Gouvernement Castex : Roxana Maracineanu, maintenue aux Sports, va pouvoir poursuivre la lutte contre les violences sexuelles

POLITIQUE L'ancienne championne de natation conserve son portefeuille au ministère des Sports, même si elle est désormais ministre déléguée auprès de Jean-Michel Blanquer

Nicolas Camus

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Roxana Maracineanu à la sortie du Conseil des ministres, le 24 juin 2020.
Roxana Maracineanu à la sortie du Conseil des ministres, le 24 juin 2020. — NICOLAS NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Roxana Maracineanu est désormais ministre déléguée aux Sports, sous l’autorité de Jean-Michel Blanquer, selon le remaniement annoncé ce lundi.
  • L’ancienne nageuse dirige depuis près de deux ans ce ministère, où elle a géré avec plus ou moins de réussite les dossiers de l’Agence nationale du sport, des CTS ou de l’arrêt des compétitions à cause du coronavirus.
  • Elle va pouvoir poursuivre ses avancées dans sa lutte contre les violences sexuelles, sujet sur lequel elle s’est engagée dès le début et qui a pris une autre ampleur après les révélations de l’ancienne patineuse Sarah Abitbol.

De ministre à ministre déléguée. Roxana Maracineanu conserve son poste aux Sports, mais elle se retrouve sous l’autorité de Jean-Michel Blanquer, désormais « ministre de l’Education, de la Jeunesse et des Sports » après le remaniement annoncé ce lundi en fin de journée. Ainsi en a décidé le nouveau Premier ministre Jean Castex. L’ancienne championne du monde de natation, ministre depuis le 4 septembre 2018 en remplacement de Laura Flessel et qui avait glissé la semaine passée qu’elle avait « bien sûr envie de finir les missions » qui lui ont été confiées, voit donc son vœu exaucé, même s'il faudra composer avec ce changement de hiérarchie.

De tous ses chantiers actuels, la lutte contre les violences sexuelles dans le monde du sport est certainement celui qui lui tient le plus à cœur. Alors qu’elle a dû gérer des dossiers de premier ordre comme la création de l’Agence national du sport (ANS), la lutte contre l’homophobie dans les stades, le sort des Conseillers techniques sportifs (CTS) ou, bien sûr, de l’arrêt des championnats avec la pandémie de coronavirus, ce sujet délicat aura été le fil rouge de ses 21 mois en tant que ministre de plein exercice.

Tout juste un mois après sa nomination, alors que sa prédécesseuse avait estimé en plein mouvement #MeToo qu’il n’y avait «pas d’omerta dans le sport», Roxana Maracineanu se démarque d’emblée et reconnaît dans nos colonnes que cette loi du silence « existe » bel et bien.

« C’est inhérent au sport. Dans certaines disciplines, pour pouvoir enseigner la pratique, on doit être en contact physique avec les personnes, et notamment les femmes ou des mineurs. La frontière peut être floue, pas assez bien expliquée, dit-elle alors. J’aimerais aider les acteurs à poser la limite du geste, de la parole, du regard, du comportement en général, au bon endroit. »

Avant elle, rien n’avait bougé depuis 2009, et la signature par le ministère des Sports et le CNOSF d’une charte de prévention et la mise en place d’un numéro d’appel pour libérer la parole des victimes. Le manque de suivi, notamment au sein des fédérations, n’avait pas permis une réelle avancée sur le sujet. En tout cas pas à la hauteur de l’enjeu.

Le séisme Sarah Abitbol

Roxana Maracineanu, en lien avec des associations comme Colosse aux pieds d’argile de Sébastien Boueilh ou le Comité Ethique & Sport de Véronique Lebar, s’est engagée pour remettre le dossier tout en haut de la pile. Diverses actions ont suivi, tout au long de l’année 2019.

  • Début avril, une journée consacrée à la prévention des violences sexuelles est organisée, avec une petite dizaine d’intervenants et la possibilité pour le public présent de témoigner.
  • En août est lancée la première tournée nationale de sensibilisation à cette problématique.
  • En septembre, une expérimentation visant à contrôler de manière systématique l’honorabilité des bénévoles des clubs sportifs est mise en place.
  • En octobre, l’Inspection Générale de l’Education, du Sport et de la Recherche (la future IGESR) est mandatée pour dresser un état des lieux des actes de violence sexuelle dans le sport, évaluer l’efficacité des actions menées les années précédentes et réfléchir à celles à venir.
  • En novembre, la ministre mobilise des athlètes de renom (Zidane, Fourcade, Riner, Manaudou, etc.) dans une vidéo de sensibilisation faisant la promotion du numéro 119.
  • En décembre, enfin, le sujet figure à l’ordre du jour de la réunion avec l’ensemble des Directeurs Techniques Nationaux (DTN).

Cependant, tout cela va prendre une tout autre ampleur au début de l’année 2020. L’ancienne patineuse Sarah Abitbol publie un livre (Un si long silence) dans lequel elle raconte comment son entraîneur Gilles Beyer la violait quand elle était adolescente. Les réactions sont nombreuses, d’anciennes sportives apportent également leur témoignage. Roxana Maracineanu convoque alors le président de la Fédération des sports de glace (FFSG) pour avoir des explications.

La ministre des Sports et « l’Empereur » de la FFSG vont alors se livrer une bataille très médiatique. Maracineanu diligente une enquête interne sur la fédération et demande à Gailhaguet de démissionner. Ce dernier refuse et contre-attaque lors d’une conférence de presse ahurissante. « Je n’ai pas commis de faute », assène-t-il alors, fustigeant l’attitude « moralisatrice » de Maracineanu, « drapée dans ses certitudes ».

« Lorsqu’on aura des témoignages, pour le mettre lui en cause personnellement ou lui en tant que président de fédération, il dira devant le juge que je suis moralisatrice, répond la ministre. Quand il dit qu’il ne sait pas, il était où, il était sur quelle planète ? » Gailhaguet ne démissionnera que le 8 février, au terme d’une semaine particulièrement étouffante.

« Les choses sont en train de changer, de manière très déterminante »

Le soufflé un peu retombé, Maracineanu met en place la première convention nationale de prévention des violences sexuelles dans le sport, le 21 février. Son but est de réunir tous les acteurs du monde sportif pour travailler sur les causes, le signalement et les conséquences psychologiques et physiques de ces violences. « Cela doit devenir l’affaire de tout le monde, et ça, c’est un vrai challenge », nous expliquait la semaine dernière Fabienne Bourdais, nommée déléguée interministérielle et chargée à ce titre de piloter toutes les actions de lutte.

« Je crois que les choses sont en train de changer, de manière très déterminante, ajoutait-elle. On est en train de construire des choses, que ce soit en matière de prévention ou d’action. Et là où les choses n’avanceront pas comme elles doivent, nous n’hésiterons pas à remettre en cause les prérogatives des uns et des autres. »

Dernier temps fort en date, le « temps 2 » de cette convention, justement, organisé le 1er juillet. Roxana Maracineanu y dévoilait – entre autres – les premiers résultats de son engagement. Quelques chiffres annoncés : plus de 2.000 signalements de violences présumées reçus au ministère (dont 76 % concernent des viols ou agressions sexuelles), 177 personnes mises en cause (issues de 40 fédérations), 88 procédures judiciaires en cours et 16 personnes actuellement incarcérées.

« Notre mobilisation est totale et sans concession », a rappelé la ministre des Sports. Le nouveau chef du gouvernement, à qui elle avait proposé en avril 2019 de prendre la tête de l’ANS, a décidé de lui faire confiance pour continuer ce combat. Entre beaucoup d’autres.