Losc-Ajax : Comment Lille a changé sa politique de formation des jeunes joueurs
FOOTBALL•Après avoir sorti de nombreux jeunes de son centre de formation ces dernières années, le Losc a opéré un vrai changement économique et méthodologiqueFrançois Launay
L'essentiel
- Longtemps réputé pour sortir de nombreux joueurs de son centre de formation, le Losc a un peu changé sa philosophie.
- Dans l’équipe première actuelle, un seul joueur a vraiment été formé à Lille.
- Mais le changement de philosophie appliqué depuis deux ans au centre de formation pourrait bientôt donner ses premiers résultats.
C’est le modèle de tout formateur. Avec une classe biberon pour la plupart formée au club, l’Ajax Amsterdam régale le foot européen depuis des décennies. Au moment de se déplacer ce mercredi en Ligue des champions sur la pelouse du stade Pierre Mauroy, le club néerlandais va rappeler de bons souvenirs au Losc. Une époque où le club nordiste sortait des pépites à la pelle. Hazard, Cabaye, Debuchy, Pavard, Digne ou encore Gueye ont fait leurs classes à Lille avant d’exploser au niveau européen.
Une époque qui semble aujourd’hui révolue. Quand on se penche de plus près sur l’effectif actuel, on peine à trouver des joueurs estampillés 100 % Losc. A l’exception d’Adama Soumaoro, arrivé il y a dix ans dans le Nord, le reste des joueurs de l’équipe première n’a pas fait ses classes à Lille. « On risque d’avoir de moins en moins de joueurs qui font toute leur formation au Losc », estime un bon connaisseur du dossier.
Un changement économique
Il faut dire aussi que l’époque a changé. L’arrivée en 2017 de Gérard Lopez à la tête du club et de son conseiller Luis Campos réputé mondialement pour ses talents de recruteur a changé la donne et la politique de formation lilloise. Si l’effectif professionnel du Losc comporte beaucoup de jeunes joueurs, ils ont tous ou presque été recrutés ailleurs.
Soumaré, comme Ballo-Touré avant lui, a signé son premier contrat pro avec Lille à 18 ans alors qu’il a été formé au PSG. D’autres comme Weah (19 ans), Bradaric (19 ans), Osimhen (20 ans) ou encore Djalo (19 ans), tous arrivés dans le Nord cet été, ont été attirés pour plusieurs millions d’euros. Le but est clair avec ces paris sur l’avenir : réaliser rapidement de belles plus-values.
Une nouvelle méthodologie appliquée à la formation lilloise
Mais il ne faut pas croire que ce modèle économique guide à lui seul la politique de formation lilloise. Car l’arrivée de Luis Campos aux manettes a surtout entraîné un changement de méthodologie. Basée pendant des années sur le développement des qualités individuelles du joueur, la formation au Losc a opéré une profonde mutation depuis deux ans.
Le recruteur portugais a ainsi importé dans le Nord les préceptes de la périodisation tactique. Créée dans les années 1990 par Victor Frade, professeur à l’université de Porto, la méthode a été reprise avec succès ces dernières années par ses compatriotes José Mourinho, Leonardo Jardim ou encore André Villas-Boas.
Moins de travail physique, plus de ballon
Concrètement, l’essentiel du travail de la formation est désormais axé sur le collectif. Moins de travail physique, moins de musculation mais plus de jeu avec ballon. Directeur du développement du centre de formation du Losc, Fernando Da Cruz explique les grands principes.
« C’est un courant auquel on croit pour encadrer les joueurs et les équipes dans un contexte qui se rapproche du match. On contextualise l’entraînement comme un match. Chaque exercice va être pensé en incorporant les quatre aspects essentiels d’une rencontre : technique, tactique, mental et athlétique » développe celui qui vient de rejoindre provisoirement le staff de Christophe Galtier.
La même dynamique de jeu des U8 aux pros
Et pour mettre en place ce nouveau mode de pensée, le Losc n’a pas fait les choses à moitié. Des formateurs espagnols et portugais ont rejoint le centre d’entraînement de Luchin pour appliquer ces principes. Surtout, la périodisation tactique est mise en place dans toutes les équipes du club, des U8 jusqu’aux pros. Si les gamins ne jouent pas forcément dans le même système de jeu que les stars lilloises, la dynamique est identique dans toutes les équipes.
« On a identifié quatre phases : jeu défensif, jeu offensif, transitions offensives et transitions défensives. Sur ces quatre aspects du jeu, on veut que toutes nos équipes aient des comportements identiques et facilement identifiables. Par exemple, sur les transitions offensives, il faut récupérer le ballon le plus haut possible à la perte de balle », poursuit Da Cruz.
La marche est encore trop haute pour les jeunes du Losc
S’il est encore un peu tôt pour faire le bilan de cette nouvelle méthode appliquée aux jeunes, les belles performances réalisées en Youth League (Ligue des champions des jeunes) cette saison par les U19, en course pour se qualifier en huitièmes de finale, donnent de l’espoir. Même si pour l’instant, aucun jeune n’a encore réussi à se faire une vraie place chez les pros comme le reconnaît Christophe Galtier.
« Il y a une marche très, très importante entre la Youth League et la Champions League. Nos joueurs sont déjà très jeunes et ceux qui jouent en Youth League sont très, très jeunes. Mais il n’est pas exclu que des jeunes intègrent des feuilles de matchs pendant la saison. Là, il est encore trop tôt. Mais Il y en a quelques-uns qui viennent s’entraîner avec nous. On les observe, on les développe et on travaille avec eux », assure l’entraîneur lillois.
Et qui sait, dans quelques mois, le changement de philosophie appliqué depuis deux ans au centre de formation commencera peut-être à porter ses fruits au plus haut niveau.


















