Coupe de France : Frais de déplacement, mauvais perdant, accueil mitigé... Les excuses des clubs pros pour ne pas laisser la recette aux amateurs

FOOTBALL Les clubs de l’élite rivalisent d’ingéniosité au moment de radiner

J.L.

— 

Les joueurs de l'OM après leur premier but contre l'équipe de Trelissac lors du match de Coupe de France du 11 février 2016
Les joueurs de l'OM après leur premier but contre l'équipe de Trelissac lors du match de Coupe de France du 11 février 2016 — NICOLAS TUCAT / AFP

Le « communiqué officiel » est tombé à 22h24 dimanche, comme un couperet. L’instant est grave, la polémique enfle. Non, l’OM ne laissera pas sa part de la recette de la billetterie à son adversaire amateur de Trélissac, comme le veut la tradition en Coupe de France.

Une tradition sur laquelle l'OM n’est pas exactement le premier à s’asseoir, d’ailleurs. Depuis quelques années, quelques clubs de Ligue 1 rivalisent même d’ingéniosité dans leurs justifications pour partir avec la caisse et ne rien laisser aux petites équipes. On vous en a gardé les meilleures.

Parce qu’il y a des clubs partenaires à rincer

C’est en partie l’argument avancé par l’OM, à savoir que le club serait « l’un des deux ou trois clubs de Ligue 1 qui contribue financièrement le plus au développement du football amateur » grâce aux partenariats OM Generations. Une préférence assumée par un autre prétendant au podium du championnat, Lille, qui assume totalement de reverser ladite somme aux clubs de sa région. Sans toutefois avertir le club local à chaque fois, si l’on en croit le président de Saint-Geneviève-des-Bois (CFA 2), battu en 2009. « Ils ont rien dit sur le coup et quatre mois plus tard, j’ai reçu une lettre de la FFF nous sommant de verser 3.200 euros à Lille sous peine d’exclusion de l’édition suivante », expliquait-il en 2011 au JDD. Encore montrés du doigt la saison passée après avoir fait faux-bond à Sète, « qui les avait reçus comme des rois », les Nordistes ont répondu qu’ils reverseraient l’argent aux clubs amateurs de la région.

Parce qu’il fallait rembourser les notes de frais du voyage

En janvier 2018, Senlis reçoit courtoisement le FC Nantes qui vient faire le boulot avec notamment un doublé du regretté Emiliano Sala. Sauf que le président du petit club de l’Oise constate, amer, que la délégation canarie repart avec sa part de la recette, estimée à 14.000 euros. « Les dirigeants nantais m’ont juste dit que c’était un ordre présidentiel. Parce que 14.000 euros, sur un budget de 240.000 euros, ce n’est pas rien. Depuis trois ans que je suis président, j’ai toujours laissé ma part de recette quand nous affrontions des clubs de division inférieure. » L’Equipe avance alors que le FC Nantes voulait se rembourser le trajet en avion privé (30.000 euros), pourtant couvert par la prime de qualification (40.000 euros). Dans son communiqué, l’OM a lui aussi évoqué le prix du déplacement à Limoges pour y affronter Trélissac, 65.000 euros.

Parce qu’on a été mal reçus

Du temps de sa splendeur, il arrivait au FC Sochaux de partir avec la caisse pour sanctionner un accueil houleux ou des réactions inappropriées des joueurs adverses, comme l’expliquait l’ancien président Alexandre Lacombe au Parisien. « Il nous est arrivé de garder l’argent parce que nous avions été extrêmement mal reçus. Il y a certes une dimension économique, mais c’est d’abord une affaire de feeling ». Si le PSG et son milliard de budget n’a aucun mal à jouer les grands princes depuis l’arrivée des Qataris, il fut un temps où le club parisien renâclait aussi en fonction de l’accueil. Dans le JDD, on apprend par exemple que le PSG n’avait laissé que 5000 euros sur 20.000 à Ajaccio après un 16e de final viril en tribunes.

Parce qu’on s’est fait sortir

La mauvaise foi du perdant, peut-être l’excuse la plus légitime à chaud, encore que. Les Rennais, éliminés à deux reprises par Quevilly ces dernières saisons, notamment en demi-finale lors de l’édition 2012, l’ont eue tellement mauvaise qu’ils ont compté tous les billets avant de les planquer au fond du bus de retour. « Nous l’avons fait [laisser la recette], c’est vrai avec des clubs amateurs, mais ce n’est pas faire injure à Quevilly de dire que ce n’est pas un petit club amateur, avait alors expliqué le manager du Stade Rennais Pierre Dréossi à Ouest-France. Et notre part de recettes correspond environ à 100.000 euros, c’est beaucoup d’argent. J’assume totalement. » Mais la palme revient incontestablement au Nîmes Olympique. Le plus petit budget de L1 n’a pas des moyens faramineux, mais était-ce bien la peine de réclamer sa part de 1.300 euros après avoir pris la foudre sur le terrain de La Duchère l’an passé (3-0) ? « On a été les voir, mais ils ont refusé de nous les donner. Disons que ça ne les grandit pas », déplorait Mohamed Tria, le président du club de la banlieue lyonnaise.

Parce que c’est grâce à nous que le stade est plein

C’est sur ce point que Jacques-Henri Eyraud innove le plus dans son explication de dimanche, contre Trélissac. Selon lui, si le stade était plein et la billetterie aussi juteuse, c’est avant tout grâce à l’OM. Trélissac a bénéficié d’un stade de 13.000 places et a pratiqué une politique tarifaire qui – si elle était tout à fait justifiée – affichait des prix entre 20 et 35 euros la place […] Grâce au fait de recevoir l’OM, le stade était complet et a d’ailleurs essentiellement accueilli des supporters marseillais, très majoritaires. » D’un point de vue sonore dans les tribunes, difficile de lui donner tort là-dessus.