La très belle lettre de Guillaume Cizeron où il raconte son enfance et pourquoi il a fait son coming out

DES MOTS ET DES MAUX Dans une lettre publiée par « L’Equipe », le patineur, quadruple champion du monde avec Gabriella Papadakis, raconte son enfance, durant laquelle il s’est cherché, le harcèlement vécu et pourquoi il a fait le choix aujourd’hui de révéler son homosexualité au grand public

F.H.

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Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron. (Illustration)
Gabriella Papadakis et Guillaume Cizeron. (Illustration) — Antonio Calanni/AP/SIPA

Après une photo sur Instagram, une interview dans Têtu, Guillaume Cizeron a écrit une lettre publiée dans L'Equipe où il explique les raisons de son coming out. Le patineur y raconte son enfance, au cours de laquelle il était « terrifié à l’idée d’être né dans le mauvais corps ». « Pendant longtemps je ne savais pas qu’être gay était une possibilité, je pensais simplement que quelque chose n’allait pas chez moi. » Il a également refréné ses envies de jouer aux Barbie car « très vite, j’ai compris que les garçons ne « devaient » pas [y] jouer ».

L’école a été un moment douloureux pour le sportif aux quatre titres mondiaux, cinq médailles d’or aux Europe et une médaille d'argent aux JO avec sa partenaire Gabriella Papadakis. A l’école élémentaire, ses récréations sont régulièrement emplies de solitude. « Au collège, je passais de nombreuses récréations dans les toilettes, à me cacher pour ne pas être persécuté ou pour ne pas avoir à subir l’humiliation de la solitude », raconte-t-il.

Des insultes quotidiennes au collège

Puis vinrent les insultes. Elles « rythmaient mon quotidien et devinrent bientôt cette petite mélodie malsaine en arrière-plan de mes pensées. L’accoutumance est le vice de l’intimidation, on s’habitue à la violence, elle devient normale. Et bien souvent on finit par croire qu’on la mérite. Ceux qui comme moi ont été amenés à croire qu’ils ne méritaient pas d’être doivent constamment lutter contre cette version d’eux-mêmes modelée par les autres ».

S’il ne cachait pas son homosexualité, Guillaume Cizeron ne l’avait pas révélée au grand public. Pourquoi l’avoir fait ces derniers jours ? « J’ai réalisé que si mes paroles avaient le pouvoir d’aider ne serait-ce qu’une personne à mieux s’aimer, s’accepter, alors cela vaudrait la peine de parler ». Il rêve d’un « monde idéal » où « personne n’aurait besoin d’avoir à justifier ses attirances sexuelles ou romantiques ». En attendant, « j’aimerais que les personnes qui se reconnaissent à la lecture de mes mots sachent qu’elles ne sont pas seules. La façon dont nous sommes traités n’a pas à définir qui nous allons devenir ou les succès que nous allons rencontrer. Préserver sa dignité et cultiver sa richesse intérieure sont les clés ».