Coronavirus : Pour Paris 2024, « il y a beaucoup de sujets à remettre en question »

JEUX OLYMPIQUES Alors que les JO de Tokyo ont été reportés d'un an à cause du coronavirus, les organisateurs de l'édition 2024 à Paris réfléchissent à comment faire évoluer leur projet

Nicolas Camus

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Tony Estanguet, président du Cojo 2024 (3e g.) et Roxana Maracineanu, ministre des Sports (2e g.) lors de la première Global Sports Week à Paris, le 6 février 2020.
Tony Estanguet, président du Cojo 2024 (3e g.) et Roxana Maracineanu, ministre des Sports (2e g.) lors de la première Global Sports Week à Paris, le 6 février 2020. — Louise MERESSE/SIPA
  • Dans une tribune fin avril, l'ancien ministre des Sports Guy Drut a qualifié le projet de Paris 2024 d'«obsolète» après la pandémie de coronavirus.
  • Ses dirigeants ne sont (évidemment) pas d'accord, mais ne nient pas la nécessité de repenser la manière dont ils comptent livrer ces Jeux. 

Les débats qui ont animé le monde du sport sur la tenue ou non cet été des Jeux olympiques de Tokyo, finalement reportés d’un an, n’ont évidemment pas échappé au comité d’organisation des JO 2024 de Paris. Au-delà de l’urgence sanitaire qu’elle engendre, la pandémie de coronavirus invite à repenser la conception d’un événement planétaire comme les JO. La capitale française n’échappera pas à l’introspection, comme l’a rappelé de manière étonnement virulente Guy Drut dans une tribune publiée sur France Info le 26 avril.

« La crise que nous traversons impacte durablement notre quotidien, notre façon de vivre, notre économie, notre pacte social, notre choix de société. Elle ne peut ni ne doit rester sans effet sur l’impérieuse nécessité qui nous est faite de nous réinventer. (…) Les Jeux olympiques et paralympiques ne font pas exception à ce nouveau contexte. Ils doivent eux aussi se réinventer », a ainsi écrit l’ancien ministre des Sports et membre du Comité international olympique (CIO), jugeant le projet parisien « aujourd’hui obsolète, dépassé, déconnecté de la réalité ».

Cette sortie a fait bondir Tony Estanguet, le patron du Cojo. « L’une des conditions de notre candidature, c’était de proposer un nouveau modèle de Jeux : plus sobres, plus utiles, plus responsables. C’est ce que nous avons fait dès le départ, on n’a pas attendu cette crise sanitaire pour réinventer les Jeux, a-t-il répondu dans une interview accordée au Monde, ce mercredi. Cette sortie de Guy Drut est en décalage avec la réalité. »

De fait, on ne peut pas enlever à Estanguet une certaine cohérence. Tout au long de la phase de candidature, puis dans l’avancement du projet depuis que la ville a été choisie par le CIO, il y a bientôt trois ans, la notion de JO plus responsables, qui laisseront un héritage pour la population, a été mise en avant afin de suivre le virage entamé par le Comité international avec son Agenda 2020. Ce qui n’empêche pas de réfléchir à la nouvelle donne imposée par le coronavirus.

Un modèle à inventer

Mercredi matin, toujours, Michaël Aloïsio, le directeur de cabinet du président du Cojo, a tenu un point presse téléphonique pour expliquer les interrogations actuelles au sein du projet parisien. « Les préoccupations sociétales et environnementales font partie de nos fondations. Seulement, la crise nous oblige à aller encore plus loin que ce que l’on avait imaginé, a-t-il résumé. Il y a beaucoup de sujets à remettre en question. » Notamment en périphérie, en coulisses, là où c'est le moins visible pour le grand public.

Le bras droit de Tony Estanguet donne deux exemples, parmi d’autres :

  • Le système de transport : « Le modèle des Jeux a toujours été basé sur un système de transport par famille de population : les athlètes, les membres du CIO, les journalistes, etc. Est-ce encore strictement nécessaire aujourd’hui ? La réponse est non. On pourrait mutualiser ces transports, ce qui représente des économies très substantielles. »
  • Le modèle de livraison des Jeux : « Dans le modèle classique, le comité d’organisation gère tout. Par exemple, une équipe d’une trentaine de personnes va s’occuper de délivrer les épreuves de tennis. On peut peut-être imaginer un modèle différent. Pourquoi pas, pour chaque sport, un interlocuteur Paris 2024, sorte de chef d’orchestre, qui va animer une équipe de prestataires extérieurs qui ont une expertise, qui savent faire, et qui ainsi vont réduire la complexité de la livraison. Cela peut être un exploitant de site, une Fédération, un prestataire privé. C’est un équilibre à trouver, sport par sport, entre complexité, coût et gestion du risque. Le précédent était très sécurisant pour nous, organisateurs, mais peut-être plus coûteux. Le moment est venu de réinterroger ça, de trouver un modèle plus agile. C’est typiquement le genre de débat que l’on a en ce moment. »

En résumé, le Cojo remet chaque composante de la livraison des Jeux sur la table pour voir s’il n’y aurait pas une autre option, moins coûteuse. Et ce afin de se donner une marge de manœuvre qui servira à gérer les problèmes qui ne manqueront pas d’émerger dans les mois à venir, quand les conséquences de la crise se feront durement sentir.

Pas (encore ?) question d’un report à 2025

Ces effets ne sont pas mesurables pour l’instant, mais des retards sur les chantiers (village olympique, réseaux de transports) ou une hausse des prix dans le bâtiment sont des éventualités à prendre en compte. Ainsi, la pandémie provoquera « sans doute » des « dépassements de coûts » sur le budget global, a reconnu mardi la ministre des Sports Roxana Maracineanu​.

Quoi qu’il en soit, un report des JO 2024 n’est pour l’instant pas du tout d’actualité. « On en a discuté, a reconnu Tony Estanguet dans le Monde. Après avoir fait le tour du sujet, notre intérêt c’est de garder les Jeux en 2024. Nous allons avoir besoin plus que jamais de recréer des dynamiques positives pour contribuer à la relance économique, aux enjeux sociétaux et à la reconstruction du pays. » Dans cette crise, Paris a une chance. Contrairement à Tokyo, qui a vu surgir l’impensable pandémie à quelques mois seulement du grand rendez-vous, elle a le temps d’anticiper.