Drame de Furiani: « On se heurte à un mur », regrette la présidente du collectif des victimes du 5 mai 1992

FOOTBALL La question de la tenue de matchs de football les 5 mai en France arrive sur le terrain politique jeudi, avec un débat à l'Assemblée nationale sur une proposition de loi visant à les interdire. Josepha Guidicelli explique à «20 Minutes» ce qu'elle en attend

Propos recueillis par Nicolas Camus
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Josepha Giudicelli, présidente du «collectif des victimes du 5 mai 1992», lors d'une conférence sur le supportérisme, le 4 mai 2019.
Josepha Giudicelli, présidente du «collectif des victimes du 5 mai 1992», lors d'une conférence sur le supportérisme, le 4 mai 2019. — PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Depuis plus de 25 ans, le débat est récurrent au sein du football français. Le 5 mai 1992, 18 personnes mourraient et 2.300 autres étaient blessées au  stade de Furiani à la suite de l’effondrement d’une partie d’une tribune provisoire installée pour la demi-finale de Coupe de France entre Bastia et l’OM. Depuis, le collectif des victimes et leurs familles réclame l’interdiction des matchs le 5 mai et critique la Ligue et la Fédération, réticentes à cette idée.

Un tournant pourrait avoir lieu jeudi, car le débat va devenir politique. Pour la première fois, une proposition de loi, portée par le député de Haute-Corse Michel Castellani dans le but de « geler les matchs » à cette date, va être discutée à l’Assemblée nationale. Josepha Giudicelli, présidente du « Collectif des victimes du 5 mai 1992 », assistera au débat. Elle explique à 20 Minutes ce qu’elle en attend.

Avec quel espoir vous rendez-vous jeudi à Paris pour le débat autour de cette proposition de loi ?

On a bon espoir, parce qu’une première étape a été franchie le 5 février. La commission des affaires culturelles de l’assemblée nationale [avant discussion à l’Assemblée nationale, les projets et propositions de loi sont systématiquement examinés en commission] a donné un avis favorable, à l’unanimité. C’est une grande satisfaction parce que ça veut dire que ce sujet va au-delà des bords politiques. Du coup, il ne devrait normalement pas y avoir de mauvaise surprise jeudi, mais il y a un lobbying qui s’est mis en place de la part des instances du football pour que cette loi ne passe pas. Nous, on espère que le vote va suivre l’avis de la commission.

Votre but est qu’il n’y ait aucun match qui se joue le 5 mai, quel que soit le jour, c’est bien ça ?

Oui, et on précise que l’on ne vise que les matchs professionnels, pas amateurs. Cela fait près de huit ans qu’on a relancé ce combat. Pour nous, pour que les commémorations soient faites en bonne et due forme, il ne faut pas qu’il y ait de match le 5 mai. On tente de faire accepter cette demande aux instances du football, mais on se heurte à un mur. Elles ne veulent rien savoir, et avancent des arguments qui ne tiennent pas la route. Les seules fois où on avance, c’est quand le politique s’est immiscé dans le sportif. C’est regrettable que les choses se passent comme ça, mais pour l’instant il n’y a pas d’autre choix.

Il avait été décidé en 2015 qu’aucun match n’aurait lieu le 5 mai si cela tombait un samedi…

Oui, c’était une première avancée, lorsque Thierry Braillard était secrétaire d’État aux Sports. Une plaque commémorative avait été posée au ministère aussi [en mars 2016]. Mais pourquoi seulement quand le 5 mai tombe un samedi ? Ça, c’est incompréhensible pour nous.


Quand vous dites que vous vous heurtez à un mur, de qui parlez-vous ?

De la LFP (Ligue de football professionnel) et de la FFF (Fédération française de football). Elles avancent des problèmes d’organisation et de calendrier, que c’est très compliqué pour elles de geler une date. Mais on a vu avec les « Gilets Jaunes » par exemple que ça avait pu se faire quasiment du jour au lendemain, ou quand les conditions climatiques n’étaient pas bonnes, aussi. Ce sont des arguments que l’on ne peut pas entendre.

Avez-vous des contacts avec ces instances ?

Dernièrement, on a rencontré Nathalie Boy de la Tour, on l’a trouvée à l’écoute, ouverte, mais au final elle ne souhaite rien faire. Le plus pénible, c’est que les instances pensent qu’elles savent mieux que nous ce qui est le mieux pour se souvenir. Depuis 1992, elles n’ont rien fait et aujourd’hui elles vont dire que pour commémorer, il vaut mieux jouer. Non. C’est nous les victimes, et on vous dit qu’on a besoin de ce jour.

La ministre des Sports avait dit l’année dernière qu’elle n’avait pas d’avis sur le sujet, ce qui avait beaucoup fait parler. Espérez-vous pouvoir lui parler, jeudi ?

Après cette fameuse phrase, elle m’avait appelée directement et avait souhaité me rencontrer. C’est elle qui a organisé le dernier rendez-vous en date, en septembre dernier, avec toutes les parties prenantes [ministère, FFF et LFP]. On n’avait pas réussi à trouver de terrain d’entente. La ministre avait demandé aux instances de fournir un argumentaire pour expliquer en quoi il est difficile pour elles de geler cette date. Elles lui ont rendu en début d’année [2020]. C’est un argumentaire très court, dans lequel elles disent juste c’est compliqué au niveau organisationnel. C’est tout. Quant à la ministre, elle ne s’est pas encore positionnée. J’espère que jeudi, elle aura un avis. Positif ou négatif, d’ailleurs, mais elle se doit d’avoir une position ferme.