La Dépêche du Midi]. Beaucoup de personnes me conseillaient d’abandonner, elles me disaient qu’il n’y avait rien à faire face à des mammouths comme ça. Non, la loi française m’a rendu raison. Le jugement reconnaît la faute de la LFP. »

« S’asseoir autour de la table » avec la LFP

Très bien, mais maintenant ? « On va contacter la Ligue dans les prochains jours, gentiment, sans amertume, pour savoir s’ils sont d’accord pour s’asseoir autour de la table, indique le promoteur immobilier installé à Toulouse. S’ils ne sont pas d’accord, on saisira la justice. »

Car la situation est unique. Que faire de Luzenac, qui évolue aujourd’hui en Régional 1, la sixième division ? L’intégrer au championnat de Ligue 2 lors de la saison 2020-2021, ou bien à « un niveau acceptable », qui peut être le National ou le National 1 (troisième ou quatrième division), selon Ducros.

Jérôme Ducros, Fabien Barthez et Christophe Rodriguez, les dirigeants de Luzenac lorsque le club était aux portes de la Ligue 2, le 25 avril 2017 au Tribunal administratif de Toulouse.
Jérôme Ducros, Fabien Barthez et Christophe Rodriguez, les dirigeants de Luzenac lorsque le club était aux portes de la Ligue 2, le 25 avril 2017 au Tribunal administratif de Toulouse. - N. Stival / 20 Minutes

« La Ligue 2, je peux aller la chercher, prévient ce dernier. J’ai un accord officiel de la mairie de Rodez pour évoluer dans leur stade en L2. Si c’est le National ou le National 1, ce sera à Foix. Mais dans ce cas, il faudra mettre la Fédération [la FFF, qui gère les championnats au-dessous de la Ligue 2] dans la boucle. »

Quelle compensation financière ?

Cependant, comme le fait observer le dirigeant, « aujourd’hui, il y a un problème de staff, un problème de joueurs. Comment on fait maintenant ? » C’est là qu’entre en jeu la compensation financière exigée par Luzenac.

« Quelle somme peut-on demander ? Je n’en sais rien, reconnaît le président. Ce n’est pas une question d’argent à la base, mais l’argent est nécessaire pour repartir. Tout dépendra du niveau, de ce qu’ils vont nous proposer. Sinon, on ira devant les tribunaux chercher l’argent qui nous revient, et savoir à combien le préjudice est estimé. En 2014-2015, on était en Ligue 2, et il y avait de fortes chances qu’on monte en L1 : le Gazélec Ajaccio a fini deuxième de L2 cette saison-là et a accédé à l’élite avec une équipe inférieure à la nôtre. »

Après la chute du LAP, le club corse était venu piocher son attaquant Khalid Boutaïb, futur international marocain. L’entraîneur luzenacien de l’époque Christophe Pelissier, passé par Amiens et aujourd’hui à Lorient (L1), s’est quant à lui fait un nom dans le foot français. « Je veux qu’on reconnaisse publiquement que la LAP devait monter en Ligue 2, martèle Ducros. C’est une question morale. On ne pourra jamais réparer complètement ce qui s’est passé. »

La balle est désormais dans le camp de la LFP, et on est curieux de voir la suite de ce long feuilleton aux rebondissements aussi incroyables que l’épopée avortée du petit club ariégeois.