Côte d'Azur: Ça pointe... les yeux bandés, le premier tournoi de pétanque aveugle organisé à Cagnes-sur-Mer

PETANQUE Pour une question d’égalité, le bandeau est obligatoire pour tous les participants

Mathilde Frénois

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Bandeau obligatoire pour participer au premier tournoi de pétanque aveugle.
Bandeau obligatoire pour participer au premier tournoi de pétanque aveugle. — M. Frénois / ANP / 20 Minutes
  • Dimanche, au Cros-de-Cagnes, non-voyants, déficients visuels et valides disputaient le premier tournoi de pétanque à l'aveugle.​
  • En plus du cochonnet, des boules et du mètre, un accessoire s’est ajouté à l’équipement. Le bandeau occultant, pour que tout le monde soit à égalité.

Le temps passé dans les airs et le roulement de la boule en métal sur le sable. A l’oreille, Jamila évalue si c’est un « très bon lancer » ou un véritable raté. Dimanche, au Cros-de-Cagnes, non-voyants, déficients visuels et valides disputaient le premier tournoi de pétanque à l’aveugle.

En plus du cochonnet, des boules et du mètre, un accessoire s’est ajouté à l’équipement : le bandeau occultant, pour que tout le monde soit à égalité. « Uniquement avec l’ouïe, on évalue la distance, explique Jamila, non-voyante et également championne d’escrime. On est obligé de compenser avec les autres sens. C’est très complexe. Il faut gérer les sons et l’espace de manière différente. »

« J’ai mes oreilles »

Sur le boulodrome, la partie est serrée. Après avoir été menée 5 à 0, la triplette de Jamila revient à 5 partout. « Quand on enfile le bandeau, on n’a plus de repère, explique son coéquipier valide, David. On est complètement déséquilibré et on se rend compte de ce qu’est la vie d’un aveugle dans le quotidien. » C’était exactement l’objectif du Lions Club de Cagnes-sur-Mer, organisateur de l’événement. « J’ai eu l’idée lors d’une dégustation de vin à l’aveugle, raconte François Contal, trésorier. On confond même le rouge et le rosé, c’est dire la difficulté lorsqu’un sens nous manque. »

A Cagnes-sur-mer, il existe aussi le championnat des boules carrées et la pétanque assise.

En plus de la sensibilisation, le Lions Club entend récolter des fonds pour les associations : les 5 euros facturés aux participants iront notamment à des associations de chiens d’aveugle et de développement du handisport. Sur le terrain, Jamila veille au grain. Elle s’assure que ses adversaires mettent bien le bandeau sur leurs yeux et que les points sont correctement comptés. « Je n’ai pas mes yeux mais j’ai mes oreilles », prévient-elle.

Elle pointe, c’est un peu trop à droite. Alors, son coéquipier tape deux boules entre elles près de l’objectif. Le bruit métallique oriente sa coéquipière. Jamila place la deuxième boule près du cochonnet. David enchaîne sur un carreau, le premier de sa carrière de pétanqueur les yeux fermés. Mais il y a du répondant en face : des joueurs qui visualisent le jeu avant de se cacher les yeux. Fin de la partie et défaite pour Jamila et son équipe, 13 à 6. La revanche est déjà programmée à l’année prochaine, pour les premiers championnats du monde.