Nevers, Montauban, Pouyastruc… Y a-t-il une « épidémie » de staphylocoques sur les terrains de rugby ?

BOUTONS Après Nevers et Montauban en Pro D2, c’est le petit club de Pouyastruc, près de Tarbes, qui a vu une dizaine de ses joueurs touchés par une infection staphylococcique. Tout cela, en un mois à peine

Nicolas Stival

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Trois clubs de rugby ont été touchés par une infection au staphylocoque doré en l'espace d'un mois. Illustration.
Trois clubs de rugby ont été touchés par une infection au staphylocoque doré en l'espace d'un mois. Illustration. — Mourad Allili / Sipa
  • Les analyses ont prouvé qu’une dizaine de joueurs de Pouyastruc ont été touchés par une infection cutanée causée par des staphylocoques mais aussi des streptocoques.
  • Avant le petit club des Hautes-Pyrénées, Nevers et Montauban, qui évoluent en Pro D2, avaient été concernés par des pathologies similaires fin septembre.
  • Si la coïncidence est rare, les cas ne sont pas liés, selon l’ARS (Agence régionale de santé) Occitanie.

Nevers, Montauban et maintenant Pouyastruc, dans les Hautes-Pyrénées. Non, on ne parle pas de la dernière tournée de Trois Cafés Gourmands, mais des clubs de rugby touchés par des cas de staphylocoques depuis un mois. Après deux formations de Pro D2, c’est une écurie évoluant en Honneur Occitanie (sixième division), qui a donc été frappée, ce qui a occasionné des troubles dans le calendrier des deux compétitions.

Y a-t-il péril en Ovalie ? Réponse avec le docteur Olivier Glass, épidémiologiste membre de la cellule de veille, d’alerte et de gestion sanitaire de l’ARS (Agence régionale de santé) Occitanie, à Toulouse. C’est cet organisme que le club de Pouyastruc a contacté vendredi dernier, comme l’avait fait auparavant l’US Montauban.

De quoi parle-t-on ?

« Le staphylocoque doré est une bactérie qui vit sur la peau et les muqueuses, explique le Dr Glass. Il est présent chez plus de 25 % des individus, sans que cela occasionne de maladie. Il se diffuse à l’occasion de contacts cutanés. » Les sports tels que le rugby, mais aussi les arts martiaux comme le judo, sont donc propices à ce type d’échanges non désirés. « A l’occasion d’une blessure ou d’une égratignure, la barrière de la peau étant rompue, une infection cutanée peut se développer. »

On peut aller jusqu’au furoncle ou au gros abcès, mais dans la dizaine de cas relevés à Pouyastruc, tous bénins, cela s’est manifesté par des petits boutons, notamment au cuir chevelu, et par de l’impétigo sur les membres. A noter que les analyses ont aussi révélé la présence de streptocoques A (pyogenes). Cette autre bactérie est également responsable d’infections cutanées.

C’est grave docteur ?

S’il peut avoir des conséquences graves lors d’une opération (il est responsable de la plupart des infections nosocomiales), le staphylocoque doré n’apporte dans les cas évoqués ici que des désagréments passagers. Mais il faut prendre des dispositions pour s’en débarrasser. « Nous mettons en place un traitement curatif et des mesures préventives, explique le Dr Glass. Tous les joueurs touchés sont mis sous antibiotiques pendant six ou sept jours, même s’ils ne sont déjà plus contagieux au bout de deux ou trois jours. Une fois les lésions guéries, ils peuvent réintégrer l’équipe. »

En outre, les malades doivent se doucher tous les jours avec du savon bactéricide. Autre mesure hygiénique : il est recommandé de laver ses vêtements à plus de 60 degrés. Enfin, il faut nettoyer et désinfecter les locaux, en l’occurrence le stade. Les joueurs « sains » de Pouyastruc ont dû momentanément s’exiler pour s’entraîner à Bazet, à dix kilomètres de chez eux.

Le rugby est-il touché par une épidémie ?

Est-ce que tous les joueurs de la Nièvre, du Tarn-et-Garonne ou de Bigorre doivent se résigner à voir leur crâne se couvrir de boutons dans les prochaines semaines, après les cas constatés dans trois clubs différents ? Non, répond l’épidémiologiste. « Il n’y a pas de lien entre les différents épisodes, assure le Dr Glass. Les germes ne sont pas tout à fait les mêmes. »

De quoi battre en brèche l’hypothèse qui a un temps fait florès du côté de Nevers, selon laquelle leur infection prenait sa source à Montauban (les deux équipes se sont rencontrées dans la cité d’Ingres le 13 septembre). Les deux clubs de Pro D2 ont repris la compétition, mais comptent respectivement un et deux matchs à rattraper.

Pouyastruc n’a pas pu jouer le week-end dernier contre les voisins de Juillan et ronge son frein. Des équipes de jeunes sont également concernées, puisqu’un cadet fait partie des malades. « 15 joueurs ont été concernés par l’infection, et ce nombre n’a pas évolué », indique le médecin de l’ARS. Plutôt positif, donc.